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Renaud Payre : "Sciences Po Lyon est à un moment charnière de son histoire"

Denis Lafay et Stéphanie Borg

Publié le 03 octobre 2018 à 04:00 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:28

Renaud Payre

Renaud Payre

Sciences Po Lyon

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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A l'occasion du 70è anniversaire de son établissement, qui marque également son mi-mandat, le directeur de Sciences Po Lyon Renaud Payre balaye, chiffres à l'appui et sans concession, les stéréotypes qui collent à la peau de l'institution, pour mieux dessiner le futur de l'établissement. Le politologue, fin observateur de la vie publique et politique, livre également son regard aigu sur la politique locale.

Acteurs de l'économie - La Tribune : Cette semaine, démarrent les festivités qui célèbrent les 70 ans de Sciences Po Lyon. Au-delà du simple anniversaire, quelles sont les empreintes laissées par ces années mais surtout comment Sciences Po Lyon compte s'en servir pour construire son avenir ?

Renaud Payre : J'ai absolument voulu marquer cet anniversaire car Sciences Po Lyon est une institution - avec tout ce que cela représente de positif - qui se regarde très peu. Et qui, contrairement à d'autres, évoque trop modestement son histoire. Une histoire qui, d'ailleurs, n'a jamais été écrite. Les Instituts d'études politiques (IEP) ont été créés en 1945, au sortir de la Libération, avec pour mission principale de former les cadres de la nation. Les établissements de Paris et de Strasbourg ont vu le jour, suivis immédiatement par Lyon, Grenoble, Bordeaux et Toulouse.

Au regard de nos données, on pourrait imaginer que ce modèle est dépassé : en effet, deux tiers des diplômés de Sciences Po Lyon travaillent dans le privé et un tiers dans le public — dont une moitié sous forme contractuelle. Or, il n'en est rien : Sciences Po n'est pas, par exemple, une école de gestion ou une école de management.

C'est une école pluri-disciplinaire qui véhicule toujours ce sens du commun du public et de l'intérêt général. Une discipline fondamentale pour qui veut contribuer à la transformation de l'action publique.

Nos diplômés travailleront dans le privé, et j'en suis très heureux. Mais s'ils y agissent avec ce sens de l'intérêt général, ils serviront encore mieux leurs entreprises. En témoignent les trajectoires très variées de nos 70 promotions, véritables ébullitions intellectuelles.

Néanmoins, cette sensibilité à l'intérêt général correspond-elle bien aux attentes de notre époque, et notamment des employeurs publics comme privés ?

Un des premiers éléments de réponse vient de la demande des jeunes de 18/19 ans : chaque année, près de 10 000 candidats se présentent au concours d'entrée, en première année, des 7 écoles qui partagent le même concours (Lyon, Aix-en-Provence, Lille, Rennes Saint-Germain-en-Laye, Strasbourg et Toulouse, NDRL). Nous n'avons que 1 000 places...

Cela signifie que nos écoles suscitent une vraie demande. Même phénomène en deuxième année : nous avons ouvert à Lyon un concours d'entrée en deuxième année, dont la première édition a eu lieu en mars 2018. Nous avons enregistré 500 candidats de niveau bac+1/bac +2 pour 50 places.

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Un jour de concours d'entrée à Sciences Po (crédit FB Sciences Po Lyon)

Un autre élément de réponse se trouve dans le retour, à travers nos enquêtes d'insertion de diplômés très fiables, des entreprises, des collectivités ou des services de l'État qui accueillent nos diplômés. Ils indiquent apprécier leur sens de la synthèse, leur capacité à exposer, à saisir leur environnement global, et surtout leur rapport réaliste à la mondialisation.

Il a toujours semblé bien difficile d'établir un classement des Sciences Po (hors Paris). Un sujet apparemment très sensible...

Je ne peux pas répondre à cette question : nous nous engageons à ne pas donner de classement pour ne pas perturber le concours commun.

Je peux juste dire que mon ambition est d'être l'un des premiers Sciences Po de région.

Mais tout n'est pas idéal dans le jugement, par les employeurs, de vos diplômés. Quelles sont vos marges d'améliorations ?

