Attentats : l'émouvant témoignage d'Eva rescapée du Bataclan

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(Crédits : © Christian Hartmann / Reuters)
Plus de 48 heures après les attentats à Paris qui ont fait 132 morts, dont 89 au Bataclan, Eva, 38 ans, raconte son cauchemar.

Eva, 38 ans, est l'une des rescapées du Bataclan. Quand elle quitte son lieu de travail, vendredi 13 novembre en fin de journée, elle est à deux doigts de renoncer à aller voir Eagles of Death Metal sur scène. En cette fin de semaine, elle se sent un peu fatiguée. Mais après avoir raté le concert du groupe californien à Paris l'an dernier, faute de place, elle se résout à ne pas manquer à nouveau l'occasion.

Eva est «en bas», au fond de la salle, sur le côté droit, au niveau du stand de ventes des tee-shirts du groupe, tenu par Nick Alexander, ce jeune de britannique de 36 ans qui perdra la vie. Pour mieux voir, la jolie brune aux yeux verts grimpe sur une petite estrade accolée à la boutique. Un jeune homme fait la même chose.

«L'ambiance était festive, bon-enfant avec des mères qui accompagnaient leurs enfants adolescents. C'était un bon concert de rock », raconte Eva, très choquée.

Elle veut poster des photos, mais son téléphone ne capte pas. Et puis, soudain, les premiers tirs résonnent. «Tout le monde a cru à un effet pyrotechnique», se souvient-elle. Mais très vite, les spectateurs comprennent qu'ils sont attaqués.

"Nous nous sommes tous jetés à terre pour nous allonger (...). Je ne comprenais pas ce qu'il se passait. J'ai entraperçu l'un des assaillants près du bar, il devait avoir 25-30 ans, était de type maghrébin et parlait parfaitement le Français. J'ai entendu le mot Syrie. A ce moment-là, j'ai compris l'horreur dans laquelle nous étions", explique-t-elle avec émotion.

« Il y a eu des rafales, puis ça s'arrêtait, puis ça reprenait, parfois entrecoupé de tirs isolés. J'attendais le moment où une balle allait me toucher », ajoute-t-elle, précisant que "quelque chose" l'avait frôlé. "Peut-être une douille, je ne sais pas".

Au sol, les gens se donnent la main. Il y a du sang à proximité. Eva a son téléphone dans une main. Le jeune homme à ses côtés lui demande d'appeler la police. Eva n'a pas de réseau. Ce fut peut être sa chance. D'autres témoins ont indiqué en effet que ceux qui sortaient leur mobile étaient exécutés.

"Le premier qui bouge, je le tue"

Le terroriste qui est au fond de la salle se rapproche de l'endroit où se trouve Eva et lâche : «Le premier qui bouge, je le tue.»

Curieusement Eva ne panique pas.

«Je ne ressentais rien, j'étais étonnamment calme, j'avais le sentiment que c'était irréel.»

Les rafales reprennent, puis d'un coup plus rien. Eva lève la tête, voit des gens sortir, se lève à son tour, attrape son sac, et s'enfuit en criant par l'entrée principale, d'où avaient fait irruption les terroristes une quinzaine de minutes plus tôt.

Un terroriste dehors?

A la sortie du bataclan, il y avait une barrière. Eva essaie de l'enjamber, tombe, et se coince la cheville. Là, à une dizaine de mètres sur la gauche, elle voit un homme en tenue sombre.

"Il était calme, n'a rien dit, n'est pas venu vers nous, et je crois qu'il avait une arme à la main. Je pensais qu'il allait m'abattre", dit-elle. Etait-ce un complice des assaillants qui faisait le guet ou le chauffeur s'interroge-t-elle? Personne jusqu'à présent n'a parlé d'une personne à l'extérieur.

Plus tard, elle racontera ce passage aux policiers qui recueillaient les témoignages. Dimanche, elle ira à nouveau faire état de ses doutes dans un commissariat du XIe arrondissement. Eva le concède bien volontiers. Elle a vu ce visage une fraction de seconde et ne saurait le reconnaître. Tout est allé si vite.

«J'ai énormément de doutes. J'aimerais savoir s'il y a d'autres témoignages de gens qui sont sortis par l'entrée principale. (...) A ce moment, il y avait très peu de monde à l'extérieur, un ou deux pompiers.»

Deux heures dans une annexe du Bataclan

Eva ne s'attardera pas, à peine relevée, elle fonce sur la droite se réfugier, avec une trentaine de rescapés, dans une annexe du Bataclan (le local d'administration et de production) située à 20 mètres.
Certains vont au sous-sol, d'autres comme Eva se cachent dans une kitchenette. Ils sont une dizaine, dont trois Norvégiens venus passer le week-end à Paris, un britannique qui a reçu une balle dans le bras gauche, une jeune femme séparée de la personne qui l'accompagnait, une jeune fille qui appelait sa mère toujours coincée à l'intérieur. Un des rescapés lui prête un portable. Eva peut appeler ses proches. Il est environ 22 heures.

