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ÉCONOMIE - La Tribune ToulouseDéveloppement économique - La Tribune Toulouse

Et s'il n'y avait pas de LGV Bordeaux-Toulouse : quel impact économique ?

Florine Galéron et Gael Cérez

Publié le 31 mars 2015 à 08:04 - Mis à jour le 31 mars 2015 à 16:55

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La commission d'enquête publique a rendu lundi 30 mars un avis défavorable sur l'utilité publique du projet de ligne à grande vitesse entre Bordeaux et Toulouse, remettant notamment en cause la rentabilité économique d'un tel projet. Très remontés, les défenseurs de la LGV estiment au contraire que la ligne à grande vitesse devrait rapporter à l'économie toulousaine trois fois le montant investi. Un impact relativisé par des économistes.

La bataille de chiffres a repris de plus belle ce mardi entre opposants et défenseurs de la ligne à grande vitesse entre Bordeaux et Toulouse. Hier lundi, la commission d'enquête a rendu un avis défavorable sur l'utilité publique du projet.

Dans le rapport remis à la préfecture de Gironde, les commissaires estiment que la construction de la LGV présente une "rentabilité socio-économique faiblement positive" et que les retombées économiques "favoriseront essentiellement les deux grandes métropoles" Bordeaux et Toulouse. Déjà, en octobre dernier, la Cour des comptes soulignait que la fréquentation stagnante sur le réseau TGV associée à une rentabilité des lignes en baisse "au fil de nouveaux projets de plus en plus coûteux" ont fait passer sa marge opérationnelle "de 29 % du chiffre d'affaires en 2008 à 12 % en 2013".

Le projet de ligne à grande vitesse permettrait de relier Toulouse et Bordeaux en 1h05, ce qui amènerait Toulouse à 3h10 de Paris contre plus de cinq heures actuellement. Coût de l'investissement : 8,3 milliards d'euros. Les travaux doivent commencer en 2017 pour une mise en service à l'horizon 2024.

Les entreprises du BTP dénoncent "un manque de visibilité"

En attendant, l'incertitude autour du projet inquiète les professionnels du BTP. Thierry le Friant, le président de la Fédération régionale des travaux publics (FRTP), dénonce "le manque de visibilité autour du projet" alors que le secteur traverse une sévère crise :

"L'an dernier, l'activité dans les travaux publics a diminué de 8 % dans la région Midi-Pyrénées et nous avons perdu 3 000 emplois depuis 2007 avec des effectifs qui sont passés de 16 000 à 13 000. La ligne à grande vitesse est le seul grand projet qui se profile pour maintenir des emplois.Selon nos estimations, la construction de la ligne Bordeaux-Toulouse, qui doit durer entre 6 et 8 ans, permettrait de créer ou de maintenir 10 000 emplois : 4 000 uniquement pour le secteur des travaux publics, 4 000 pour les emplois industriels directement liés (transport, fournisseurs...) et 2 000 emplois induits dans l'économie locales dans l'hôtellerie-restauration, les commerces..."

Même constat du côté d'Eurosud Transport, structure qui promeut les grands projets ferroviaires dans la région. "D'après une étude réalisée par l'observatoire économique de la ligne Tours-Bordeaux, pour un euro investi, 3,42 euros de production sont générés dans l'économie française", assure Valérie Cormier, la directrice de la structure.

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Valérie Cormier pointe le danger pour la métropole de Toulouse de se retrouver sans ligne à grande vitesse:

"Bientôt, Bordeaux sera à deux heures de Paris. Si Toulouse n'a pas sa ligne à grande vitesse, elle sera fortement handicapée. Imaginez une entreprise qui doit installer un siège social. Entre les deux villes, le choix sera vite fait ! Il deviendra très difficile d'attirer des investisseurs. Cela a aussi un impact sur les grands congrès, les grands événements..."

Des économistes mitigés sur les retombées pour la région

Professeur d'économie à Toulouse School of Economics (TSE), spécialisé dans les transports et l'industrie, Marc Ivaldi est plus prudent sur l'impact économique de la LGV sur le tissu économique local :

Le TGV n'est pas, selon moi, la priorité pour le développement économique de Toulouse. Celui-ci passe davantage par le développement du réseau routier et d'une 3e ligne de métro. Pour faire venir des entreprises, il vaut mieux améliorer les transports en commun que faire venir le TGV à Toulouse. C'est cela qui améliorera l'attractivité de la ville et dont nous avons besoin très rapidement."

Une analyse partagée par la chercheuse Marie Delaplace, rattachée au Lab'Urba de l'université Paris Est et spécialiste de la LGV  :

"Les effets économiques sont loin d'être automatiques. Les études statistiques que nous avons réalisées n'ont rien donné. Les entités urbaines desservies par la LGV ne sont pas plus dynamiques que celles qui ne le sont pas. Tout dépend de leur dynamisme propre.Il y a un effet d'image, de modernité, à vouloir être raccordé à la LGV. Je pense que dans de nombreux cas, améliorer les connexions et les réseaux existants seraient une bonne chose."

C'est aussi la position avancée par les écologistes. Guillaume Cros, qui préside le groupe EELV au Conseil régional, lance : "En améliorant les réseaux existants, on peut descendre à 3h40 de trajet entre Toulouse et Paris et en favorisant le développement de l'ensemble du territoire, pas uniquement de deux métropoles."

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Lundi 30 mars, pourtant, Alain Rousset, président du Conseil régional d'Aquitaine, Martin Malvy, président du Conseil régional de Midi-Pyrénées, Alain Juppé, président de Bordeaux Métropole, et Jean-Luc Moudenc, président de Toulouse Métropole ont de leur côté réagi conjointement pour regretter la décision de la commission d'enquête publique :

"Le grand Sud-Ouest de la France est sous-équipé au niveau ferroviaire depuis des décennies alors que des régions voisines comme Rhône-Alpes sont bien mieux dotées. Seules de nouvelles lignes vers le Sud permettront de répondre aux besoins croissants de mobilité de nos territoires."

Par ailleurs, à l'instar de la FRTP, les élus notent l'importance de ce projet du point de vue du "nombre d'emplois créés par le chantier et du maintien des entreprises de travaux publics".

La préfecture a jusqu'au mois de décembre 2015 pour se prononcer sur l'utilité du projet. De son côté, le gouvernement doit rendre ses conclusions d'ici juin 2016.

Florine Galéron et Gael Cérez

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