Les Chinois font le service minimum pour le séminaire de Nankin

Aux yeux de Pékin, le séminaire qui réunit jeudi à Nankin le gotha des spécialistes des monnaies, des ministres des Finances et des gouverneurs de banques centrales pour plancher sur la réforme du système monétaire international relève davantage de l'exercice académique que d'une avancée politique. Nicolas Sarkozy compte pourtant en faire un moment fort de la présidence française du G20.
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Vu de Paris le séminaire sur la réforme du système monétaire international qui se tient le 31 mars à Nankin, "la capitale du sud" de la Chine (située au nord de Shanghai), est de premier plan. Nicolas Sarkozy, dans son agenda de la présidence française du G20, en a fait un moment fort, qui pourrait constituer la première étape d'une démarche politique menant à la mise en place à plus ou moins longue échéance d'un nouveau « Bretton Woods ».
Vu de Pékin, la réunion sera « académique et non officielle, et le taux de change du yuan ne sera pas un sujet de discussion », a tranché Jiang Yu, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. Autant dire que si les échanges devraient être ouverts et de bon niveau tant la liste des participants réunit la fine fleur des banquiers centraux et des spécialistes des monnaies, il ne devrait au final déboucher sur rien de concret.
Nicolas Sarkozy avait justifié la tenue de cette réunion en Chine par la reconnaissance du rôle central que devait jouer la république populaire dans une telle réforme,  tant son économie joue un rôle esssentiel. Surout il s'agissait pour le président français de ne pas heurter Pékin, régulièrement accusé par les Etats-Unis et l'Union européenne de déprécier volontairement la valeur de sa monnaie pour favoriser ses exportations. Une action qui peut être menée grâce à ses colossales réserves de changes, les plus importantes du monde, qui s'élèvent au dernier pointage, à 2.850 milliards de dollars.

C'est donc une réponse polie mais explicite qu'ont formulé les Chinois quant à la manière dont ils ont organisé l'événement et le poids politique qu'ils souhaitent lui donner. A leurs yeux, il s'agit d'abord pour Nicolas Sarkozy de retirer un avantage politique pour sa présidence du G20. Car si la Banque centrale de Chine et l'Académie chinoise des sciences sociales (CASS) seront bien présentes, en revanche l'influente et très politique Commission nationale du développement et des réformes (NDRC) et les think tanks comme le China Securities Journal (SIC) qui gravitent autour d'elle seront absents. Or ces derniers et la NDRC sont d'orientation plus conservatrice en matière d'ouverture, en particulier sur le  yuan alors que la Banque centrale de Chine a toujours prôné une appréciation plus rapide de la devise chinoise, mais n'a aucun réel poids politique.
Même si les sujets qui fâchent devraient être mis sur la table de discussion, ces choix de représentation côté chinois permettront d'éviter toute polémique sérieuse entre des positions tranchées. « Si le gouvernement chinois prenait cette conférence au sérieux, il y aurait des membres du NDCR et [le vice-Premier ministre] Wang Qishan resterait l'ensemble de la journée », souligne un analyste à Pékin. Ce vice-Premier ministre présidera avec Nicolas Sarkozy l'ouverture officielle du séminaire, avant de s'éclipser.

Cette stratégie d'évitement se retrouve dans la tribune que publie mercredi dans le quotidein allemand des affaires Handesblatt la vice-ministre chinoise des Affaires étrangères, Fu Ying. Elle y manifeste son irritation sur l'attitude des Européens dans le règlement des différends internationaux. « Les Européens agissent parfois de façon contradictoire et déroutante », écrit-elle, ajoutant : « d'un côté, ils se réjouissent que la Chine achètent des bons du trésor de leurs gouvernements et investissent en Europe. Et de l'autre, ils s'inquiètent d'une infiltration chinoise ». Elle se plaint également de l'embargo sur les armes imposé à la Chine pour des raisons politiques alors que l'Europe réclame que Pékin établisse des embargos envers d'autres pays. « Les Européens ne doivent pas oublier que tous les problèmes ne peuvent pas être résolus à l'européenne ».

C'est cette philosophie que l'on retrouve à l'occasion du séminaire de Nankin. « Le seul thème qui véritablement intéresse les autorités chinoises est celui du rôle des indicateurs (permettant de mesurer les déséquilibres économiques mondiaux. NDLR). Que se passera-t-il si un pays ne les respecte pas ? Qui sera chargé de les contrôler ? C'est cela qui préoccupe les autorités chinoises », indique ce même analyste.

De fait, fidèle à sa méthode, Pékin ne veut pas se faire dicter la conduite de ses affaires, et renâcle à prendre des engagements au niveau international, notamment sur des objectifs de réduction de réserves de changes. Les autorités de la république populaire comptent suivre leur politique de rééquilibrage de la croissance de son modèle économique - des exportations vers la consommation locale - à leur rythme, sans influence et pression extérieure.
Le séminaire de Nankin sera une nouvelle occasion de le faire comprendre à leurs invités étrangers, d'autant plus qu'ils sont prestigieux et de haut rang.


 

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