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Débats - La Tribune AURAGrands Entretiens - La Tribune AURA

Jean-Jack Queyranne : "L’innovation relève de la Région, pas de la Métropole"

Denis Lafay et Maxime Hanssen

Publié le 27 novembre 2015 à 06:41 - Mis à jour le 27 novembre 2015 à 12:11

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Jean-Jack Queyranne, candidat PS à la présidence de la région Auvergne Rhône-Alpes défend, dans la deuxième partie de notre entretien, le leadership de la collectivité en matière d'innovation, notamment par un renforcement des clusters et pôles de compétitivité. Le président sortant soutient une "logique de coopération et d'équilibre des territoires", relève un "risque de décrochage" à Grenoble, et s’affirme attentif aux doléances hautes-savoyardes et au potentiel de développement avec la Suisse. Et à ce...

Acteurs de l'économie - La Tribune : Quelle franche répartition des compétences économiques entre la Région et la Métropole espérez-vous ?

Jean-Jack Queyranne : Je ne suis pas dans un rapport de soumission. La Région est garante des équilibres du territoire. La Métropole est, pour sa part, une locomotive, dont les wagons sont constitués des multiples territoires d'une région qu'elle ne peut pas « tirer » à elle seule. Elle ne peut donc pas concentrer l'exhaustivité des fonctions. La façon dont la société et l'économie au XXIe siècle évoluent repose sur un fonctionnement en réseaux qui garantit la réactivité. Et cela dans tous les domaines : économique, scientifique, culturel, etc.Concentrer les pouvoirs serait une erreur politique. Particulièrement à gauche, qui a pour vocation de penser à toutes les classes, pas seulement celle moyenne et urbanisée, mais celle aussi populaire. Lorsque j'ai réalisé, avec le PDG de Somfy, en juin 2013 un rapport pour le gouvernement, on constatait le partage qui pouvait être envisagé : les Régions mettaient le cap sur l'innovation, les agglomérations, villes et départements se concentraient sur l'immobilier et l'accueil des entreprises.La Région est en effet le chef de file de l'innovation. Elle exerce sur un vaste territoire, grâce à sa capacité de mise en réseau. La filière des biotechs, qui réunit les expertises grenobloise et lyonnaise, en est l'exemple. La prospection des entreprises et leur accueil relèvent, quant à eux, de la Métropole. Cependant, la distinction entre les deux responsabilités peut parfois être difficile à établir. Il faut donc travailler en partenariat sur ces sujets.

Un sujet, majeur, pourrait vous opposer frontalement à la Métropole. En Auvergne, les peurs ou les rejets pullulent quant à l'aspiration par et vers l'agglomération lyonnaise des centres décisionnels. Comment, en tant que président de la Région, agirez-vous ?

Nous allons d'abord élaborer le schéma de développement économique, en concertation avec tous les territoires. La Région doit être garante de deux leviers : l'équilibre, car il ne s'agit pas de dépouiller les territoires, et la coopération.Regardons de l'autre côté des Alpes. L'une des forces économiques du nord de l'Italie est le dynamisme de Milan, plus fort que celui de Lyon. Mais aussi et surtout, il est composé des districts industriels, d'un tissu présent maillant un vaste territoire et plusieurs villes qui fondent ainsi sa réactivité et sa souplesse.Cette réactivité et cette souplesse, ce sont celles aussi de la mécatronique dans la vallée de l'Arve, de la plasturgie à Oyonnax, mais aussi des évolutions d'Iveco à Annonay ou de réussites d'entreprises comme Fermob. Tout cela doit être mis en relation avec la Métropole de Lyon.

Lire aussi : Rhône-Alpes Auvergne la fusion en marche

Quelle est votre stratégie d'investissement en matière économique ? Comment renoncerez-vous à la tentation du saupoudrage quand la réalité exige la concentration sur des secteurs clés (numérique, nucléaire, aéronautique, biotechnologies, pharmacie, etc.) ?

La réussite majeure aujourd'hui, ce sont les pôles de compétitivité et les clusters, qui depuis 10 ans entraînent les PME dans une dynamique stimulante. Les politiques économiques à conduire doivent s'appuyer sur ce qu'ils représentent. Une critique surgit : la diversité de la région Rhône-Alpes n'était-elle pas un signe de faiblesse ? Je ne le crois pas. De belles réussites caractérisent les différentes filières, et les pôles et clusters sont appelés à travailler de plus en plus ensemble, car les secteurs ne sont pas cloisonnés. Quant à la tentation de saupoudrage du financement, nous y avons résisté. Pour preuve, le Fonds régional d'investissement, qui doit aider les PME à devenir des ETI.

Vous voulez créer un "Airbus européen de la micro-électronique". Un secteur pourtant en souffrance dans la région grenobloise avec la possible mise à l'arrêt de la division numérique de STMicroelectronics et les vicissitudes de Soitec...