Au-delà de ces qualités évoquées, certains d'entre eux soulignent une adaptabilité qui est à améliorer. Cette possible carence résulte d'une méconnaissance du monde professionnel. J'ai pris cette remarque à la lettre et ai ajouté, depuis la rentrée 2017, une expérience professionnelle obligatoire en premier cycle. Ce premier stage, d'environ 8 semaines, que l'on pourrait qualifier d'"ouvrier", a pour but est de mieux connaître le monde professionnel à n'importe quel niveau de l'entreprise.

Évidemment, les étudiants accomplissent toujours une importante expérience professionnelle en fin de cinquième année avec un stage de 6 mois.

Une professionnalisation qui fait également progresser le salaire moyen d'un diplômé à 18 mois : nos diplômés doivent être un peu mieux rémunérés sur le marché du travail.

Le monde professionnel, c'est aussi celui de l'entrepreneuriat, très prisé des jeunes générations et créateur d'emplois. Un secteur vers lequel Sciences Po Lyon doit, là aussi, intensifier son attention et pour cela accélérer sa mue ?

Nos étudiants disposent d'une capacité créatrice très forte. Ils initient des associations, lancent des projets, montent des événements... Il est vrai que l'entrepreneuriat était un mot presque absent de notre cursus. Dans un premier temps, nous nous sommes connectés au dispositif de l'Université de Lyon en la matière, notamment pour nos étudiants de deuxième cycle.

Depuis le début de mon mandat, je travaille sur un projet qui inclut l'entrepreneuriat mais qui dépasse cette simple question : en 2021, nous lancerons, avec la Métropole de Lyon, la Public Factory.

Ce bâtiment, installé dans le parc Blandan, servira à répondre aux commandes qu'adresseront des collectivités, des entreprises ou des associations à tous nos étudiants de 4e année. Ils devront y répondre par petits groupes, en un temps limité, en livrant un prototype de produit, de projet de politique publique, de transformation d'un service. Ainsi, j'ai l'impression, d'une certaine manière, d'être fidèle à nos engagements de 1948 : œuvrer à la transformation publique. Nous avons l'objectif de la Libération dans les termes du 21e siècle.

Notre junior entreprise, très active, sera localisée sur ce site : ce sera aussi une manière de professionnaliser les étudiants. C'est pourquoi je relie ce projet global à l'entrepreneuriat.

Néanmoins, et les crises passées en témoignent, être un directeur de Sciences Po constitue une responsabilité particulièrement sensible. En cause notamment, une gouvernance complexe, et un corps social pour partie rétif à ces nouvelles réalités (privées, entrepreneuriat, etc.)...

Je n'ai pas l'impression que ce soit si difficile... même si effectivement, à certains moments encore récents, il y a eu des crises.

La majorité des étudiants veulent une formation davantage professionnalisante, ouverte à l'entrepreneuriat. De notre côté, nous devons bien évidemment y souscrire, à la condition de garder notre âme ! Cela se traduit par une formation de grande qualité en sciences humaines et sociales - rappelons que nous sommes la seule grande école dans ce domaine.

Je m'appuie sur les chiffres : la durée moyenne pour trouver un emploi est de 3,5 mois. Cela permet quand même de relativiser toute une série de clichés sur les sciences humaines et sociales. Elles peuvent être très largement professionnalisées. Certes, on peut toujours faire mieux, mais nous contribuons aussi à l'innovation, à l'image de la Public Factory.

Quel est le coût de la scolarité à Sciences Po Lyon. Et est-ce bien suffisant ?

Il varie : de zéro (pour les boursiers, 30 % de nos effectifs) à 3 800 euros en 8 tranches. Bien sûr, il ne représente absolument pas le coût réel des études et nous avons la chance de bénéficier d'un vrai soutien du ministère.

Au début de mon mandat, je me suis engagé auprès des étudiants : la création de tranches supplémentaires ne serait pas la voie privilégiée pour dégager de nouvelles ressources, et il fallait faire preuve d'inventivité...

