[Mon rêve pour demain 5/5] Mélanie Marcel, ingénieure
Mélanie Marcel
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Nos choix aujourd'hui sont faits pour des questions d'utilité, d'efficacité, d'optimisation. Or il faut distinguer la fin (au sens d'utilité, faire "afin de") et le sens (qui nous guide, faire "en raison de"). Je rêve d'un monde où la technologie et l'innovation ne seraient jamais considérées comme une fin en soi, mais évaluées en fonction de leur contribution à un sens supérieur : une activité humaine qui bénéficie à la société, un impact social positif, la construction des conditions de survie durables pour l'humanité. Aujourd'hui, ce n'est pas le cas comme le démontrent les grandes réunions autour de l'innovation que sont les événements du type CES (Consumer electronics show). Les innovations qui y sont présentées sont principalement de l'ordre du gadget et donnent le sentiment que le monde de l'innovation est déconnecté des enjeux auxquels il s'agit de réellement répondre.
Pourtant, la recherche et l'innovation font partie de la solution et il tient de la responsabilité des chercheurs, des instituts de recherche, mais aussi des innovateurs, des entrepreneurs et des industriels, de prendre ces sujets à bras le corps. Il faut définitivement s'opposer à la vision défendue par certains selon laquelle l'évolution technologique serait inéluctable et évoluerait par elle-même, tel un organisme vivant, sans nous laisser de choix. Bien au contraire, de nombreuses voies socio-techniques sont possibles. Comment nourrir neuf milliards d'être humain d'ici à 2050 ? Pour répondre à cette question, nous pouvons choisir de développer des sources nouvelles de protéines (insectes, substituts végétaux), la permaculture ou encore la viande in vitro. Ces innovations reposent sur des trajectoires techniques différentes et une diversité de recherche en laboratoire.
La richesse des chemins et des bifurcations technologiques que l'on peut imaginer en fonction du cap de société que nous souhaitons nous donner est grande : le progrès n'a pas une forme unique, et le modèle de société que nous souhaitons suivre pourrait nous mener à faire des recherches sur les bactéries du sol (afin de mieux comprendre et améliorer des techniques de permaculture). Ou sur la biologie de synthèse (pour développer une viande animale qui "pousse" en laboratoire à partir de quelques cellules musculaires, sans nécessité de tuer l'animal).
Mélanie Marcel