J'ai en effet proposé un "Airbus de la microélectronique" au président de la République. Nous avons eu un entretien avec Emmanuel Macron, ministre de l'Économie, le 10 novembre, et je crois que l'écoute pour porter ce projet a été bonne.Ce dossier, que nous travaillons également avec nos interlocuteurs allemands de la Saxe, doit être davantage porté, car le niveau d'investissement à réaliser d'ici 2017 est très important. Or sans celui-ci, le risque de voir disparaître la microélectronique européenne est réel.

La politique du maire Eric Piolle affole les décideurs économiques de Grenoble, particulièrement ceux des secteurs (nano, biotechnologies, etc.) qui sont dans le viseur écologique et qui font une grande partie de la vitalité et de la réputation économiques de l'agglomération. Cette municipalité est-elle un obstacle à vos objectifs de développement ?

Il y a un an, Grenoble figurait dans le top 5 mondial des villes dans la catégorie innovation, récompensée pour un esprit et une culture tournés vers la recherche, vers l'intelligence scientifique et économique. La nouvelle municipalité est arrivée avec desa priorisur ces sujets, mais elle va évoluer. Elledoitévoluer. Car le risque de décrochage existe.Les milieux économiques font pression, en ce sens, sur Éric Piolle ; il ne lui est pas demandé de renoncer à ses ambitions aux plans écologique et de la qualité de vie, simplement il doit veiller à ne pas entériner de reculs en matières économique, scientifique et culturel.

Lire aussi : Eric Piolle : "Notre logique n'est pas la fuite en avant"

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A l'est, les décideurs économiques des Savoies semblent déterminés à collaborer bien davantage vers la Suisse que vers la nouvelle grande région. Comment vous inscrirez-vous dans cette réalité ? Comptez-vous œuvrer à "ramener les brebis (haut) savoyardes dans le vaste troupeau régional" ? Accentuerez-vous le développement du grand Genevois (212 communes des deux côtes de la frontière) et le rayonnement du futur pôle métropolitain du Genevois français (120 communes françaises du Grand Genevois) ?

La région est entrée dans le comité franco-genevois en 2004. Nous avons été les acteurs importants pour la prise en compte d'une organisation franco-genevoise. Et nous avons fait bouger les lignes. Le CEVA (Cornavin - Eaux-Vives - Annemasse) Transexpress ne serait pas en route si la Région ne s'était pas engagée. Par notre action, nous avons également motivé le Conseil départemental de la Haute-Savoie à s'engager financièrement sur ce dossier.J'ai également soutenu l'Arc syndicat mixte (en faveur de la coopération transfrontalière, NDRL) qui était considéré, au départ, comme un dispositif improductif. Il s'est structuré : 120 communes sont désormais affiliées. J'ai voulu signer, alors que je n'étais pas obligé, un contrat métropolitain avec le Franco-Genevois. C'était un grand projet 2007-2014. Nous avons été, sur ce plan proactif. Nous avons également été l'interlocuteur du Conseil d'État de Genève afin de rapprocher la coopération avec l'État français. Enfin, en dix ans, les fonds frontaliers ont fortement augmenté. Bref, nous avons « mouillé la chemise » !L'arrivée de la Région a été un facteur de représentativité. Il faut organiser, du côté français, notre présence dans le grand Genève. Et ne pas être à l'arrière-cour. C'est ce discours que nous avons voulu porter. La structuration du pôle d'Archamps et la création de l'Institut de formation en soins infirmiers d'Ambilly en sont l'illustration.

Lire aussi : La Suisse, si loin, si proche pour les PME

Le Conseil d'État de Genève est inquiet des répercussions de la nouvelle grande région française, et menace de ne pas poursuivre ses engagements financiers (240 millions d'euros) au profit du développement transfrontalier si la Région réduit sa contribution. Comment en effet ferez-vous pour assumer cette charge au bénéfice du "riche" territoire (haut) savoyard quand les territoires plus "pauvres" d'Auvergne vous solliciteront ?

J'attends un engagement plus ferme du Conseil d'État sur le territoire franco-genevois. Le déblocage de ces fameux 240 millions d'euros attend d'ailleurs qu'une majorité politique se dégage, et les manifestations du nouveau taux de change motivent les Genevois à réclamer des contreparties supplémentaires.Depuis 2004, le développement de ce territoire est l'une de mes principales orientations politiques. Un million d'habitants y vit, et les possibilités y sont substantielles. Et la Suisse a elle-même besoin de se développer du côté rhônalpin.

Dans le cadre du processus de privatisation de l'aéroport de Lyon Saint Exupéry, êtes-vous alors favorable à une prise de participation stratégique de l'aéroport de Genève, ouvrant la voie à une démultiplication des flux entre les deux agglomérations et sur le territoire commun ?

