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Jean-Michel Vernhes : "L'aéroport de Toulouse doit retrouver une gouvernance apaisée"

Photo de Florine Galéron

Florine Galéron

Publié le 18 mai 2018 à 13:10 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:57

Jean michel vernhes

aeroport toulouse

Rémi Benoit

Le Quotidien Numérique

05 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Président du directoire de l'aéroport Toulouse-Blagnac depuis la création de la société aéroportuaire, Jean-Michel Vernhes était l'invité de La Matinale de La Tribune ce 18 mai. Alors que les actionnaires chinois ont choisi de l'évincer mais qu'il ne connaît toujours pas le nom de son successeur, le dirigeant est revenu sur les bouleversements générés par la privatisation : incompréhensions linguistiques, tensions autour des dividendes... Il estime que "l'État ne va pas rester éternellement dans le...

"Je devrais déjà être parti mais mon successeur n'a pas encore été nommé. Ce n'est pas très agréable pour moi d'être face à cette situation d'incertitude qui n'est pas bonne non plus pour la société", a lancé ce vendredi 18 mai le président du directoire de l'aéroport de Toulouse Jean-Michel Vernhes à l'occasion de la Matinale organisée par La Tribune au Meeting Lab de Toulouse.

À la tête de la plateforme toulousaine depuis près de 20 ans, Jean-Michel Vernhes a appris en septembre dernier que les actionnaires avaient lancé un processus de recrutement pour trouver son successeur alors que son mandat avait été reconduit quelques mois plus tôt.

"L'enchaînement des faits interroge. J'ai été renouvelé en mars 2017 pour un mandat de cinq ans. Il se trouve qu'en raison d'une limite d'âge je ne pouvais rester au-delà de 2020. Mais à l'automne dernier, on m'a expliqué gentiment 'vous avez bien avancé les travaux d'extension mais vous êtes un peu vieux maintenant, il faudrait quelqu'un de plus jeune et de plus international'", se remémore-t-il.

Son successeur devrait bientôt être connu

Son remplacement devait intervenir à l'origine dans le courant du premier semestre 2018 mais l'aéroport de Toulouse n'a toujours pas trouvé à ce jour la bonne personne pour lui succéder. Jean-Michel Vernhes a confirmé que les actionnaires avaient d'abord misé sur le directeur de l'aéroport d'Orly Marc Houalla mais ce dernier a été nommé en février directeur de l'aéroport Paris-Charles de Gaulle. "Aujourd'hui, le recrutement entre en phase de courte finale. Je devrais bientôt savoir quand mon contrat prend fin", a-t-il expliqué.

Suite à l'annonce du départ surprise, la présidente du conseil de surveillance de l'aéroport de Toulouse Anne-Marie Idrac a elle aussi fait savoir à l'automne dernier qu'elle quitterait ses fonctions fin mai 2018 et deviendrait administratrice indépendante au sein du conseil d'Air France KLM. Comme le révélait dès mars dernier La Tribune, c'est Charles Champion ancien président d'Airbus Opérations SAS qui devrait la remplacer prochainement.

"Lorsque nous avons appris qu'il y avait un candidat chinois pour racheter les parts de l'État, cela nous a fait rire"

Ces bouleversements au sein de la gouvernance ne peuvent être compris qu'au regard de l'arrivée dans le capital de l'aéroport du consortium chinois Casil Europe. En 2014, l'État décide de céder une partie de ses parts au profit d'un acteur privé. "Il ne faut pas se leurrer. Si l'État a privatisé, c'est pour faire de l'argent. Les privatisations des aéroports de Nice, Lyon et Toulouse lui ont rapporté deux milliards d'euros", rappelle Jean-Michel Vernes. Mais jamais il n'aurait imaginé qu'un candidat chinois s'impose au sein de la plateforme.

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"En juillet 2014, quand l'opération a été lancée il y avait cinq candidatures. Lorsque nous avons appris qu'il y avait un Chinois parmi eux pour racheter les parts de l'État, cela nous a fait rire surtout que les Chinois n'étaient pas présents dans les aéroports jusqu'ici", se souvient Jean-Michel Vernhes.

