"Innover, oui ! Mais, restez vigilant et équipez-vous !"
Bérangère Szostak
Bérangère Szostak
Que se passerait-il si, lors d'une étape du Tour de France, un cycliste ne pédalait plus sur son vélo ? Au mieux, il s'arrêterait et jouerait l'équilibriste à faire du sur place, mais, plus logiquement, il tomberait de sa selle et verrait réduit à néant les efforts menés jusque-là. Les entreprises actuelles sont toutes engagées dans une course où l'absence d'entrain, de dynamisme, de vitesse les conduit à leur chute.
L'innovation est avancée alors par l'ensemble des experts en stratégie d'entreprise comme une voie à exploiter. Pour les aider, sont proposés aux managers des centaines d'outils (un entretien exploratoire, le cool-hunting, l'heuristique, le design thinking, le storyboarding, l'analyse de brevet, la participation à un hackathon, à un Tiers-Lieux etc.).
Tous ont leurs avantages. Cependant, comment s'en saisir pour innover ? Est-ce que ces outils sont suffisants ? A écouter les experts en innovation, trois points paraissent importants à retenir pour réussir l'innovation.
Tout d'abord, un manager ne doit pas utiliser qu'une seule méthode. Certains braquets sont adaptés pour les montées, d'autres pour les plats ! La combinaison choisie de plusieurs outils est une manière de construire une méthodologie unique et adaptée aux besoins singuliers de l'entreprise. Cela signifie alors que le manager connaît et maîtrise des outils, et qu'il sollicite la collaboration d'experts extérieurs concernant des thématiques précises (e.g. une agence de design pour le design thinking).
Dans cet esprit, un institut américain, Luma Institute, propose de regrouper les outils selon trois actions.
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Un manager doit, en outre, être capable de penser le développement de son innovation à l'ère du numérique. Les données recueillies via des outils numériques font ici référence au développement majeur des big data. Les nouveaux modèles de l'innovation vont désormais bien au-delà du "simple" échange de données.
En effet, les entreprises peuvent analyser ces données pour améliorer leurs produits traditionnels (e.g. un article papier complété par une version numérique), en créer de nouveaux, voire imaginer un nouveau business model à partir du cloud computing (cf. le développement d'Uber).
Cependant, il semble important d'appréhender le numérique comme un complément et non un substitut à la réalité. Une PME à St-Pierre-de-Chartreuse spécialisée dans le trail-running, Raidlight-Vertical, l'a bien compris. Si ses clients prennent la parole sur une plateforme numérique pour proposer de nouvelles idées, critiquer les produits commercialisés, ils peuvent également tester in vivo les dernières chaussures ou sacs à dos de la marque en se rendant dans le magasin d'usine jouxtant le centre de R&D de l'entreprise.
Une fois leur course terminée dans les montagnes proches du village, ils remplissent un questionnaire de satisfaction et peuvent discuter avec les salariés de l'entreprise qui partagent le même espace "détente". Ce maillage du "virtuel" et du "réel" facilite l'empathie, la curiosité tout en développant de nombreuses connaissances concrètes, ce qui dynamise le management de l'innovation d'une entreprise.
Le dernier point à retenir consiste à favoriser l'adhésion des acteurs internes autour de l'innovation. Cet enjeu est d'autant plus important s'il s'agit d'une idée nouvelle, originale, sans démonstration passée de sa performance. Le sens du politique fait ici toute la différence entre les bons managers de l'innovation et les excellents.
En référence aux interventions de John P. Kotter de la Harvard Business School, le manager est encouragé à se souvenir que les personnes à qui il présente l'innovation sont sujettes à des angoisses, des peurs, et peuvent alors empêcher son développement. Aussi, après avoir repéré les opposants, il a tout intérêt à cultiver des qualités favorables à la création de l'adhésion, en l'occurrence le respect de son interlocuteur, même hostile, la précision et la clarté des réponses apportées aux critiques.
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Pour cela une bonne préparation est nécessaire pour dépasser les arguments rationnels et logiques puis développer un discours simple, illustré, succinct, et modeste. Ainsi, le manager n'oubliera pas, lors du franchissement de la ligne d'arrivée, que le vainqueur d'une course est avant tout la victoire de son collectif.
Bérangère Szostak