Je suis favorable à l'ouverture au capital, car l'État n'a pas rempli ses obligations vis-à-vis de l'Aéroport de Lyon. La 8e région d'Europe ne peut pas se satisfaire du 51e aéroport. Il y a là un dysfonctionnement énorme. J'ai cru, au départ, qu'une collaboration avec Aéroports de Paris pourrait conduire à désengorger les sites de Paris et ainsi transférer une partie du trafic vers Lyon.Ce ne fut pas le cas, et ce n'est pas la stratégie de l'actuel Pdg Augustin de Romanet.Il y a plus d'un an, j'ai dit au président du Conseil d'État de Genève, autorité dont dépend l'aéroport de Genève, qu'il fallait réfléchir à une coopération concrète avec Lyon. D'ici une trentaine d'années, les plateformes, je l'espère desservies par une liaison ferroviaire à la hauteur, travailleront ensemble. C'est une évidence. Je suis donc pleinement favorable à une concrétisation capitalistique dans les prochains mois. Ceux qui décideront de rejeter l'offre genevoise, ou les Genevois qui n'auront pas concouru à cette entrée dans le capital, auront fait une erreur historique.

Le poids des TER dans le budget de la région est substantiel : 25 %. Plus de cinq milliards d'euros ont été investis ces dernières années. La renégociation, compliquée, de la convention avec la SNCF constitue l'un de vos arguments de campagne. Votre vigoureuse réaction n'arrive-t-elle pas trop tard, alors que la SNCF ne respecte pas ses engagements depuis plusieurs années ?

J'ai souhaité qu'on prolonge l'actuelle convention d'un an. Et cela pour trois raisons. La première, c'est que par la loi NOTRe, votée en août, nous disposons de nouvelles responsabilités, et notamment celle des transports départementaux à partir du 1er janvier 2017. La politique dans ce domaine-là doit être conçue en lien avec celle des TER. Deuxièmement, la convention auvergnate arrive à échéance dans un an, et donc cela justifie le prolongement de la nôtre pour synchroniser l'agenda du futur dispositif. Enfin, les propositions de la SNCF ne correspondent pas à nos attentes : elle propose la suppression de certains services et elle veut réinstaller la convention à un point de départ intolérable sur le plan financier. Nous aurons donc d'âpres discussions avec la direction de la SNCF, d'autant plus que nous sommes en droit d'attendre un service, une ponctualité, une qualité générale, et un système d'information sensiblement meilleurs. La SNCF doit se mettre au niveau.Reconnaissons toutefois que nous sommes sur un réseau fragile. Le succès du TER entraîne des contraintes très fortes, notamment l'entrée sur Lyon, qui justifie 400 millions d'euros d'investissements dans le contrat plan Etat-Région sur la période 2015-2020.

Quels sont vos leviers de négociation ?

La SNCF est en situation de monopole. Mais nous exprimons des exigences. En premier lieu la transparence des coûts, à ce jour invisible. Nous voulons connaître le prix au kilomètre et les frais de structure de la SNCF. Nous avons commandé un audit auprès de concurrents potentiels, dont il ressort que 40 millions d'euros de coût sont jugés trop élevés. 40 millions, c'est 10 % du montant annuel de la convention, alors que la SNCF nous en réclame 40 supplémentaires !

30 milliards d'euros : le coût (minimum) du Lyon-Turin n'apparaît-il pas déplacé au regard des priorités réelles du territoire et des entreprises ? La Région peut-elle, à terme, échapper à un engagement financier en complément de sa mobilisation actuelle ?

La Région n'a pas à financer le tunnel international. Il faudra effectivement trouver des ressources, car, l'état des finances publiques limite le champ d'action. La contribution de l'Europe, sur cette infrastructure de base est déterminante. Les propositions des deux parlementaires, le sénateur Bouvard et le député Destot, vont dans le bon sens.

Sont-elles suffisantes ?

Je l'ignore. En revanche, je sais qu'il faudra aller vers de nouveaux types de ressources. Le tunnel international implique une évolution du système ferré, dans la relation entre les bassins rhodanien et alpin.Résoudre les problèmes de la ligne Lyon-Grenoble, sur laquelle circulent plus de 200 trains par jour, exige une voie alternative. Il faut saisir toutes les opportunités, et celle de desservir Chambéry en évitant le lac du Bourget en est une.Il existe trois clefs pour améliorer le système ferré régional. La liaison entre le courant rhodanien et le sillon alpin (le Lyon-Turin) ; le nœud ferroviaire lyonnais ; la ligne TGV entre Paris et Lyon et sa capacité à desservir les bassins roannais et clermontois. Voilà les investissements à conduire dans les quinze prochaines années.

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Denis Lafay et Maxime Hanssen

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