Parallèlement, j'ai ouvert le chantier de la formation continue, qui commence à porter ses fruits. Il s'agit là d'une recette complémentaire qui permet de nouer des liens davantage stables et pérennes avec les collectivités, les services de l'État et les entreprises.

Au regard de votre expansion vers la Loire, n'auriez-vous pas intérêt "aussi" à vous rapprocher de Grenoble ?

Non. Notre installation à Saint-Etienne nous positionne dans la région. Cela nous permet de regarder vers l'Ouest et de renforcer nos relations avec un territoire et des élus avec lesquels on travaillait peu. Ainsi, nous avons créé un septième diplôme d'établissement, 80 % de nos étudiants complètent leurs diplômes par une spécialisation - notamment sur le monde russe.

Le campus stéphanois de Sciences Po Lyon (crédit : FB Sciences Po Lyon)

Demain, en 2020, il nous faudra renforcer le 2e cycle stéphanois ; je m'y emploie dès maintenant avec l'EN3S, l'école nationale de la sécurité sociale, avec laquelle nous développons une double spécialité professionnalisante : "territoire et protection sociale", et  "territoire et entrepreneuriat social".

Nous allons également ouvrir la double diplomation sur le premier cycle : c'est absolument unique en France parmi les IEP de Province.

Les sciences humaines et sociales ne souffrent-elles pas d'une forme de mépris et de l'hégémonie des baccalauréats scientifiques ?

Absolument pas ! Je vous rappelle le nombre de candidats à l'intégration à Sciences Po, qui témoignent que notre formation est prestigieuse et extrêmement demandée. De nombreux candidats nous disent d'ailleurs hésiter entre les concours de l'Insa et Sciences Po : la vraie réponse serait de pouvoir accomplir les deux...

D'ailleurs, je travaille avec l'École Centrale de Lyon et l'Ecole des Mines de Saint-Étienne pour essayer de proposer des doubles diplômes.

Traditionnellement, Sciences Po Lyon est réputée pour ses partenariats internationaux. Pourriez-vous ouvrir un campus à l'étranger ?

Nous n'avons pas les reins suffisamment solides pour le faire.

Cependant, il existe une autre solution : miser sur le double diplôme.

Nous avons signé, en juillet 2018, un partenariat avec la Hong Kong Baptist University (HKBU), un accord pour un double diplôme. Les étudiants de Sciences Po Lyon pourront valider en 5e année un diplôme de cette grande université et vice-versa. Nous voulons faire de même avec l'Université de Virginie, notre partenaire historique, et l'Université de Loughborough au Royaume-Uni.

Justement, au regard des autres formations, quelle voix pèse le "petit" Sciences Po Lyon au sein de l'Université de Lyon et des grands chantiers universitaires, comme l'Idex ?

Cela a constitué l'un des éléments les plus difficiles de mes premières années de mandat : fallait-il intégrer l'Université de Lyon ? Je n'avais pas de doute, j'ai fait voter mon conseil d'administration dans ce sens. Néanmoins, perdre la personnalité morale était pour nous un risque très important, comparé aux autres Sciences Po. J'ai bien vu que tous gardaient leurs personnalités morales au sein de leurs universités fortes.

Ainsi, notre conseil d'administration a voté, à l'unanimité, en décembre dernier, une feuille indiquant qu'il ne s'agit ni de rejoindre l'Université cible ni de rompre les liens avec elle.

Nous souhaitons une association en gardant notre personnalité morale tout en continuant à construire des liens. C'est, par exemple, la même stratégie adoptée par Centrale Lyon, dont nous sommes très proches.

L'avenir pour Sciences Po Lyon est d'être une grande école de l'Université de Lyon, dotée de liens très forts avec l'Université cible, l'Université Jean Monnet à Saint-Etienne ou l'École Centrale de Lyon. En aucun cas, il s'agit de perdre notre nom et notre personnalité, de diluer ce qui a fait notre modèle (y compris notre "petit" effectif, autour de 1 500 étudiants, que nous suivons quasi personnellement). Il est impensable de compter, demain, 3 000 étudiants à Sciences Po Lyon.

Mais si tout le monde joue la carte de la prudence, ce projet d'Université intégré ne se fera sans doute pas...

