[Mon rêve pour demain 2/5] Christophe Galfard, physicien
Christophe Galfard
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Depuis environ un siècle, le savoir scientifique et la technologie qui en découle ne sont plus intuitifs, car ils se situent souvent dans une réalité qui n'est pas accessible à nos sens. Nos yeux, par exemple, ne sont pas capables de détecter les ondes radio, les rayons X ou ultra-violets et infrarouges. C'est d'ailleurs une bonne chose, car ces ondes électromagnétiques qui circulent en permanence autour de nous, nous aveugleraient probablement.
Mais depuis environ un siècle, nous avons réussi à sonder et à utiliser cette nature qu'il nous est impossible de ressentir. Il y a de quoi être fier. Ce n'était pas simple. Des découvertes récentes suggèrent que notre espèce, l'Homos Sapiens, foule le sol de la Terre depuis environ 310 000 années. 310 millénaires pour que notre curiosité nous permette de regarder les étoiles lointaines, de comprendre que notre univers a une histoire, de réaliser que le monde sur lequel nous vivons abrite un entremêlement d'écosystèmes nécessaires à notre existence.
Mais ce savoir est fragile. Si nous cessons d'enseigner la science pendant deux ou trois générations, la Terre redeviendra plate aux yeux des citoyens futurs. Les connaissances cosmiques ou quantiques seront oubliées ou raillées tellement elles peuvent sembler lointaines du sens commun.
Il est beaucoup plus facile de croire que le climat se réchauffe car la Terre se rapproche du Soleil. Cette idée est séduisante car immédiatement compréhensible. On l'a entendue. Mais elle est totalement fausse. Le climat se réchauffe de notre fait. Ceci n'est pas une explication, c'est une affirmation. Là se situe le problème de la communication scientifique face à ceux pour qui la science est douteuse : de petites assertions pernicieuses et attrayantes par leur simplicité se propagent plus rapidement que de longues démonstrations qui reposent sur des siècles d'avancées. Affirmer sans expliquer devient condescendance. C'est pourtant de la science que notre futur à tous dépend.
Christophe Galfard