Incompréhension linguistique lors des conseils de surveillance

Passée la surprise, il a fallu faire face à un choc des cultures.

"Nous avons réalisé la différence de langue et de culture lors du premier conseil de surveillance. Au sein du consortium Casil Europe, il y a l'État chinois au travers d'une entreprise (Shandong Hi-Speed Group Co) et un fonds d'investissement venu de Hong-Kong (Friedmann Pacific AM, dirigée par Mike Poon, ndlr). Les premiers ne parlent pas un mot d'anglais.Pour tous les conseils de surveillance, nous avons mis en place une double traduction anglais-chinois et on se rend compte qu'avec la traduction on ne comprend pas toujours le message que l'actionnaire chinois veut faire passer. On peut supposer que le problème est le même pour eux. Il y a donc déjà un problème de compréhension".

Jean-Michel Vernhes est revenu sur les bouleversements occasionnés par l'arrivée des actionnaires chinois (Crédit : Rémi Benoit).

"C'est la question des dividendes qui créé des tensions entre actionnaires privés et publics"

Au-delà du choc linguistique, l'entrée d'un actionnaire privé a généré des tensions avec les collectivités locales présentes dans le capital de l'aéroport (la Région, le Département, la Métropole et la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) détiennent 40%, l'État les 10,01% restants) notamment en juin 2017 lorsque sous la pression du consortium chinois 7,85 millions d'euros de dividendes sont versés aux actionnaires dont 1,5 million issu des réserves financières de l'aéroport.

"Un actionnaire privé qu'il soit Français ou Chinois, à partir du moment où il a payé pour entrer dans le capital d'un aéroport, souhaite un retour sur investissement ( 308 millions d'euros ont été déboursés par Casil Europe). Il a une vision tournée vers la rentabilité alors que les collectivités n'ont pas forcément cette optique. En dehors de ça sur toutes les autres délibérations il y a eu quasi unanimité. C'est la question des dividendes qui créé des tensions entre actionnaires privés et publics."

Le président du directoire de l'aéroport de Toulouse fait tout de même remarquer que le côté positif de l'arrivée des actionnaires chinois est d'avoir voulu développer l'offre de commerces. "Les travaux d'extension engagés actuellement par ATB vont doubler la surface dédiés aux boutiques et espaces de restauration" même si "les temps de parcours des passagers sont un peu allongés".

(Crédit : Rémi Benoit).

"L'État ne va pas rester éternellement avec 10% dans le capital de l'aéroport de Toulouse"

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En février dernier, l'État a annoncé qu'il ne souhaitait pas "pour le moment" vendre ses parts restantes (10,01%) dans l'aéroport de Toulouse-Blagnac et permettre à la société d'actionnaires chinois de devenir majoritaire au sein du capital. "Je pense que les actionnaires chinois ne l'ont pas vu venir dans la mesure où c'était pour eux quelque chose de naturel d'autant que l'aéroport marche bien au niveau de la fréquentation. La question est désormais de savoir ce qu'ils vont faire. Ils affichent qu'ils sont là pour rester. Mais est-ce que cela va durer ?" s'interroge Jean-Michel Vernhes. Mike Poon qui est à la tête de Casil Europe a en effet depuis quelques mois rencontré de manière informelle des sociétés (Eiffage, Vinci, Banque Populaire) intéressées pour racheter leurs parts dans l'aéroport.

"Il y aura vraisemblablement une évolution de l'actionnariat. L'État ne va pas rester éternellement avec 10,01% dans le capital de l'aéroport, estime-t-il. À Lyon et Nice, il s'est désengagé et devrait bientôt le faire au niveau des Aéroports de Paris. Je ne vois pas pourquoi il resterait dans le capital de Toulouse. Est-ce qu'il revendra ses parts à l'actionnaire chinois dans une gouvernance apaisée ou avec un autre actionnaire ? En tout cas, cela ne restera pas comme ça. Il faut une gouvernance plus apaisée pour que les difficultés qui sont principalement capitalistiques soient réglées".

Florine Galéron

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