Je suis le directeur de Sciences Po Lyon, pas le président de l'Université de Lyon... Je connais le modèle que je défends : je sais que, précisément, nous ne sommes pas une école comme les autres et que notre modèle d'école uniquement de sciences humaines et sociales ne doit pas disparaître.

Nos fondateurs ont eu l'idée, sans le savoir, extrêmement avant-gardiste d'imaginer cette formation pluri-disciplinaire...

Une Fondation unique de l'Université de Lyon ne doit-elle pas s'imposer à la constellation d'établissements qui, comme le vôtre, privilégient leur propre fondation ?

J'ai créé l'année derrière la fondation Sciences Po Lyon abritée au sein de la Fondation pour l'Université de Lyon. On ne m'a jamais proposé la fusion. Ce que fait la Fondation au sein de l'Université de Lyon est fabuleux.

Sciences Po Lyon est une marque reconnue, qui fait sens aux yeux de nos partenaires privés et publics.

Et j'espère, au même titre, demain que l'Université de Lyon sera une marque reconnue. Il n'est pas contradictoire de dire que Sciences Po est une grande école de l'Université de Lyon. Etre associé à cette université est profitable à tous deux.

Néanmoins, au-delà de l'Université de Lyon, vous êtes encore un peu associé à la "sécessionniste" Université Lyon 2... Quelle est la nature de ce lien ?

Il est d'abord historique. Le décret de 1989, qui gère les IEP, impose l'université de rattachement, devenue, au fil du temps, une simple association. Vous comprenez que le passage de l'un à l'autre rend le lien plus faible.

Nous sommes donc liés par une convention qui régule le nombre d'heures d'enseignement, le partage d'un agent comptable et un accès aux infrastructures sportives.

Pour la dernière fois, cette année, nos étudiants ont bénéficié de la chaîne d'inscription de Lyon 2. En 2019, nous disposerons de notre propre chaîne d'inscription, l'étape ultime de notre émancipation. Bien sûr, il faudra que le texte évolue. Et alors, si c'est nécessaire, retirer cette notion d'université d'association...

Cette émancipation définitive sonnera pour vous comme un soulagement...

C'est surtout le sens de l'histoire, impulsé avec force par mes prédécesseurs.

Notre établissement n'a aucun lien de soumission, c'est un membre du consortium, un membre fondateur de l'Université de Lyon et de la COMUE au même titre que Lyon 2.

Cependant, je suis très heureux des relations que nous avons avec Lyon 2, qui est une très grande université de sciences humaines et sociales. La recherche lui doit beaucoup depuis 30 ans : tout n'est pas arrivé avec l'installation de l'ENS et l'EHESS.

Pour poursuivre sur Lyon 2, la manière dont l'établissement s'est marginalisé vis-à-vis de l'Université de Lyon n'est-elle pas un élément perturbateur au moment où cette université doit se construire ?

Je suis très triste que la grande université de sciences humaines et sociales qu'est Lyon 2 ne participe pas à cette dynamique. Pour des choix opérés au sein de cette université comme des choix complexes au sein des rivalités entre établissements. C'est dommageable.

Et son absence pose question : comment va-t-on accueillir les étudiants sur le campus de Bron si Lyon 2 ne fait pas partie de l'Université cible ? Comment se passer de cette vraie force de recherche dans cette ville pionnière en sociologie, et notamment en sociologie urbaine, en anthropologie et en ethnologie ? Si on oublie sa contribution, nous sommes tous fautifs...

Ce que je sais, et ce que j'ai pu dire dans des séminaires Idex, c'est que la composition institutionnelle que l'on adoptera tous et toutes aura des effets sur la science : selon des périmètres qu'on détermine, cela aura des effets sur les budgets... Tout ne passe pas par les sciences dures.

Il existe un domaine dans lequel le gouvernement actuel est peu visible, c'est la réforme de l'enseignement supérieur. Sujet éminemment sensible, éminemment complexe, éminemment explosif. Y'a-t-il quelque espoir de voir, d'ici la fin du quinquennat Macron, des réformes engagées ?

