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Baromètre : des Français sombres mais lucides, des entreprises sous pression sur les salaires

Philippe Mabille

Publié le 07 juillet 2023 à 12:31 - Mis à jour le 07 juillet 2023 à 20:01

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Reuters

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BAROMÈTRE. Selon notre sondage exclusif Elabe pour La Tribune et CCI France publié en ouverture des Rencontres économiques d'Aix-en-Provence, les Français voient leur pays décliner mais sont lucides et réalistes sur les mesures à prendre pour un sursaut : industrie verte, formation aux métiers d'avenir, réduction des fractures territoriales. Face à un Etat impuissant car surendetté, l'attention se tourne vers le monde de l'entreprise qui suscite de multiples attentes sur leur responsabilité sociale, notamment la question salariale en cette période d'inflation, et environnementale pour...

... ontre le réchauffement climatique.

À l'occasion des Rencontres économiques d'Aix-en-Provence, ce Davos provençal qui réunit chaque année au début du mois de juillet le gratin du CAC 40 et un florilège d'entreprises et d'économistes, La Tribune renoue avec une vieille tradition :

 celle de publier un baromètre annuel sur l'état d'esprit de l'opinion sur la situation économique et sociale et sur l'action du gouvernement.

 Réalisé avec Elabe, ce sondage La Tribune et CCI France sera commenté en direct des Rencontres économiques ce vendredi à 15h00 avec Bernard Sananes, le président de l'institut de sondage et Alain di Crescenzo, celui de CCI France, et également patron de l'éditeur de logiciel IGE+XAO.

Quel constat sur la situation du pays ?

 Quels atouts pour dynamiser l'économie ?

 Comment recréer l'espoir ?

 Cette enquête, réalisée du 26 au 28 juin donne une photographie de l'état de l'opinion après la vive contestation qui a occupé l'hiver et le printemps sur la réforme des retraites, mais avant l'explosion des banlieues qui a eu lieu après la mort du jeune Nahel il y a dix jours.

 Ces derniers événements ont sans doute renforcé le constat, déjà très sombre, que font les Français sur l'état du pays, même si cette crise est aussi un électrochoc qui remet sur le devant de la scène la réalité économique et sociale d'un pays qui est loin d'être aussi apaisé que ne le voudrait Emmanuel Macron.

67% des Français disent aller bien

« Le premier enseignement du sondage, souligne Bernard Sananes, c'est la confirmation du paradoxe apparent qui mine la société depuis de longues années et que l'on pourrait intituler "Bonheur privé, malheur public".

 » 67% des Français disent aller bien (dont 10% très bien) alors que 78%, 8 sur dix, affirment que la France ne va pas bien, dont 25% pas bien du tout. On imagine que la même question posée au beau milieu des émeutes urbaines de la veille du week-end dernier dans tout le pays aurait donné des réponses encore plus pessimistes.
Mais avant même cette crise, notre enquête donne un diagnostic très orthogonal à celui de la doxa gouvernementale, puisque cette vision sombre sur la France d'aujourd'hui est nourrie par le sentiment très largement partagé d'un pays en déclin (61% des Français) (voir les détails de l'enquête Elabe ci-dessous). Seuls 8% dont 16% des cadres estiment que le pays est en progrès ce qui conforte l'idée d'un pays à deux vitesses.

 Encore plus symptomatique, plus on monte à droite de l'échiquier, plus on est nombreux à penser que la France est en déclin :

 c'est le cas de 82% des électeurs de Valérie Pécresse, et de 80% de ceux de Marine Le Pen (92% de ceux d'Eric Zemmour). Ils ne sont que 

34%

 à le penser chez les sympathisants de Macron, contre 

67%

 chez Mélenchon.

Pour 53% des électeurs de Macron, la France ne va pas bien

Pour les Français, notre pays est en moins bonne posture que l'Allemagne, les Etats-Unis ou la Chine, mais quand on se compare, on se rassure parfois, les Français estiment aussi que le Royaume-Uni ou l'Italie sont dans une situation relative encore moins bonne que nous. Un regard lucide donc alors que 46% des Français estiment que le regard sombre porté sur le pays est réaliste.

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Sur le plan politique, 53% des électeurs de Macron jugent que la France ne va pas bien, contre plus de 75% dans les autres électorats, souligne Bernard Sananes. A cette lecture politique s'ajoute une lecture sociale dans le contexte d'inflation : 69% des cadres estiment que le pays ne va pas bien et 79% des catégories populaires. Sur la situation individuelle, la variable financière compte beaucoup ; 84% de ceux qui parviennent à épargner en fin de mois disent aller bien à titre personnel contre seulement 41% de ceux qui doivent se serrer la ceinture.

Multiples fractures

Dans le détail, l'opinion est particulièrement pessimiste sur les fractures sociales et territoriales, mais aussi sur le niveau des revenus et des salaires et sur la dette publique. Le sentiment est très net que la France est impuissante à résoudre ses problèmes structurels, pour réduire ses déficits publics et offrir des emplois bien rémunérés à une majorité. 72% ne pronostiquent aucune amélioration de la dette. Clin d'oeil à la récente crise dans les banlieues, quelques jours avant l'explosion, 66% des Français estimaient que le pays était incapable de réduire les fractures territoriales entre zones rurales, banlieues et centre-ville, ou entre régions dynamiques et régions en perte de vitesse. Un élément très parlant à l'heure où le gouvernement tente avec son projet de réindustrialisation verte de redonner de l'espoir dans les territoires les plus en déclin. Environ 6 Français sur dix sont aussi très pessimistes sur la capacité du pays à atteindre le plein emploi, à vaincre l'inflation ou à obtenir un meilleur partage de la valeur créée dans les entreprises.

