Loi SRU : le gouvernement doit préserver cette pierre d'angle de la mixité sociale

Bernard Devert
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Si la République est une et indivisible, Il n'en demeure pas moins qu'elle consent à des ghettos dont certains s'apparentent à l'apartheid. Trop de logements à vocation sociale sont encore réalisés dans des périmètres focalisant la pauvreté. Concentrer sur de mêmes territoires des populations qui désespèrent de pouvoir être considérées comme des citoyens à part entière crée des quartiers de non droit et fabrique cette montée inexorable des extrêmes dont une des premières causes est le ressenti de l'oubli.
La loi du 13 décembre 2000 Solidarité et Renouvellement Urbains, bien connue par son acronyme SRU, en imposant aux communes un quota de logements sociaux, concourt à une réconciliation du corps social qui souffre, non seulement du manque de logements, mais aussi de ces fractures qui le désarticulent au point de lui enlever toute cohésion.
Or, on entend ici et là que le gouvernement, qui rend public cette semaine son programme en matière de logement, repousserait à 2025 la réalisation du quota de 25 % de logements sociaux et autoriserait, pour les zones tendues, l'intégration des logements intermédiaires dans ce pourcentage. Mais réduire le champ d'application de l'article 55 de la loi SRU, c'est priver les personnes en situation de fragilité de trouver un habitat dans les quartiers socialement équilibrés au sein desquels les chances d'insertion sont considérablement majorées.
Il est vrai que la loi SRU a toujours déchaîné les passions. Elle fut présentée par l'opposition de l'époque comme un danger pour la qualité de vie et l'habitat des Français. La diversité serait-elle un risque et la fragilité une menace ? Alors, il faudrait penser que la sécurité naîtrait de l'enfermement et du repli sur soi, dont la carte scolaire donne une triste et inquiétante visibilité. L'opposition avait brandi l'article 72 de la Constitution, qui dispose que les collectivités s'administrent librement, oubliant à dessein la fin de la phrase : "dans le respect des lois de la République". Même votée, la loi ne cessera d'être remise en cause, en 2002, puis à nouveau en 2006 lorsque l'Abbé Pierre livra, à l'âge de 92 ans, son dernier et juste combat : il se présenta en fauteuil roulant dans l'hémicycle, s'opposant à ce que la loi déplace sur l'intercommunalité l'application des 20 % du logement social, au risque d'aggraver les phénomènes de ghettoïsation.
Bernard Devert