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Michel Giraudy : "Les stations françaises font rêver dans le monde entier"

Didier Bert

Publié le 18 décembre 2014 à 14:17 - Mis à jour le 18 décembre 2014 à 14:19

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Michel Giraudy a accédé à deux nouveaux mandats cette année. Il est le nouveau président de France Montagnes, l'association de promotion du tourisme de montagne, et aussi le nouveau maire de Bourg-Saint-Maurice (Savoie), où est nichée la station de ski des Arcs. Celui qui a été un dirigeant du Club Med et qui a tenu les rênes de la station de Val d'Isère se montre confiant quant à l'avenir des stations françaises.

Acteurs de l'économie : Comment s'annonce la saison 2014-2015 ?

Michel Giraudy : Les stations des Alpes sont en retrait de 2% en moyenne, dans le contexte actuel, ce n'est pas si mal. Les vacances de Noël sont toujours bonnes, avec un taux de remplissage proche de 80%. Et la semaine du Jour de l'An tendra vers 100%. Et cela même si de nombreux visiteurs vont réserver tardivement, un phénomène qui s'accentue chaque année.

Comment expliquez-vous cette tendance?

Avec Internet, les gens attendent de profiter de prix de dernière minute. Mais on sait déjà que février sera bon car les Britanniques et les Belges seront en vacances ce mois là. Et les Britanniques bénéficient d'un contexte économique très favorable puisque la livre a repris plus de 20% sur l'euro cette année.

Des professionnels du tourisme ont déploré le décalage des vacances de printemps vers le mois de mai. Est-ce une inquiétude pour vous?

Bien sûr! Il faudrait que toutes les zones scolaires aient leurs vacances de printemps en avril. C'est un mois où on peut faire du très bon ski avec la neige de printemps! Mais un problème essentiel est que les zones intervertissent leurs dates d'année en année. Pour les stations, cela rend plus difficile la fidélisation des clients. Or, mieux vaut essayer de conserver ses clients, parce que sinon, on doit les remplacer par des clients étrangers, et cela représente un investissement conséquent pour aller les chercher.

La concurrence d'autres pays vous inquiète-t-elle?

Elle nous oblige à ne pas nous endormir, comme cela avait été le cas des Autrichiens dans les années 1980-1990. Aujourd'hui, ils réagissent en investissant lourdement. Nous, nous avons déjà investi, mais le dynamisme des autres pays nous pousse à lancer de nouveaux projets.

Avec les Jeux olympiques de Sotchi, la Russie a voulu se positionner comme une destination de sports d'hiver...

Oui, mais attention, les stations de Sotchi, qui ont accueilli les Jeux olympiques, ne sont comparables qu'à la plus petite station de Tarentaise... D'autres projets se réalisent dans le Caucase, et cela favorisera le développement des sports d'hiver pour les Russes. Mais on est loin de ce qu'offrent les Alpes en terme de domaines skiables, qui sont le résultat de soixante ans d'investissements.

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Les tensions diplomatiques autour de la guerre civile en Ukraine risquent-t-elle de dissuader la clientèle russe?

Les Russes adorent venir en France. Ils y trouvent une bonne restauration et de bons produits. Les touristes étrangers viennent en France pour être en France. Oui, on s'attend à une baisse de la fréquentation des Russes parce qu'ils vivent une crise économique chez eux. Le rouble dégringole encore. Mais cela n'a rien à voir avec la crise en Ukraine.

Quelles autres clientèles pourraient être attirées par le ski en France?

Le marché chinois est potentiellement considérable. Certains viennent déjà skier chez nous. Mais aujourd,hui, peu de Chinois sont skieurs. Il faut déjà que cela se passe chez eux avant qu'ils viennent skier ici. Cela pourrait bien se développer car Pékin est candidat aux Jeux olympiques d'hiver de 2022. Ils ont aussi des projets de stations sur les flancs de l'Himalaya. Quand les Chinois auront skié chez eux, ils profiteront de leurs voyages en Europe pour skier ici.

Les stations françaises tirent donc profit du développement de leur concurrentes?

Plus les sports d'hiver se développent dans le monde entier, mieux c'est pour les stations françaises. Les étrangers apprennent à skier chez eux, puis lorsqu'ils veulent skier dans de grandes stations, le must est de venir en Tarentaise, à Chamonix,etc. C'est autre chose!

Même si elles sont reconnues dans le monde, les stations françaises doivent s'adapter aux nouvelles exigences des touristes...

