Réforme des retraites : une ambition mesurée

Eric Gérard
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Après la rentrée politique qui s'est focalisée sur les ordonnances réformant le Code du travail, s'ouvre le chantier particulièrement sensible du système de protection sociale. Dans ce cadre, la réforme des dispositifs de retraite chers à une population qui voit se réduire le rapport entre actifs et retraités en constitue l'un des enjeux les plus ambitieux et complexes d'autant qu'il s'inscrit dans la durée.
Dans une recherche d'équité, et inspiré de l'expérience de certains voisins européens, l'objectif consiste à substituer à la variété des régimes actuels un système de retraite unique dans lequel chaque euro cotisé, indépendamment de l'activité ou du statut de la personne, octroierait le même droit. Sur ce principe, l'écueil de l'âge de départ - bien que maintenu à 62 ans - disparaît, la liquidation relevant du choix individuel qu'on peut imaginer subordonné au montant de rente escomptée. L'évolution programmée s'accompagne d'un engagement de stabilité des droits acquis pour les départs des cinq prochaines années et fixe une montée en charge progressive aboutissant à une mise en œuvre généralisée à dix ans. Si ce scénario s'articule parfaitement avec les travaux devant conduire au régime unifié des retraites complémentaires des salariés en 2018, il pourrait être contrarié par les récentes alertes du Conseil d'orientation des retraites.
Ses dernières projections, élaborées à partir des données démographiques et des objectifs de croissance, anticipent une augmentation du besoin de financement de la retraite complémentaire et en conséquence, une aggravation du déficit imposant des mesures correctives immédiates sur l'âge de départ, le niveau des pensions ainsi que le taux de cotisation. Une situation délicate peu propice à faciliter la conduite d'une transformation présentée sans effet à court terme, et qui réactive concomitamment, le débat sur les retraites supplémentaires. Car si la réforme de l'existant s'impose à des fins de transparence, de simplification et d'économie de gestion, elle n'apporte qu'une réponse partielle à l'érosion programmée des revenus de remplacement. À ce titre, les solutions apportées par les produits d'épargne retraite et d'épargne salariale apparaissent plus que jamais comme un complément adapté, dont on peut regretter que seul un actif sur quatre en dispose. Ainsi, la difficulté individuelle à se projeter, la rigidité de produits imposant la sortie en rente tout comme le caractère facultatif de la souscription représentent autant de freins à la constitution d'une nouvelle strate de pension.
Eric Gérard