« La souveraineté, ce n’est pas que la défense, c’est aussi la recherche » assure Elisabeth Borne
Colombe Laferté
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C'est une véritable « fuite des cerveaux » qui se dessine. Pour les scientifiques américains, la recherche est désormais devenue impossible outre-Atlantique. « C'est du jamais vu », se désole Enrico Donaggio, directeur de l'institut d'études avancées d'Aix-Marseille Université, « j'ai toujours pensé aux Etats-Unis comme un pays de liberté intellectuelle et d'excellence universitaire. Mais, désormais, il règne une ambiance de crainte, de peur. Plus grave encore, une forme d'autocensure se met en place. Nous sommes entrés dans une autre époque ». Peu à peu, les bases de données disparaissent, les licenciements s'enchaînent et les accès sont bloqués. Bryan Sanberg, professeur d'histoire à l'université publique de l'Illinois du Nord en colloque à Marseille alerte sur une « liste de mots-clés interdits » parmi lesquels les mots « femme », « immigration », « liberté ».
Dans ce contexte, l'exil scientifique apparaît comme seule solution. Ainsi, Eric Berton, président d'Aix Marseille Université a-t-il lancé un programme d'accueil « Safe place for Science », avec pour promesse de dégager une enveloppe de dix à quinze millions d'euros sur trois ans pour accueillir une quinzaine de chercheurs. Depuis lundi, l'université accueille une première chercheuse spécialisée en maladies infectieuses.
Une « réactivité » saluée par Elisabeth Borne et Phillipe Baptiste, les ministres de l'Education et de l'Enseignement supérieur. « Nous sommes pour la liberté académique et l'indépendance de la recherche qui sont des facteurs de compétitivité, de croissance, de souveraineté. La souveraineté ce n'est pas que la défense, c'est aussi la recherche libre », assure Elisabeth Borne.
Mais les membres du gouvernement s'accordent sur un point : la dynamique impulsée doit désormais investir toute l'Europe. « Nous devons apporter des réponses concrètes pour permettre le retour de certains chercheurs français et européens installés aux Etats-Unis, mais également pour accueillir des chercheurs américains voire des laboratoires, pour qu'ils trouvent, en l'Europe, une terre propice à la poursuite de la recherche libre. Nous devons bâtir une vraie souveraineté européenne en matière de recherche », martèle la ministre de l'Education nationale. A Varsovie, mercredi, l'ensemble des ministres de la recherche et de l'enseignement supérieur ont peaufiné des dispositifs européens, qui feront l'objet d'un budget propre présenté prochainement, promettent Elisaeth Borne et Philippe Baptiste.
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