Sociologie : quel est le profil des "innovateurs" ?

Florine Galéron
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Vous avez enquêté pendant trois ans entre la France et le Québec auprès d'une cinquantaine de porteurs de projets innovants dans le cadre de votre thèse. Pourquoi vous intéresser à ces inventeurs autonomes ?
La création des grands laboratoires de recherche au cours du XXe siècle a progressivement relégué dans l'ombre l'activité inventive des particuliers. La prophétie selon laquelle ces inventeurs étaient voués à disparaître s'est répandue durablement. En réalité, rien de tel ne s'est produit, même si l'âge d'or des inventeurs indépendants, avec l'invention de Bell pour le téléphone et l'ouverture du laboratoire de Menlo Park par Thomas Edison en 1876, est bel et bien révolue. Leur présence reste significative, mais peu étudiée, au-delà de quelques figures emblématiques comme Steve Jobs (Apple) et Stephen Wozniak au début du développement de l'ordinateur personnel ou Mark Zuckerberg avec la création de Facebook.
La création de startups est devenue un phénomène de société. Est-ce qu'il y a véritablement une émergence de ces inventeurs autonomes ou s'agit-il d'un miroir déformant dû à une surmédiatisation de ces sujets ?
Plus qu'une augmentation statistique, nous assistons à une recomposition de ce monde de l'invention. Ce phénomène est lié à plusieurs transformations dans nos sociétés occidentales.
Il y a La montée des incertitudes, pour reprendre le titre d'un ouvrage de Robert Castel, avec les évolutions du marché du travail et de la famille qui font des parcours de vie des chemins plus sinueux et moins prévisibles, y compris sous l'angle des inégalités hommes-femmes. Les différents changements de statuts au cours des parcours de vie sont autant de situations propices à l'expérimentation de projets personnels.
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Ensuite, la démocratisation de l'innovation a vu fleurir, depuis le début des années 2000, une série d'expressions comme "l'innovation frugale" ou "l'innovation par l'usage". Ces expressions désignent une innovation technologique ou de services qui naît des pratiques des usagers et se diffuse à travers des réseaux d'échanges entre usagers. De nouveaux champs disciplinaires se démocratisent aussi, comme la biologie moléculaire avec des lieux d'expérimentation comme les biohackerspaces ou les fablabs qui n'existaient pas auparavant pour les particuliers.
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Florine Galéron