Face à des vagues de chaleur toujours plus fréquentes et meurtrières, les gouvernements multiplient les dispositifs pour adapter le droit du travail, entre pauses obligatoires, horaires aménagés et interdictions d'activité.
La chaleur s’impose désormais comme un enjeu de santé publique... et de droit du travail. Des rives de la Méditerranée aux pays du Golfe, en passant par l’Asie et l’Amérique du Nord, les pouvoirs publics renforcent progressivement les obligations des employeurs pour protéger les salariés confrontés à des températures extrêmes.
Le défi est colossal. Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), plus de 2,4 milliards de travailleurs, sur une population active mondiale de 3,4 milliards, sont exposés chaque année à une chaleur excessive. L’organisation estime également que les fortes chaleurs au travail provoquent près de 19.000 décès par an. Face à l’accélération du changement climatique, plusieurs pays expérimentent désormais de nouvelles règles qui pourraient inspirer d’autres législations.
L’Espagne en modèle européen
Souvent citée comme une référence en Europe, l’Espagne dispose depuis les années 1990 d’un cadre réglementaire spécifique. La législation fixe notamment une température maximale de 27°C dans les espaces fermés pour les emplois sédentaires, même si cette limite reste régulièrement dépassée, notamment dans les établissements scolaires.
Le pays est allé plus loin en 2023. Désormais, lorsqu’une alerte orange ou rouge est déclenchée par l’agence météorologique nationale, les employeurs doivent activer un protocole spécifique. Celui-ci peut notamment prévoir une modification des horaires de travail si les autres mesures de protection ne suffisent pas.
Certaines régions ont également développé le principe de la journée continue, permettant notamment aux salariés du bâtiment de commencer plus tôt afin d’achever leur journée avant 15 heures. Ce dispositif reste toutefois limité : selon une étude d’InfoJobs publiée en 2022, seuls 21 % des salariés interrogés déclaraient en bénéficier pendant l’été.
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À la suite des inondations meurtrières qui ont frappé Valence en 2024, Madrid a également instauré un droit à quatre jours d’absence rémunérée lorsque des conditions météorologiques extrêmes empêchent les salariés de rejoindre leur lieu de travail.
L’Italie mise sur les données
L’Italie privilégie une approche technologique. La plateforme numérique Worklimate permet aux entreprises d’évaluer quotidiennement le risque thermique auquel sont exposés leurs salariés. L’outil combine plusieurs paramètres — température, humidité, vent, rayonnement solaire — pour calculer l’indice WBGT, référence internationale en matière de stress thermique.
Expérimenté depuis 2023, le dispositif est désormais utilisé dans plusieurs régions pour déclencher des mesures obligatoires. En Lombardie, par exemple, lorsque le niveau de risque devient élevé, les activités sont suspendues pendant les heures les plus chaudes dans le bâtiment, l’agriculture et les carrières, selon l’observatoire européen Eurogip.
La Corée du Sud impose des pauses
La Corée du Sud a choisi de légiférer directement sur les temps de repos. Depuis juillet 2025, lorsque la température ressentie atteint ou dépasse 33°C, les employeurs doivent accorder 20 minutes de pause toutes les deux heures, ou 10 minutes chaque heure.
Lorsque l’organisation du travail ne permet pas ces interruptions régulières, les entreprises doivent mettre à disposition des salariés des équipements de rafraîchissement, comme des climatiseurs individuels. Selon Annarita Piazza, chargée d’études chez Eurogip, cette logique de pauses obligatoires « se retrouve en Belgique, dans certaines provinces canadiennes, à Chypre et dans l’Etat de l’Oregon aux Etats-Unis ».
Dans le Golfe, des interdictions... avec des exceptions
Les pays du Golfe, parmi les plus exposés aux températures extrêmes, appliquent eux aussi des restrictions importantes. Au Qatar, le travail doit être interrompu lorsque l’indice WBGT dépasse 32,1°C.
Mais cette protection connaît des limites. Selon un rapport d’experts publié par l’OIT en 2026, les mesures contre le stress thermique « ne s’appliquent pas aux activités des entreprises qui mènent des projets dans les secteurs pétrolier et gazier ».
Dans plusieurs États de la région, comme le Qatar, Oman ou le Koweït, les autorités imposent également des interdictions de travail en extérieur pendant certaines plages horaires estivales, indépendamment du niveau réel de chaleur. À Oman, les activités extérieures sont ainsi interdites de 12h30 à 15h30 entre le 1er juin et le 31 août.