"Créer un observatoire de l'innovation pour cartographier les compétences des régions"

Propos recueillis par Paul Périé
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Vous êtes maître de conférence à Utrecht, chercheur à l'université de Lund et professeur invité à UCLA, trois universités en pointe sur la géographie de l'innovation. Quelle définition en donneriez-vous ?
La géographie de l'innovation est très liée au domaine de l'économie. Le terme est apparu pour la première fois en 1994, dans la thèse de Maryann P. Feldman. L'économie traditionnelle a longtemps eu tendance à négliger l'impact de la géographie sur le développement économique. D'autre part, elle ne prend que très peu compte l'innovation, car c'est un élément difficile à mesurer. Enfin, l'analyse des relations entre les entreprises ou les inventeurs ne joue qu'un rôle très marginal dans la théorie économique.
On a souvent le mythe de l'inventeur isolé dans son garage, mais l'innovation, ce sont des équipes, des échanges. L'essence même de la création de connaissances est la recombinaison d'un ensemble de connaissances diverses. Et l'on s'aperçoit que cette recombinaison est très dépendante de la géographie, qui facilite l'interaction humaine nécessaire au processus d'innovation.
Vous voulez dire que la multiplication des moyens de communication n'a pas eu d'effets sur les processus d'innovation ?
C'est le paradoxe de l'économie digitale. Nous avons observé une explosion des TIC et des moyens de transports qui ont fait dire à nombre d'économistes que c'était la mort de la géographie. Une théorie illustrée par le livre du journaliste et prix Pulitzer Thomas Friedman The World Is Flat : A Brief History Of The Twenty-first Century sorti en 2005, qui soutient que les distances n'ont plus d'impact du fait des nouvelles technologies.
Or, on observe l'inverse. Il y a aujourd'hui deux phénomènes indiscutables. Le premier est l'urbanisation croissante du monde, avec des villes qui rassemblent plus de 50 % de la population mondiale. Et cela va en s'accroissant. Les TIC facilitent les interactions et les rencontres, au lieu de les remplacer. Dans un deuxième temps, les voyages d'affaires représentent aujourd'hui 1,5 % du PIB mondial, soit 1 200 milliards de dollars. Tout cela montre que les TIC et le développement des moyens de transport rapprochent les humains avec, pour finalité, la rencontre. Il est temps d'introduire la notion de géographie au centre de l'analyse économique et des processus d'innovation.
Propos recueillis par Paul Périé