Dans ce local, l'ambiance est silencieuse. Une jeune femme lui confie aussi qu'elle ne ressent rien.

Plus de deux heures plus tard, après l'assaut du GIGN pense-t-elle, les policiers viennent les chercher. Le petit groupe est déplacé sous le porche d'un bureau de poste à proximité, puis dans un bar, "L'attitude Café", à l'angle des boulevards Voltaire et Richard-Lenoir.

Après avoir livré son témoignage à un policier qui interrogeait les rescapés un à un, Eva va chez sa sœur à République, accompagnée de son beau-frère venu très vite sur les lieux. Le matin, très tôt, elle rentre chez elle pour donner des nouvelles à d'autres proches et écouter les informations afin d'avoir plus d'éléments sur ce cauchemar. Eva est sous le choc.

«Sur le coup, on a tellement peur qu'on est insensible. Quand l'adrénaline est retombée, j'ai réalisé l'horreur», confie-t-elle, la voix nouée par les sanglots.

Soutien psychologique

Samedi, Eva est allée dans une cellule de soutien psychologique. Dimanche, elle est retournée à « L'attitude Café » pour remercier le patron et est repassée tout près du Bataclan, qu'elle a vu de loin, puis au commissariat de police pour déclarer la perte de son téléphone portable et reparler de cette silhouette qu'elle avait vue à la sortie du Bataclan.

La suite ? Eva l'envisage au jour le jour. Elle compte prendre très vite contact avec une spécialiste pour enlever, notamment cette "culpabilité qui l'habite de n'avoir rien pu faire pour les autres".

Vendredi, avant d'arriver au Bataclan, Eva avait quitté le bureau en plaisantant: « C'est vendredi 13, je devrais jouer au loto. » Elle n'a pas joué mais, comme elle le dit, elle « a eu une chance inouïe d'être sortie indemne de ce cauchemar ».

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Commentaires
a écrit le 21/11/2015 à 4:39 :
Ce sont tous des assasins née en france, ils on été a l'école ici, ils on vécus toute leur vie en france.

Ils tombent dans leur folies meurtrières, ou ils se sentent le propre héros de leur jeux vidéos de guerre et des films sanglant qu'ils on sans doute regarder avec passions.

Je ne crois plus en leur adoration religieuse, ces gamins sont comme plein de gens dans le monde, des malades mentaux, ou retirer la vie d'une personne, ne les attristent pas.

La France aime faire cette propagande, de daesh, qui attirent le délire paranoiaque, de ceux qui regardent trop de films de guerres.
a écrit le 18/11/2015 à 22:10 :
Chers amis,

Les attentats de vendredi soir ont touché des ami(e)s proches de ma fille qui aurait pu elle même être sur place dans ces restaurants où elle se rend souvent. Il y en aura malheureusement d’autres.

La fureur belliciste qui s’est emparée de nos politiques de tous bords m’oblige à prendre la plume pour rappeler, modestement, certaines vérités que tout le monde semble oublier et pour exprimer des opinions à contre courant de la Doxa politique ambiante.

On sait depuis le Vietnam que les guerres ne se gagnent pas simplement avec des bombardements aériens et il a fallu le nid de guêpes somalien pour que les américains eux mêmes se rendent comptent que même avec de puissantes forces au sol, il n’était parfois pas possible de pacifier un pays.

La France n’a pas les moyens militaires ni la volonté politique d’aller faire la guerre à Daesch. La France, percluse de dettes, est devenue un petit pays, qui n’a de l’influence qu'en Europe seulement.

La réthorique guerrière est employée par les politiques de droite comme de gauche pour tenter de masquer leur incapacité à peser sur le chômage et la pauvreté de masse qui nous touchent.

La France est menée par une classe politique qui a en référence implicite le Grand Siècle ou les épopées Napoléoniennes, c’est là un péché d’orgueil car la France d’aujourd’hui n’est plus celle d’alors.

Daesch est d’abord né de l’erreur fondamentale des américains de vouloir éradiquer d’un coup le parti Baas et l’armée irakienne à la fois, poussant ainsi dans les bras de cheiks sunnites incontrôlés toute une élite militaire et politique. La France et le Quai d'Orsay croient que de grandes idées morales suffisent pour fondement d’une politique extérieure. C’est l'erreur fondamentale que nous avons commise avec notre « ni Bachar, ni Daesch ». Comme disait Churchill : "However beautiful the strategy, you should occasionally look at the results » !

Pire, nous sommes au milieu d’un jeu de dupes que nos élites ne semblent pas vouloir déchiffrer. La Turquie s’accommode très bien de Daesch et, en sous main, lui achète une grande partie de son pétrole, cherchant surtout à empêcher les Kurdes de se tailler un état sur les ruines de l’Irak. La Turquie ne fait presque rien militairement contre Daesch, pas plus qu’Israël d’ailleurs qui a compris l’inutilité de ce type d’action militaire. L’Arabie Saoudite, dont on connait la responsabilité dans les attentats du 9/11, a elle aussi des ambiguïtés coupables vis à vis de Daesch. Quant à Bachar il a habilement su souffler sur les braises de Daesch pour se créer un deuxième front et détourner l’attention.

