Au Gabon d’Oligui Nguema, la concrète diversification économique est au cœur des enjeux

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Après l'euphorie provoquée par l'élection de Brice Clotaire Oligui Nguema avec 90,35% des voix lors de la présidentielle du 12 avril, l'heure est au travail pour assurer les sept prochaines années. « Pour moi, c'est 90,35% des problèmes des Gabonais que nous devons résoudre », a déclaré le président élu lors de la cérémonie de levée des couleurs au Palais du bord de mer lundi, appelant à l'implication massive de la justice pour régir la fonction de Vice-président en charge des affaires gouvernementales, qui remplacera celle du Premier ministre. Mais le chef d'Etat est surtout attendu sur les questions économiques. « Le retour à l'ordre constitutionnel donne une légitimité aux autorités pour mener des politiques économiques qui serviront d'indicateurs quant à leur capacité à rassurer la population et le monde des affaires », estime dans un entretien avec La Tribune Afrique Giscard Assoumou Ella, professeur agrégé d'économie à l'Université Omar Bongo.
Parmi les principaux piliers du programme d'Oligui Nguema : la diversification économique. Le pays étant dépendant du pétrole, le président élu estime qu'il faudrait aller vers d'autres minerais qui pourraient accélérer la machine industrielle et booster l'emploi. Il s'agit notamment du fer, de l'or mais aussi des secteurs tels que le tourisme (avec la construction d'hôtels, écolodges ...) et l'agriculture, le tout avec un accent grave sur la transformation locale. Ce qui implique du business à venir pour les entreprises. D'autres axes liés sont la promotion de l'employabilité des jeunes par l'entrepreneuriat et la réforme du secteur de l'eau et de l'électricité, lequel reste déterminant dans le bon fonctionnement de l'économie. « La diversification économique vers des secteurs autres que les matières premières est un impératif pour que le pays parte d'une économie de rentre actuelle à une économie de production », explique le professeur Assoumou, soulignant les divers potentiels dont regorgent le pays.
Au Gabon, les promesses de diversification économique ne datent pas d'aujourd'hui. Sous les recommandations du Fonds monétaire international (FMI) et des principaux bailleurs, l'ancien régime s'y était engagé, avec un focus sur l'agroforesterie, sur fond de mise en œuvre de la Zone économique de Nkok. Mais beaucoup reste encore à faire. C'est la raison pour laquelle la Banque africaine de développement (BAD) martelait encore la semaine dernière sur la nécessité d'accélérer les actions concrètes.
Pourvoyant à environ 80% des exportations, le pétrole a renfloué les caisses de l'Etat et gonflé la croissance du PIB aux heures de gloire, mais n'a cependant pas manqué de mettre à genoux l'économie nationale, lors des différentes crises de l'or noir. Depuis la récession provoquée par la Covid, la remontée en flèche est difficile. Cette année, le FMI s'attend à un ralentissement de la croissance à 2,6%, contre 3,1% en 2024. Mais pour l'économiste Assoumou, le Gabon dispose de leviers pour remonter durablement la pente, à condition de bien hiérarchiser les priorités. « Dans le contexte qui est le nôtre, accélérer la diversification économique requiert en priorité : les infrastructures publiques notamment les routes, mais aussi le mix énergétique, le numérique, sans oublier l'amélioration du climat des affaires ».
Rappelant que le président Oligui Nguema a - pendant la transition - poursuivi les chantiers laissés par son prédécesseur et attaqué de nouveaux projets d'envergure, l'expert souligne le défi financier auquel il se heurte dans un pays où la dette publique dépasse 70% du PIB. « Si la bataille du financement est gagnée, restera celle de la gouvernance, notamment la lutte contre la corruption et les lourdeurs administratives, afin de s'assurer que les ressources servent effectivement au financement de l'investissement productif », explique-t-il. « L'importante dette publique actuelle du pays, sans contrepartie en termes de développement, poursuit l'économiste, montre que le problème réel se trouve au niveau de la gouvernance de la dette, ce qu'on en fait pour qu'elle puisse créer les conditions de son remboursement ». Et d'ajouter « S'il veut être dans le concret, c'est cette bataille que le président Oligui devra d'abord gagner ».
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Mais avant d'y arriver, le nouveau locataire du Palais du bord de mer devra se constituer un nouvel exécutif où des reconductions sont pressenties. Et c'est aussi à ce niveau que l'avenir à court et moyen-terme peut se jouer. Giscard Assoumou Ella y voit même un dilemme. « D'un côté, le score élevé obtenu par le président Oligui est un signal des attentes fortes de la population à son égard. De l'autre côté, des milliers d'associations et des centaines de partis politiques lui ont apporté leurs soutiens et espèrent être récompensés en retour », explique l'économiste, estimant que les premiers mois de ce nouveau mandat de sept ans seront déterminants pour démontrer une politique économique crédible qui attire également plus d'investissements directs étrangers dans ce petit pays d'Afrique centrale aux multiples richesses.