Rappelons, en préambule, que les IEP sont des espaces privilégiés. Nos étudiants sont fortement sélectionnés, et réussissent quasiment tous. Dans ce contexte, nous ne sommes pas la "cible" du Ministère. Reconnaissons à ce dernier d'avoir ouvert le chantier Parcours Sup - auquel les Sciences Po pourraient être rattachés en 2020.

Le vrai défi, c'est que le Ministère de l'Enseignement supérieur s'empare de la question de... l'enseignement supérieur !

Depuis le quinquennat Sarkozy, on a considéré réduit la politique dudit enseignement supérieur au grand emprunt, devenu une sorte de substitut. Regardons l'Idex : il est évalué par un jury international, le commissariat général à l'investissement décide et organise l'attribution, et c'est, in fine, signé par le Premier ministre... Le procédé est une manière de contourner le Ministère...

Tous les acteurs de l'enseignement supérieur se sont leurrés, ou "auto leurrés", en pensant que mener des politiques d'excellences, "avoir" l'Idex, était suffisant pour mener une vraie politique. L'Idex va permettre de faire émerger un champion international de type Université cible — franchement je le souhaite - mais il sera réservé à quelques-uns. Demain, la Région et la Métropole auront toujours à gérer l'accueil des étudiants à Bron, et ce n'est pas l'Idex qui les soutiendra dans son financement.

L'enjeu véritable serait de mettre en œuvre des mécanismes de mise en cohérence territoriale, et même, d'une certaine manière, de redistribution.

Le patron de Science Po se satisfait-il de la politique de la Région Auvergne-Rhône-Alpes ?

Je suis très transparent : je me suis inquiété, au départ, de l'absence de fluidité de dialogue avec la Région...

Depuis, j'ai rencontré le vice-président Yannick Neuder, le premier vice-président Étienne Blanc avec qui j'ai eu un dialogue extrêmement constructif, à mon conseil d'administration siège le président de la commission de l'enseignement supérieur... bref, les relations se sont normalisées.

Sciences Po forme de nombreux acteurs de la cité, vous êtes vous-même un fin connaisseur et un observateur "clé" de la vie politique ; estimez-vous le retour de Gérard Colomb à Lyon judicieux ? (In) Opportun ? Obsolète ?

J'ai un devoir de réserve que je souhaite appliquer strictement...

Je dirai simplement que tout dépend du programme et de ce dont nous avons besoin dans cette ville et dans cette Métropole...

Supposons que je sois président-directeur général de ma société. Et que je sois appelé à exercer à l'extérieur d'importantes responsabilités. Je désigne alors un successeur. Un an et demi plus tard, je décide de récupérer ma place de président. Comment pourrait-on interpréter ce retour : la satisfaction d'un ego personnel ? La conviction que mon programme sera plus utile, plus efficace, plus riche que celui qu'a accompli mon remplaçant... ? En d'autres termes, d'aucuns peuvent interpréter le "retour" de Gérard Collomb comme la contestation de l'action de son successeur David Kimelfeld... pourtant plutôt saluée dans la forme et dans le fond...

Probablement. Encore une fois, il faut se demander, en tant que citoyen, quel programme va être proposé. Voilà l'enjeu.

Pour l'heure, nous sommes juste dans l'agitation de l'instant. Cette Métropole a acquis des compétences extraordinaires, même unique dans l'histoire de la République. Jusqu'ici, l'exception était juste Paris. Et ces compétences, elle les déploie plutôt aisément, là où d'autres comme à Marseille échouent.

Désormais, nous rentrons dans l'âge 2 de la Métropole : ce candidat fera-t-il des propositions intéressantes pour l'environnement ? Pour les transports en commun ? Pour son territoire ? Peut-être que demain Lyon, telle qu'on la connaît, ne sera plus qu'un arrondissement de la Métropole...

Ce sera une élection très intéressante à suivre, car nous ne savons pas encore quel en sera l'intérêt aux yeux des électeurs, qui voteront pour la première fois pour leur président de métropole. Les programmes seront très importants. Et j'espère que Sciences Po sera, à cette occasion, un lieu de débat.

Denis Lafay et Stéphanie Borg

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