Ce conflit est d'abord un conflit sunnites - chiites, que seules les puissances limitrophes de la région peuvent régler. Cette guerre n’est pas la guerre de la France. Elle est, certes, un "problème" pour l’Europe compte tenu des flux migratoires qu’elle génère mais ce n’est pas l’affaire d’une France qui ne fait que se ridiculiser un peu plus chaque jour à vouloir jouer dans une cour des grands à laquelle elle n’appartient plus.

La gesticulation qu’impose à nos avions un pouvoir politique à bout de souffle est à la fois pitoyable, inutile et dispendieuse.

Je peux vous assurer que la jeunesse de notre pays, qui est beaucoup plus sensibilisée politiquement que l’on veut bien le croire va très rapidement poser les mêmes questions que moi. Nos politiques feraient bien de préparer des réponses concrètes ou alors c’est une fois de plus le FN qui engrangera les dividendes de leurs échecs répétés.

Bien à vous tous

Eric S
Réponse de le 20/11/2015 à 10:50 :
Le problème est qu'ils nous attaquent. Nous n'avons pas le choix.
a écrit le 17/11/2015 à 18:42 :
On parle beaucoup de l'enquête mais il faut penser aussi aux victimes mortes ou vivantes, les écouter et en parler, il y a avant tout des victimes qui le resteront pour toujours, pas nous, mais quand même vous et moi. C'est en les écoutant et en en parlant que l'on mettra dans les têtes toute l'ignominie et la barbarie de ces actions injustifiables. C'est le degré zéro de l'humanité et de la civilisation.
Et s'il y en a qui arrivent à le justifier, alors ils ne sont pas humains.
Ils méritent hommage national de partout le même jour dans la rue dès que possible.
a écrit le 16/11/2015 à 22:29 :
Que de temps perdu... Souvenons nous des attentats du GIA en 1995 et 1998 (St Michel, etc). Certes, un autre groupe d'islamistes armés. Mais déjà un problème avec l'islam radicalisé en France, une volonté de leur part de tuer du français. Pareillement, des attentats, des morts. On est 20 ans plus tard. L'âge des jeunes qui ont perdu la vie au Bataclan.
Réponse de le 20/11/2015 à 7:17 :
N'oublions pas la dizaine d'attentats perpetrés a paris 1985,1986.A paris
a écrit le 16/11/2015 à 20:42 :
Une remarque sur la forme de cet article et non sur le fond : Était-il nécessaire de préciser qu'Eva est une "jolie brune aux yeux verts" ?
Réponse de le 17/11/2015 à 0:59 :
Entièrement d'accord avec vous, et l'alternance maladroite entre le passé simple et le présent montre bien que l'auteur s'essaye à un style littéraire qui n'a pas sa place ici...
a écrit le 16/11/2015 à 20:41 :
Une remarque sur la forme de cet article et non sur le fond : Était-il nécessaire de préciser qu'Eva est une "jolie brune aux yeux verts" ?
Réponse de le 17/11/2015 à 6:35 :
En quoi est ce un problème ? "Une jolie brune aux yeux verts " humanise aussi cet article . S' arrêter sur la forme me paraît bien surprenant !!!
Réponse de le 17/11/2015 à 11:44 :
L'auteur n'aurait pas décrit la beauté physique d'Eva si elle avait été un homme.

Et c'est un problème parce que 1) ça n'a rien d'humanisant (en revanche le reste de l'article l'est) 2) c'est assez racoleur 3) ça conforte l'injonction sociale spécifique aux femmes à être belles et rien d'autre.

Imaginez un peu que depuis votre naissance on vous décrive toujours par votre physique et jamais par votre intelligence, votre courage, vos réussites...
Réponse de le 17/11/2015 à 12:18 :
je ne trouve pas, je trouve que c'est plutôt sobre. D'ailleurs le titre n'a pas pris une phrase choc comme l'ont fait d'autres médias. Quant à savoir si la même remarque sur la beauté physique aurait faite concernant un homme, on ne le saura pas. Vous faites par conséquent un procès d'intention. Pour un donneur de leçon, c'est moyen.
Réponse de le 17/11/2015 à 12:50 :
Oui c'est peut-être un procès d'intention. Et je ne jette pas la pierre à ce journaliste, qui n'est vraiment pas le seul à pratiquer ce truc agaçant. On trouve partout des articles décrivant le physique de femmes alors que ça n'a aucun rapport avec le sujet. Par exemple pour parler de la fondatrice d'une PME, ou d'une responsable politique au futur prometteur. Et jamais pour un homme.

C'est agaçant parce ça a tendance à rabaisser les femmes à un statut de quasi potiche, et parce que c'est une manière d'attirer l'intérêt du lecteur en faisant appel à ses plus bas instincts.

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