Les quatre arguments des opposants à la privatisation de l'aéroport de Toulouse

Gael Cérez

Gael Cérez
Vent debout contre la privatisation de l'Aéroport Toulouse-Blagnac, les opposants au projet ont présenté leurs différents arguments lundi 26 janvier, lors d'une conférence-débat qui a fait salle comble.
Première à prendre la parole lundi soir, Chantal Beer-Demander, la présidente du collectif contre les nuisances aériennes de l'agglomération toulousaine (CNAAT) a précisé que plus de 100 000 habitants sont concernés par les nuisances sonores et atmosphériques engendrées par l'aéroport de Toulouse.
Dans cette optique, l'annonce de Symbiose (futur actionnaire de l'aéroport choisi par l'État) de passer de 7,5 millions de passagers à 18 millions par an d'ici 2030, ne passe pas chez les riverains. "Il n'est pas question de mettre l'aéroport de Toulouse au niveau de celui d'Orly", affirme Chantal Beer-Demander.
Cette crainte d'une hausse du trafic en suscite une autre... chez les riverains de Francazal. Selon le CNAAT, la société SNC-Lavalin, partenaire technique du consortium Symbiose, pourrait être tentée d'utiliser l'aérodrome comme troisième piste.
Enfin, certains riverains relèvent que l'accroissement du nombre de vols entrainerait mécaniquement une augmentation des risques d'accidents.
Avocat du collectif de requérants, Christophe Léguevaques a retracé l'historique de l'affaire depuis la promulgation en juillet 2014 d'un décret annonçant l'intention de l'État de céder sa participation dans l'aéroport. Sans rentrer dans les détails du recours déposé devant le Conseil d'État, l'avocat a évoqué les nombreux problèmes de droit émaillant la procédure.
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Si le référé suspension déposé en décembre pour stopper la procédure a été rejeté par le juge, "nous avons perdu une bataille, mais pas la guerre", affirme Christophe Léguevaques, selon lequel le recours sur le fond devrait aboutir à l'automne prochain.
Entre temps, les opposants espèrent renforcer leur mouvement.
Une manifestation est prévue samedi 31 janvier à 15 heures, place du Capitole.
Invité par le collectif d'opposants, le journaliste de Mediapart Laurent Mauduit a quant à lui exposé les raisons de son implication dans le dossier, évoquant un "mensonge d'État". "Emmanuel Macron aurait dû démissionner pour mensonge public", affirme le journaliste à l'origine de la publication du pacte d'actionnaire liant l'État et le consortium Symbiose.
Rappelant que la privatisation des autoroutes avait été lancée en 2002 par Laurent Fabius, alors ministre de l'Économie et des finances, Laurent Mauduit s'inquiète de ces "privatisations qui touchent à l'intérêt général". Et le journaliste de lancer à l'auditoire : "Emmanuel Macron cherche plusieurs milliards d'euros via des privatisations. Après Toulouse, ce sont les aéroports de Lyon et Nice qui sont concernés".
Refuser la privatisation de "leviers de croissance régionale", c'est également l'objectif de Jean-Louis Chauzy, présent, lundi soir à la table des opposants. "10 ans après la privatisation des autoroutes, on sait aujourd'hui que c'était une erreur. Le faire pour les aéroports, c'est ubuesque, insiste-t-il. Est-ce que les Américains privatisent l'aéroport de Seattle où se développe Boeing ?"
Pour le président du Ceser, la privatisation en cours met en danger le deuxième bassin d'emploi en France et ses 92 000 employés, dont 24 000 à Airbus. Inquiet des répercussions sur son activité et "oublié" dans la rédaction du cahier des charges de l'appel d'offre, l'avionneur avait écrit une lettre le 19 septembre, à plusieurs membres du gouvernement. Lettre restée sans réponse. "J'ai reçu un mail, puis, un SMS, puis un appel de la direction d'Airbus qui m'a demandé de sonner la charge, a raconté Jean-Louis Chauzy, devant le public mardi soir. C'est ce que j'ai fait le 13 octobre."
Le président du Ceser réclame alors des garanties et un bail emphytéotique de 99 ans pour Airbus... Une revendication qu'il a déjà présentée quelques jours auparavant à Manuel Valls, à l'occasion du Congrès des régions, le 10 octobre à Toulouse. Il obtient gain de cause le 20 octobre.
Une première victoire au goût amer puisque, dénonçant la candidature chinoise lors de sa "deuxième charge du 7 novembre", Jean-Louis Chauzy est alors critiqué de toute part.
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Et de conclure : "Le choix du Ministère de l'Économie a été fait au détriment de l'intérêt général qui aurait dû s'imposer contre des intérêts particuliers. C'est choquant, regrettable et constitue un déni de démocratie et de transparence."
Gael Cérez
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