En clair, les Français sont des sceptiques, ils doutent, mais ils comprennent la stratégie d'action du président de la République : 54% pensent que la situation va s'améliorer pour la réindustrialisation, la formation aux métiers de demain (67%), renforcer l'attractivité de la France (57%) et l'adapter aux défis de l'environnement (55%). En plein débat sur l'industrie verte, dont le projet de loi de Bruno Le Maire et de Roland Lescure est en cours d'adoption, et sur la planification écologique, les Français voient bien le chemin qu'on leur propose, mais ils doutent encore de la capacité à atteindre les objectifs fixés.

Fierté pour le pays

Pour les Français, qui s'apprêtent à prendre leurs congés d'été, les trois grands atouts de la France pour dynamiser l'économie sont son attractivité touristique à l'international, son patrimoine historique et naturel et son dynamisme culturel (gastronomie, cinéma...). Il y a donc encore une fierté des Français pour leur pays même s'ils semblent désespérés de constater que ces atouts ne suffisent pas à résoudre nos difficultés. Ses savoir-faire dans le domaine de la mode et du luxe, la présence d'entreprises leader dans le monde, comme TotalEnergies, Airbus, LVMH sont reconnus, à hauteur d'un quart des réponses. En queue du tableau des atouts, on trouve le faible dynamisme démographique, le fonctionnement de la démocratie et du système politique. Les Français ne perçoivent pas la langue française comme un atout et sont sévères dans leur jugement sur le niveau d'éducation et la qualité de l'enseignement (voir tableau).

Pour ces Rencontres d'Aix-en-Provence, qui réunit de nombreux patrons de grandes ou de moyennes entreprises, La Tribune a aussi voulu tester l'opinion des Français sur l'entreprise. Nul doute que la sévérité des résultats interpellera jusqu'au tout nouveau président du Medef, Patrick Martin, tant ils confirment l'intuition générale que l'attention et la tension sociale vont se reporter de l'Etat vers les entreprises. Pour preuve, celles-ci sont très critiquées sur la question sociale et notamment la faible hausse des salaires par rapport à l'inflation, souligne le patron d'Elabe. A 76%, les Français jugent que les entreprises ne seront pas à la hauteur des attentes sur la hausse des salaires, face à une inflation de près de 10% en deux ans... Même scepticisme à propos du versement de primes (62%) ou de l'amélioration des conditions de travail (62%), malgré les débats sur la semaine de quatre jours. Enfin, après l'adoption de la réforme des retraites, qui commencera à s'appliquer au 1er septembre, 73% des Français ne croient pas en la réelle volonté des entreprises d'améliorer le taux d'emploi des seniors. Pour rappel, la création d'un index senior et d'éventuelles sanctions sur les entreprises les moins-disantes pour garder leurs salariés de 60 à 64 ans ne figure plus dans la loi et ce devra être l'objet d'une négociation qui s'annonce ardue avec les branches. Sans surprise, les femmes, à 69%, sont particulièrement critiques sur les entreprises sur les primes et les salaires.

Autre question de l'enquête qui fera sans doute mouche dans les conseils d'administration, les Français mettent la pression sur les entreprises qui ont réalisé d'importants bénéfices ces dernières années. Pour trois Français sur quatre, ces entreprises doivent contribuer davantage au financement de la transition écologique, devant l'Etat (60%), les entreprises en général (37%), les particuliers les plus aisés (24%) et les particuliers en général (17%). Des réponses qui résonnent bien avec le récent rapport de l'économiste Jean Pisani-Ferry qui chiffre à 66 milliards d'euros par an les investissements supplémentaires pour tenir les engagements de réduction des émissions de CO2 d'ici 2030... dont la moitié à la charge des entreprises. Reste à savoir qui va payer entre le contribuable et le consommateur, sans doute les deux. Mais ce qui est sûr, souligne Bernard Sananes, c'est que « les Français exigent des entreprises plus responsables ». Fini les beaux discours sur la RSE, aux actes maintenant ! D'autant que la justice sociale est considérée comme la clef de la réussite de la transition écologique. 65% des Français sont prêts à faire des changements importants dans leur mode de vie, à condition qu'ils soient partagés de façon juste entre tous les membres de la société. Et, à 42%, qu'on leur demande leur avis, car ils aimeraient avoir leur mot à dire sur cette transition qui nous concerne tous, plutôt que l'on impose une planification d'en haut. Attention toutefois, pour 38% des Français, il faut que les inconvénients de la transition soient compensés par des avantages clairement ressentis, notamment sur leur pouvoir d'achat et le prix de l'énergie, et ils sont un tiers seulement à accepter des changements radicaux. Ecolos, ma non troppo !

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Quel constat sur la situation du pays ? Quels atouts pour dynamiser l'économie ? Comment recréer l'espoir ? publié par latribune.fr

Philippe Mabille

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