Entre les liens et l'argent, lequel est le plus fort ?

Bernard Devert
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Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix, dans son dernier ouvrage : "Une économie à trois zéros" ‑ zéro pauvreté, zéro chômage, zéro émission de carbone, n'esquive pas les difficultés pour y parvenir, relevant que la première d'entre elles est d'ordre anthropologique : quitter la vision pessimiste de l'homme pour le considérer comme un égoïste. Qui peut contester une recherche qui s'est accélérée avec la crise financière de 2008, pour une meilleure attention au bien commun et/ou à l'intérêt général.
L'économie solidaire, fut-elle encore insuffisante, traduit la prise en compte de la question du sens qui interroge non seulement la micro mais aussi la macro-économie. Les étudiants, sortis de grandes écoles ou des universités, donnent le primat aux activités créatrices d'un "autrement" ; la réussite personnelle, via le salaire, ne se présente plus comme un critère suffisant pour s'investir.
L'entreprise doit désormais partager ses valeurs managériales et s'engager à réduire les inégalités, ce fléau mondialisé, secrétant des violences d'autant plus fortes qu'elles sont cachées.
L'entreprise, dès lors qu'elle lutte contre les fractures sociales, trouve une réelle et juste reconnaissance. Nous sommes à un moment de l'histoire où il est possible, parce qu'espéré, de susciter un autre monde. L'heure n'est plus seulement de le rêver, elle est celle de le bâtir.
La masse monétaire est considérable ; les liquidités sur les marchés financiers représentent plus de 180 Mds d'euros. Cet argent flottant coule à flot. Une des questions est celle de sa mobilisation qui ne peut pas seulement se décréter mais doit être portée, via une vision dynamique et transformatrice des relations financières à laquelle le mécénat n'est pas étranger.
Ne soyons pas pessimistes, un chemin est déjà parcouru. Qui reprochait, il y a seulement cinq ans, à des dirigeants d'entreprises de maximaliser le profit et d'optimiser l'aspect fiscal. Cette approche, si elle n'est pas encore répréhensible sur le plan légal, devient une faute sur le plan moral ; elle relève, dans le meilleur des cas, d'une pratique de l'ancien monde.
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Bernard Devert