Aujourd'hui, les gens veulent un hébergement d'un certain confort, que ce soit pour louer un petit studio ou un appartement haut de gamme. Nous devons anticiper cette demande en encourageant les propriétaires à rénover leurs appartements, et à les remettre sur le marché si ils les avaient retirés. Aux Arcs, nous labellisons les plus belles rénovations. Et les autres propriétaires peuvent les visiter pour se rendre compte par eux-mêmes des possibilités de rajeunissement de leurs biens. Aussi, les communes elles-même n'hésitent plus à racheter des appartements pour les rénover et les remettre sur le marché.

Quel est l'enjeu exact pour les communes?

Quand quatre personnes louent un appartement dans une grande station, on estime qu'ils dépensent 2000 euros dans la semaine. Donc, si cet appartement est loué 10 à 12 semaines par saison, cela représente un chiffre d'affaires conséquent pour la station. Et c'est autant de perdu si le propriétaire de l'appartement ne veut pas le louer...

Quelles sont les autres exigences auxquelles les stations doivent répondre?

Les gens veulent avoir accès à des loisirs après la journée de ski, ou en cas de mauvais temps. Les familles veulent pouvoir occuper leurs enfants. Et même quand on peut skier, les non-skieurs doivent pouvoir trouver des activités. On voit donc se développer les piscines couvertes et les spas. Mais ce n'est pas nouveau. Cette demande a toujours existé. Quand on a commencé à construire des patinoires, c'était dans le même but. Cette volonté de dynamiser l'après-ski n'a pas changé, mais nous répondons avec de nouveaux équipements. Aux Arcs, c'est ce que nous offrons avec le futurespace de loisirs Mille8, un centre aqualudique qui sera situé face au Mont-Blanc, et avec l'organisation d'activités à ski après la fermeture des pistes.

Le réchauffement climatique et ses conséquences sur l'enneigement vous inquiètent-t-ils?

Dans les stations, on sait depuis longtemps que la neige ne tombe pas toujours autant qu'on le voudrait. Il y a des années bien enneigées et d'autres qui le sont moins. Il faut savoir qu'au XXe siècle, deux années sur trois ont été mal enneigées! Mais avec les enneigeurs (canons à neige, ndlr) et les travaux réalisés sur les pistes, on a su améliorer la qualité du ski. Aujourd'hui, on skie bien mieux dans les petites stations de basse altitude équipées d'enneigeurs qu'on ne pouvait le faire il y a 40 ans.

Mais l'évolution du climat n'arrangera pas les choses...

Les prospectives à 20 ou à 30 ans ont leurs limites. Aujourd'hui, on peut affronter un hiver sans neige : les enneigeurs font le travail. On sait parer à tout cela. Saura-t-on un jour faire de la neige à température positive? Cela existe déjà en intérieur, dans des locaux refroidis! L'Homme sait réagir et s'adapter. C'est comme le touareg dans le désert qui n a pas d'eau... et qui la trouve. Ce n'est pas bien de voir de partout la fin du monde.

Quelle impulsion souhaitez-vous donner à France Montagnes?

Nous vendons du bonheur, du tourisme formidable. La montagne est quelque chose d'extraordinaire. La neige est magique. C'est notre travail de bien communiquer cela. Quand on voit que Val-Thorens est classée meilleure station du monde, il faut arrêter de s'auto-flageller à la française. On a quand même de sacrés produits!

Bourg-Saint-Maurice compte-t-elle adhérer au Parc de la Vanoise?

Je tiens à préciser que la charte du Parc de la Vanoise n'a pas encore été validée par le Conseil d'État. Aujourd'hui, nous attendons la charte pour prendre la décision d'adhérer comme commune de fond de vallée, sachant que certaines zones en font déjà partie. Nous reconnaissons la réussite globale du parc, mais nous ne voudrions pas que, en plus de toutes les associations et les institutions qui nous disent ce qu'il faut faire ou pas, encore une autre vienne nous dire qu'il faut faire une maison comme ceci ou comme cela. Nous souhaitons conserver notre pouvoir de décision à l'avenir.

Qu'est-ce qu'une adhésion au Parc de la Vanoise apporterait à Bourg-Saint-Maurice?

À lire également

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Le parc est le bienvenu en tant qu'image touristique. Je suis certain qu'il fait un grand pas en avant en se montrant ouvert aux touristes. Il faut leur dire qu'ils sont les bienvenus, qu'ils vont venir faire des choses formidables. Le touriste est là pour admirer, pas forcément pour polluer.

Didier Bert

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