L’avènement des "égopreneurs"

Jean-Louis Magakian
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Jean-Louis Magakian
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune
Dans ses discours, le président Macron se réfère à plusieurs reprises sur les notions de « capabilité » et d'« encapacitation ». L'idée de travailler sur les conditions de liberté et d'agir de chacun est à la fois une question politique, mais aussi une question qui touche directement les pratiques de management et l'histoire des entreprises.
Ainsi, avec l'auto-entrepreneuriat, de nombreuses personnes cherchent à échapper aux conditions contraignantes du salarié. En choisissant ce statut, ils essayent de garantir et même, d'élargir, leur capacité d'agir pour augmenter leur individualité. Il s'agit plus d'entreprendre pour son égo, que d'une réelle ambition économique, on peut d'ailleurs parler d'« égopreneurs ».
Au cours du XXe siècle, les sociétés modernes ont institutionnalisé les entreprises au travers de règles de contrôle et de coopération. Ce sont ces règles qui, d'une part, permettent de fournir un sens commun aux pratiques professionnelles, mais, d'autre part, permettent de contenir les actions collectives en constituant un dispositif de contrôle des individus. L'entreprise s'est développée essentiellement en créant une organisation-environnement pour faciliter cette dialectique coopération/contrôle.
Le XXIe siècle qui s'ouvre favorise au contraire l'individuation en lieu et place d'une institutionnalisation stable du contrat social commun. Il faudra distinguer la notion d'individuation de l'individualisation. L'individuation consiste en la possibilité de se distinguer des autres, sans pour autant s'isoler du collectif.
À lire également
Cette idée, initiée par Durkheim, Jung et Simondon, est aujourd'hui développée par Cynthia Fleury avec la notion d'irremplacibilité. Se donner les moyens d'être irremplaçables par les expériences conduit les individus à exiger des conditions d'existence singulières pour réussir cette individuation comme style de vie. Ceci conduit à la disparition même de la notion de société pour Alain Touraine, ou l'avènement d'un monde liquide pour Zygmunt Bauman.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Jean-Louis Magakian
Management. Comment bâtir un projet d'entreprise qui intègre le télétravail ?
"On ne fait pas confiance aux résultats qui nous dérangent, mais à ceux qui nous indiffèrent" (Etienne Klein)
Cédric Osternaud (Casino) : "Développer le e-commerce, y compris dans les zones rurales"
"Nous souhaitons travailler sur une filière du rétrofit en local" Bruno Bernard (Métropole de Lyon)