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L'austérité est morte, vive l'austérité !

Romaric Godin

Publié le 24 avril 2013 à 13:08

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Bruxelles concède que la stratégie menée depuis 2010 « atteint ses limites. » Mais il ne faut certainement pas s'attendre à voir émerger une nouvelle politique dans les mois qui viennent.

Cette fois, c'est donc officiel. La politique dite d'austérité, celle qui consiste à faire de la consolidation budgétaire la priorité absolue afin de rétablir « les fondements d'une croissance future saine », celle qui a établi le dogme de la dévaluation compétitive pour les pays périphérique, « a atteint ses limites ». C'est José Manuel Barroso qui le dit. Le président de la Commission européenne, un des piliers de la « troïka » et un des principaux porteurs d'eau de cette politique depuis 2010. Ceci ressemble bel et bien à un aveu d'échec.

Une profonde remise en cause des institutions démocratiques

Il est vrai qu'il ne restait guère de choix au président de la Commission. Après trois ans de politique de ce type, l'économie européenne a des allures de champs de ruine et que les éléments de renforcement de la croissance potentiels se font attendre. Les derniers chiffres de l'indice PMI des directeurs d'achats a encore prouvé cette mauvaise santé en baissant pour le 21e mois de suite.

Sur le plan politique, l'austérité a conduit à une profonde remise en cause des institutions démocratiques au sein de l'Europe et à un discrédit des partis « de gouvernement » dans de nombreux pays. Même les fondements théoriques de cette pensée de l'austérité semblent désormais sapés après le coup reçu reçu la semaine passée - qui a viré au scandale - lorsque l'on a appris que la fameuse théorie de Kenneth Rogoff et Carmen Reinhardt - qui affirme qu'au-delà de 90 % du PIB, la dette publique nuit à la croissance - était entachée d'erreurs.

Comment faire revenir la confiance

Désormais, la véritable question est de savoir comment sortir de ce tunnel. Il ne suffit pas de proclamer que l'austérité a échoué ou que l'on doit faire du chômage une priorité pour que disparaissent les effets pervers de la dévaluation interne. On nous l'a assez répété : cette politique est une politique de moyen terme.

Si l'on décidait brusquement de faire demi-tour, en se lançant, par exemple, dans une politique de relance keynésienne par la dépense publique dans les pays périphériques, on perdrait immédiatement les quelques profits glanés lors des dernières années, sans pour autant obtenir le retour de la croissance. Car ce qu'a principalement détruit l'austérité, c'est la confiance. La reconstruire sera difficile. Dans les pays périphériques, mais aussi en France, après des mois de discours affirmant que la dévaluation interne est la seule voie, les agents économiques vont s'attendre à ce que le chômage, la baisse des salaires, la réduction des aides sociales reviennent dans les années à venir.

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Et plus les Etats dépenseront, plus cette anticipation sera réalisée. Echaudés par l'expérience de la rigueur, ils y regarderont donc à deux fois avant d'investir ou de consommer. La reprise de la demande risque donc de se faire attendre. Or, sans cette reprise de la demande, c'est bien la récession déflationniste qui menace la zone euro. Faciliter l'accès des PME au crédit comme pourrait le faire la BCE est une bonne idée, mais là encore, il faudrait que ces mêmes PME aient des raisons de demander des crédits, autrement dit des débouchés.

L'offre en panne

Pour autant, s'il n'y a pas de demande, il ne faut pas non plus négliger les effets négatifs de l'austérité sur l'offre. Si la compétitivité a pu s'améliorer dans certains pays et dans certains secteurs, les politiques d'austérité, en provoquant l'effondrement de la demande intérieure et en exacerbant la pression fiscale ont accéléré la désindustrialisation de plusieurs pays européens. L'Italie est particulièrement touchée par ce phénomène. En deux ans, la production industrielle du pays a reculé de 12 %. Mais les capacités ont baissé partout dans les pays périphériques et en France. Une politique de relance classique ne règlerait guère ce problème, elle alimenterait les importations et les déficits commerciaux des pays du sud. Elles les videraient encore de l'argent si nécessaire aux investissements et à la demande intérieure.

Une stratégie de communication

Bref, l'austérité est une impasse où il est bien difficile de faire demi-tour. D'autant qu'il n'est pas certain que l'on soit réellement prêt à changer réellement de stratégie. L'aveu de José Manuel Barroso est caractéristique : il n'a pas remis en cause le caractère « juste » de l'austérité, mais ses conséquences politiques et sociales. Autrement dit, le fait qu'elle était devenue insupportable.

Pour autant, le président de la Commission n'entend pas renoncer à la stratégie européenne : il n'évoque qu'un « réglage plus fin du rythme » de ces politiques. On va donc lever le pied sur les exigences de réduction de déficit. Mais, comme on l'a vu, la situation est si préoccupante que desserrer légèrement le carcan ne sera guère utile. Ce ne sera que la poursuite de la dévaluation interne par d'autres moyens. On demandera de moins réduire les déficits, mais l'on insistera, en retour, sur les « réformes structurelles » qui vont encore peser sur la demande intérieure et maintiendra les pressions déflationnistes.

Surtout, les agents économiques ne ressentiront guère ce « tournant » qui ressemble beaucoup à de la communication. Mais le fil est usé. Comment penser aujourd'hui que cette communication sera efficiente alors qu'elle a échoué lorsque, à l'automne 2012, en dépit des réalités, les dirigeants européens proclamaient à qui voulait les entendre que « le pire est derrière nous. » Comme alors, les discours de Bruxelles risquent de ne guère avoir d'impact sur le terrain économique.

L'enjeu allemand


En réalité, l'Europe n'a pas de stratégie de rechange. Elle pourrait en avoir une : celle de réaliser une relance là où cela est possible, autrement dit en Allemagne, en favorisant la « transmission » de cette relance aux pays périphériques. Mais le gouvernement d'Angela Merkel ne veut pas en entendre parler. En pleine campagne électorale, confronté à la surenchère du parti anti-euro Alternative für Deustchland (AfD) et décidée à se démarquer du discours très fédéraliste du SPD, la chancelière ne doit pas apparaître comme celle qui cède sur l'austérité, une politique jugée juste par la majorité des Allemands, parce qu'ils ont le sentiment de l'avoir eux-mêmes réalisée avec succès dans les années 2000.

Certes, la Bundesbank a lâché du lest sur la baisse des taux de la BCE, dont chacun sait qu'elle n'est pas une solution, mais elle est toujours réticente à des mesures plus ciblées sur les PME des pays périphériques qui engageraient la zone euro dans une « union des transferts. » Là encore, ce serait donner des arguments à AfD. L'Allemagne reste donc de marbre.

L'ennui, c'est que le temps presse

Jens Weidmann, le président de la Buba, a affirmé que les erreurs de Rogoff et Reinhardt ne remettaient pas en cause la justesse de leur théorie. Wolfgang Schäuble n'a pas cessé de vouloir faire cesser la « sottise » du débat entre austérité et croissance. Sans l'Allemagne, l'Europe ne peut rien. Il y a donc fort à parier qu'elle ne pourra rien jusqu'au 22 septembre, date des élections allemandes et qu'on en sera réduit, d'ici là, à des expédients.

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L'ennui, c'est que le temps presse. L'état de l'économie européenne exigerait que l'on définisse dès aujourd'hui une stratégie pour sortir du cercle récessif où elle s'engage. Si l'on ne fait rien, la zone euro risque de s'y enfoncer, malgré les belles paroles de José Manuel Barroso.

Romaric Godin

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