"Voilà comment fonctionne notre classement"

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Sam Gill, dont l'ONG Environmental investment organisation vient de publier un classement des plus grandes entreprises européennes en fonction de leurs émissions de CO2, répond à nos questions sur les objectifs de ce classement et la méthodologie employée.

Sam Gill, votre association (Environmental investment organisation) vient de publier un classement des plus grandes entreprises européennes en fonction de leurs émissions de CO2. Pourquoi ce classement ?

Notre objectif c'est d'inciter les entreprises à se montrer totalement transparentes sur le sujet. C'est-à-dire à employer des méthodologies claires et compréhensibles par tout le monde sur le montant de leurs émissions. C'est une information qui intéresse les investisseurs et leur pression est de nature à pousser ces entreprises dans la bonne voie. A terme, nous souhaitons contribuer à la mise en place d'un mécanisme de marché qui fasse un lien direct entre la valeur boursière d'une entreprise à ses émissions de CO2. C'est pourquoi nous prévoyons le lancement d'un index le mois prochain, un outil très prisé des investisseurs.

Comment sera composé cet index ?

Il regroupera les plus grosses capitalisations européennes, mais leur poids dans l'index sera recalculé en fonction de la note qu'elles auront obtenue dans notre classement. Pour celui-ci, nous prenons les plus grosses capitalisations de chaque secteur d'activité et recherchons toute l'information publique disponible sur leurs émissions de gaz à effet de serre et les documents de vérification par des tiers s'ils existent. Ensuite, indépendamment de leur taille et de leur intensité carbone (le rapport entre leurs émissions et leur chiffre d'affaires), les entreprises sont réparties en quatre catégories : celles dont les informations sont complètes, publiques et vérifiées par un tiers ; celles qui ne les ont pas fait vérifier ; celles qui sont incomplètes ou dont la méthode de calcul n'est pas claire ; enfin, celles qui ne publient rien du tout.

Qu'apporte votre classement par rapport aux travaux que réalise le Carbon Disclosure Project (CDP), qui depuis 10 ans publie un bilan annuel des pratiques des entreprises en matière de communication sur leurs émissions et des initiatives qu'elles mènent pour les réduire ?

Puisque nous visons la transparence des informations relatives aux émissions de gaz à effet de serre, nous n'utilisons pour notre classement que des données publiques accessibles à tous. Voilà comment fonctionne notre classement. Alors que le CDP lui travaille à partir des réponses apportées par les entreprises à de fastidieux questionnaires. D'autre part, leurs index semblent plus efficaces pour aider les investisseurs à gérer le "risque changement climatique" qu'à pousser les entreprises à la transparence.

Vous ne prenez en compte que les émissions dites des périmètres 1 et 2, c'est-à-dire les émissions directes sur lesquelles l'entreprise a toute capacité d'agir, et celles liées à l'électricité produite pour ses activités. Mais pas du tout celles du périmètre 3, qui comprennent notamment la chaîne d'approvisionnement, ou les émissions liées à leurs investissements s'il s'agit de banques par exemple...

Bien sûr qu'à terme notre objectif est de prendre en compte la totalité des émissions des entreprises. Si nous parvenons à influencer les chaînes d'approvisionnement des 1.000 plus grandes entreprises européennes, cela représente des dizaines de milliers d'entreprises dans le monde entier. Mais aujourd'hui, il n'existe pas de méthode au point pour ces émissions indirectes du périmètre 3. Le Protocole GHG (qui définit les méthodologies de mesure des gaz à effet de serre, ndlr) doit en sortir une nouvelle dans les prochains mois, et nous nous réjouissons de bientôt pouvoir l'utiliser pour notre classement. Mais nous avons préféré faire quelque chose dès maintenant, avec les outils dont nous disposons.

Que répondez-vous aux accusations de greenwashing portant sur les bonnes places occupées par des Total, Air Liquide ou EDF dans votre classement ?

Pour commencer, je rappelle que nous sommes une organisation sans but lucratif, sans aucun lien avec ces entreprises. Mais elles ont bien compris qu'aujourd'hui leur seule chance d'obtenir un bon classement c'est de se montrer transparentes dans leur communication sur leurs émissions, quel que soit le volume de ces émissions, puisqu'elles sont systématiquement mieux notées que celles qui ne publient rien. Mais dès lors que toutes les entreprises publieront leurs données, les plus gros émetteurs vont évidemment se retrouver dans le bas du classement.

On vous reproche aussi de comparer des énergéticiens et des assureurs...

Notre objectif est de faire pression sur toutes les entreprises quelles qu'elles soient, mais de toutes façons il est très facile d'accéder à un classement par secteur pour comparer les entreprises entre elles.

Pensez-vous que des réglementations plus exigeantes soient nécessaires ou le marché suffira-t-il à inciter les entreprises à la transparence ?

Aujourd'hui, à part les sites industriels qui sont soumis aux quotas de CO2 dans le cadre du marché européen, aucun Etat membre n'a mis en place de loi contraignante. Le Royaume-Uni l'envisage, mais il serait le premier. En revanche, le marché ne va peut-être pas attendre que les gouvernements bougent...
 

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