Défaillances d'entreprises : la crise s'enracine, loin du simple contrecoup post-Covid
latribune.fr
À fin mai 2026, la Banque de France recensait 70 077 défaillances cumulées sur douze mois. La projection pour l'ensemble de l'année s'établit désormais au voisinage des 70 000 sinistres économiques, ancrant durablement les entreprises françaises au-...
La vague de défaillances d'entreprises ne faiblit pas. Avec 70 000 faillites projetées en 2026, la France dépasse les niveaux de 2008. Ce phénomène, désormais structurel, touche durement l'industrie et l'agriculture.
Le ralentissement tant espéré sur le front des faillites aura été de courte durée. Si la hausse des dépôts de bilan s’est atténuée en 2025, le niveau global demeure historiquement critique. Les difficultés actuelles ne relèvent plus du simple contrecoup de la crise sanitaire, mais de failles économiques structurelles bien plus profondes.
La trajectoire chiffrée illustre l’ampleur du phénomène. Selon la Banque de France, 68 602 défaillances ont été enregistrées sur l'ensemble de l'année 2025. Cela représente une progression de 3,6 % sur un an, après des hausses successives bien plus violentes en 2024 (+ 17,7 %), 2023 (+ 36,5 %) et 2022 (près de + 50 %). Le niveau actuel dépasse désormais de 15 % la moyenne observée sur la décennie 2010-2019, surpassant les bilans de la crise financière de 2008 et de la crise des dettes souveraines.
Les données exclusives du Conseil national des administrateurs judiciaires et des mandataires judiciaires (CNAJMJ), publiées par Les Échos, confirment l’enracinement de la crise au premier semestre 2026. Durant cette période, 36 636 procédures collectives (sauvegardes, redressements et liquidations) ont été comptabilisées, soit une augmentation de 4,1 % par rapport aux six premiers mois de 2025. Par rapport au premier semestre 2019, l'accélération atteint un bond de 36,8 %, menaçant directement plus de 106 000 emplois.
Espoirs douchés
Durant la pandémie, l’interventionnisme public avait permis d’éviter environ 53 000 faillites entre 2020 et 2022. La vague de fermetures qui a suivi correspondait à un effet de rattrapage automatique. Désormais, ce mécanisme est entièrement consommé pour les TPE, PME, ETI et grandes entreprises, où le surplus de défaillances mesuré depuis 2023 surpasse le déficit de la crise sanitaire. Seules les microentreprises (92 % des cas en 2025) affichent encore un rattrapage incomplet.
Ce sont désormais des facteurs conjoncturels et structurels qui dictent la tendance. L'environnement macroéconomique, marqué par la guerre au Moyen-Orient et le blocage du détroit d'Ormuz, a douché les espoirs d’éclaircie un temps entrevus à la fin de 2025. Les entreprises font face à l'impact cumulé des chocs successifs : des pertes de chiffre d'affaires, un besoin critique de reconstituer les marges et les trésoreries, ainsi qu'un alourdissement notable de leur charge financière. Le taux d'endettement médian des structures défaillantes est ainsi passé de 25 % en 2019 à 31 % en 2025. Paradoxalement, le dynamisme des créations d'entreprises (avec 1,2 million d'immatriculations en 2025) alimente aussi mécaniquement ce volume de défaillances.
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La situation s'avère toutefois hétérogène selon la taille et le secteur d'activité. Si le secteur des services affiche une relative résilience avec un taux de défaillance plus faible, les clignotants virent au rouge pour les structures de plus de 10 salariés (5,6 % des procédures du premier semestre). L’industrie manufacturière est devenue le principal point d'alerte avec 307 dossiers sur les six derniers mois, affichant une progression des faillites de 8,1 % sur un an et de 47 % par rapport à 2019.
70 000 faillites en un an
D’autres pans de l’économie subissent des traumatismes majeurs. C'est le cas de l’agriculture et de la sylviculture, où les défaillances s’envolent de 60 % par rapport au premier semestre 2025 (+ 167 % par rapport à 2019), portées par une crise viticole ancrée notamment en Gironde, qui concentre à elle seule la moitié des procédures viticoles du pays. L’hôtellerie-restauration et le secteur de la construction continuent également d'enregistrer de lourds dégâts.
Face à cette fragilisation sectorielle, les outils de protection semblent marquer le pas. Les procédures de prévention (mandats ad hoc et conciliations), qui avaient quasiment doublé depuis l'avant-Covid sous l'impulsion des tribunaux de commerce, stagnent à un plateau. Elles sont retombées à 4 342 au premier semestre 2026, contre 4 806 un an plus tôt, limitant les chances de sauvetage anticipé.
À fin mai 2026, la Banque de France recensait 70 077 défaillances cumulées sur douze mois. La projection pour l'ensemble de l'année s'établit désormais au voisinage des 70 000 sinistres économiques, ancrant durablement les entreprises françaises au-delà des niveaux records de la récession de 2008-2009.