Le blues du "petit maire" est aussi celui du syndicaliste
Magali Courmontagne

Photo d'illustration
DR
Magali Courmontagne

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A la veille des élections municipales, plus de cent communes de France se trouvent sans candidat pour briguer la mairie. Interrogés, les maires qui ont décidé de raccrocher l'écharpe dressent le même constat : les gens ont perdu le sens de l'intérêt général et n'acceptent plus de s'engager pour la collectivité. Et si cette "crise des vocations" était aussi à l'œuvre dans le monde syndical et chez les représentants du personnel, donc au sein de l'entreprise ?
Étant régulièrement au contact des partenaires sociaux, je ne peux m'empêcher de faire cette comparaison. Cela pour deux raisons :
Après tout, pourquoi "donner de soi" ? Le bénéfice n'est-il pas le même pour tous ? Constitution oblige, qu'il soit représentant du personnel, adhérent, sympathisant, voire qu'il rejette viscéralement les syndicats, chaque salarié bénéficie de la signature des accords d'entreprises et des avantages qui en résultent. Ce n'est pas le cas dans certains pays nordiques où, pour bénéficier des allocations chômage et autres prestations sociales, il faut être syndiqué. Conséquence évidente, les taux de syndicalisation dépassent parfois 70 %. Si l'on bénéficie d'un avantage sans pour autant adhérer et payer sa cotisation, comme en France, pourquoi s'engager ?
En France, on se syndique pour différentes raisons : pour se sentir utile ou par engagement militant, par tradition familiale ou pour rompre l'isolement... Mais si ces sources de motivation se tarissent, que peut-il rester ?
On peut même craindre que progressivement, seuls les salariés qui veulent se protéger entrent en lice. N'en sommes-nous pas tous responsables ? Les Directions tout d'abord qui découragent parfois les "bonnes candidatures" (celles et ceux qui ne s'arrêteraient nullement de travailler dès qu'ils seraient représentants du personnel), les salariés qui votent pour eux parfois en connaissance de cause, et finalement les syndicats qui acceptent ces candidats.
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Ne nous y trompons pas : un délégué syndical sérieux préférera toujours la candidature d'un salarié engagé à celle d'un salarié qui cherche à se protéger, par conviction ou plus pragmatiquement parce qu'il rend des comptes à sa centrale syndicale. Mais si personne ne se présente, il en viendra à accueillir sur ses listes ceux qu'il trouvera, quelles que soient leurs motivations profondes.
Ces représentants du personnel engagés pour ne représenter qu'eux-mêmes ne sont en apparence pas dangereux pour l'entreprise. Mais en quoi sont-ils utiles aux salariés et au bout du compte à l'entreprise ?
Le paritarisme, la construction d'une politique sociale adaptée aux salariés, les cultures d'entreprise, sont mises à mal. Et le fossé se creuse entre l'opinion et les organisations censées traduire ses attentes.
Méfiance, désintérêt, individualisme... La prochaine étape ne consistera-t-elle pas à voir des "gilets jaunes" prendre place dans l'entreprise ? Aurons-nous envie de tester, au sein de nos établissements, quelques 300 revendications individuelles porteuses d'enjeux parfois contradictoires ?
Il sera alors bien temps de regretter notre syndicaliste, parfois haut en couleur, avec ses revendications et ses déclarations, voire ses grèves qu'il sait lancer mais aussi ... arrêter.
Magali Courmontagne