L’atypique Maître Christophe Lèguevaques

Sophie Arutunian

Sophie Arutunian
On peut le trouver agaçant, excessif, narcissique. On peut le trouver courageux, optimiste, attendrissant. Un peu tout à la fois. Ce qui est sûr, c'est que Christophe Lèguevaques laisse rarement indifférent. L'avocat de 47 ans, basé à Toulouse, est inscrit au barreau de Paris depuis 1992. Il aime à le rappeler, il est un enfant d'Empalot, "à l'époque où l'ascenseur social fonctionnait encore", et a passé toute sa scolarité à Toulouse. C'est dans la Ville rose qu'il a été initié au droit des faillites par la professeur Corinne Saint-Alary-Houin, dont il parle avec respect.
Le destin du Toulousain s'accélère dans les années 90. En 1992, le jeune Christophe a 25 ans et fait un stage à Paris, au sein du prestigieux cabinet Jeantet (où il travaillera ensuite pendant 7 ans). Il y découvre "le monde époustouflant des gros dossiers parisiens", et se pose une, et une seule, question : "que se passe-t-il si une banque fait faillite ?" Et quand Christophe Lèguevaques se pose une question, il trouve la réponse. C'est comme ça. À l'époque, le droit ne dit rien là-dessus, alors le jeune Toulousain travaille comme un forcené jour et nuit (surtout nuit), et finit par pondre une thèse très remarquée - et saluée - sur les "faillites bancaires". Dans le même temps, il quitte Jeantet et fonde son propre cabinet à Paris, Cle Réseau d'Avocats. Hyperactif ?
Fort du succès de sa thèse "et un peu avec la grosse tête", Christophe Lèguevaques revient ensuite à Toulouse. Il se fait connaître dans les affaires AZF, Dexia, irradiés de Rangueil, Spanghero, et tout récemment dans le dossier de la privatisation de l'aéroport de Toulouse. Des dossiers médiatisés. On voit Christophe Lèguevaques partout. Sa coupe blonde, ses yeux bleus, ses lunettes de premier de la classe et son élocution parfaite. Pourtant, passer à la télé, "je m'en fous", insiste-t-il. "Les médias sont un outil du dossier. La seule question que je me pose est : est-ce utile de parler aux médias dans ce cas précis ?" D'ailleurs, l'avocat ne lie pas l'intérêt d'une affaire à son retentissement médiatique.
Malgré cela, Christophe Lèguevaques n'a pas que des amis.
L'avocat tente une explication : "à l'époque d'AZF, j'ai été le seul à passer de la parole aux actes en attaquant Total. J'ai également attaqué la Mairie de Toulouse sur les affaires du parking du Capitole (plainte pour "favoritisme" au sujet de la concession) et du Casino (procédure en nullité du permis de construire du casino du groupe Barrière pour cause de "zone inondable"). Je casse les codes, j'utilise le droit pour porter le fer là où ça fait mal. Je suis peut-être trop 'rouge' pour eux."
Trop "rouge" aussi, pour le Parti Socialiste. Si Christophe Lèguevaques ne garde aucune rancœur de son passage en politique, il en reparle avec beaucoup de passion :
Cette époque-là, c'est celle de la primaire PS pour désigner la tête de liste pour conquérir la Mairie de Toulouse. Un scrutin remporté en 2008 par Pierre Cohen. "Le PS est sclérosé. Son fonctionnement est féodal et clanique", renchérit Christophe Lèguevaques, qui le reconnaît :
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Considérant que la politique, c'est vouloir changer le monde, le quarantenaire (né en décembre 1968) se sent aujourd'hui beaucoup plus efficace en robe d'avocat que muselé dans un parti. "Je fais de la politique avec mes dossiers. L'un de mes critères d'intervention, comme dans Spanghero ou la fonderie Gillet consiste à me poser la question 'combien vais-je contribuer à créer ou sauver d'emplois ?'". Néanmoins, au niveau national aussi, plane un arrière goût amer pour celui qui a rendu sa carte du PS :
Mais Christophe Lèguevaques est de ce genre d'hommes qui rebondit. Pas vraiment du style à se morfondre. Après la déception des municipales, c'est dans un tout autre univers qu'il se ressource : l'Inde. Il part y vivre un an, avec femme et enfants. Pendant ce temps, ses associés, "une équipe patiente et motivée", gère le cabinet. En Inde, il découvre un pays de contrastes, où la plus grande pauvreté côtoie sans barrière une extrême richesse.
En attendant, l'avocat prend les devants et n'oublie pas le business : il a créé en 2011 l'Indian Desk, un service destiné à accompagner les entreprises françaises souhaitant exporter en Inde, ou inversement. Une démarche qui correspond bien à son modèle de vie :
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Le 11 janvier dernier, Christophe Lèguevaques a fait un aller-retour à Paris pour aller marcher sous une pancarte "Je suis Charlie" avec plus d'un millions de citoyens. Il voulait en être. "J'en ai encore des frissons", souffle-t-il. Et maintenant ? Comment faire durer le "sursaut du 11 janvier" ? Quel est le conseil de Maître Lèguevaques? Il hésite. Silence. Pour la première fois... il ne sait pas.
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