[Vous avez dit vacances ? Paroles de patrons 5/5] Fabrice Poncet (La Fabrique) : "En vacances, je coupe tout"
Fabrice Poncet
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fabrice Poncet
Laurent Cerino / ADE
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Laurent Cerino / ADE
J'adore mon travail et j'adore aussi les vacances. Je n'ai pourtant pas eu le loisir d'en prendre autant que je l'aurais souhaité ces dix dernières années, depuis la création de La Fabrique. Je suis convaincu que l'homme n'est pas fait seulement pour le travail. Tout comme le nécessaire repos dominical, les vacances nous rappellent que nous ne sommes pas simplement des agents de production ou des consommateurs à l'affût des soldes, et que nous avons besoin d'étancher notre soif à d'autres sources : la famille, les amis, la nature, les loisirs simples, le temps nécessaire à faire la vaisselle au camping, la sobriété un peu rude de la randonnée, le vrai silence de la nuit.
La création des RTT a multiplié les courtes périodes de congés. Toutes agréables qu'elles soient, je ne suis pas certain que ceux qui en disposent en sortent bien plus reposés. La tyrannie du "ASAP" et l'injonction qui en découle de signaler dans sa boîte mail la moindre absence d'une journée ne me semblent pas permettre de débrancher réellement sur de courtes périodes. Le repos qui nous restaure demande à mon sens du temps : temps de ralentir, temps de passer à autre chose, temps d'avoir le temps, temps de perdre du temps, temps de prendre son temps. Le cadeau des vacances, c'est le temps. Les relations humaines, en particulier au sein du couple, demandent du temps pour s'accorder à l'autre et construire la relation. Apéro, balade, plage, sieste sont autant d'occasions de vivre pleinement ensemble.
Ce qui étonne mon entourage, c'est qu'en vacances, je coupe tout : pas de smartphone ni d'ordinateur dans les bagages (heureusement tout de même que ma femme emporte le sien : c'est un outil tellement pratique !).
J'ai besoin de laisser La Fabrique loin de moi, je ne crains ni incendie, ni catastrophe, ni problème avec un client qui ne pourrait se résoudre sans moi ou attendre quelques jours. En revanche, profitant de ce ralentissement, inconsciemment ou lors de discussions, mon cerveau digère les informations, sensations, intuitions amassées au fil des mois. Dans la création quelle qu'elle soit, je ne crois pas au déclic, mais à la décantation.
Fabrice Poncet