Entreprendre, c'est comme l'intelligence, à la fois unique et plurielle
Jeanne Siaud-Facchin
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Évoquer l'intelligence c'est faire émerger mille et une croyances, mille et une représentations, mille et une certitudes. On sait tous, intuitivement, ce qu'est l'intelligence, nous avons tous cette conviction que nous pourrions parvenir à la définir spontanément. Est-ce si vrai ? L'intelligence (inter ligere en latin (faire des liens), et princeps en grec (se saisir du monde)) relève de cette capacité complexe qui nous permet de percevoir, comprendre et donner du sens à notre environnement, pour s'y ajuster, s'y adapter, mais aussi pour en extraire les informations nécessaires afin de décider, choisir, créer, inventer, imaginer.
Il est fréquent de réduire l'intelligence à des processus cognitifs, dit supérieurs, émergeants d'une science récente : les sciences cognitives, qui ont répertorié l'ensemble des mécanismes qui régissent notre fonctionnement mental. Ces processus (appelés fonctions exécutives) assurent nos grandes capacités intellectuelles : apprendre, comprendre, mémoriser, sélectionner, planifier, décider. Des mécanismes qui œuvrent, sans relâche, pour résoudre tout type de problèmes. Le cerveau est en activité permanente, ses cellules se connectent les unes aux autres à grande vitesse, transportent des informations en continu qui sont transmises au cortex préfrontal, siège des fameuses fonctions exécutives qui enverront les ordres nécessaires au corps et à l'environnement. Nous sommes dans un système top down d'informations descendantes.
Sous cet angle, il est facile d'inférer que l'intelligence est un gage central de réussite, et que celle-ci est l'arme centrale des décideurs, entrepreneurs, chefs d'entreprise. Et pourtant, cette intelligence cognitive ne peut fonctionner sans émotion. Sans ce système plus archaïque, celui du système limbique, amygdale et hypothalamus, niché dans les replis profonds de notre cerveau. Le philosophe Descartes avait bien réussi à convaincre que les émotions étaient mauvaises conseillères, et que pour penser intelligemment il nous fallait nous départir de tout ressenti. Or, nous savons maintenant, depuis les travaux princeps du neurobiologiste Antonio Damasio que les émotions participent de façon majeure à notre possibilité d'« être intelligent ». Qui souhaite optimiser son intelligence doit y intégrer ses émotions répondent les neurosciences contemporaines.
Jeanne Siaud-Facchin