Bernard Cazeneuve : « Le référendum d'initiative partagée peut bloquer la réforme des retraites »
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Bernard Cazeneuve
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C'est la dernière ligne droite pour la réforme des retraites qui a profondément divisé les Français autour de la question du relèvement de l'âge de départ à 64 ans. Quel bilan tirez-vous de la méthode Macron-Borne à l'heure du vote final du Parlement ce jeudi ?
Cette réforme est inopportune parce qu'injuste. Elle est vécue par les Français comme une régression. Le pays sort à peine de la crise sanitaire. Nul ne saurait nier que ce sont les efforts des salariés des première et deuxième lignes, qui ont permis à la France de tenir pendant l'épreuve. Ce sont précisément ces travailleurs, qui ont commencé à travailler tôt, dans les métiers les plus pénibles, qui subiront les effets du recul de l'âge de départ à la retraite, en même temps que l'accélération de l'allongement de la durée de cotisation jusqu'à 43 ans, dès 2027 et non 2035, comme cela était prévu dans la réforme Touraine de 2014. Quant à la méthode, elle a fait l'impasse sur la concertation et le dialogue social. La fascination pour la verticalité, qui contribue à produire de la radicalité, a abimé la démocratie sociale, qui avait pourtant été la grande ambition du Conseil National de la Résistance et qui se trouve désormais en panne. Enfin sur le plan politique, on a préféré un accord avec la droite conservatrice à un bon compromis avec les syndicats réformistes. Si cette réforme devait être adoptée, par le biais de l'article 49.3, le mépris des syndicats et des Français, qui se sont mobilisés dans l'unité et la dignité, serait alors consacré .
La réforme est contestée par une intersyndicale qui n'a pas varié dans son unité. Même Laurent Berger parle de déni de démocratie et en appelle à donner la parole au peuple. Qu'en pensez-vous ?
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Il y a mise en échec de la démocratie sociale, de la démocratie parlementaire et le pays est désormais dans une impasse politique, dont le seul bénéficiaire est le Rassemblement National. L'absence de débouché politique à la crise sociale résulte de l'effondrement du système des partis, entretenu par l'actuel pouvoir, et de l'impasse dans laquelle la gauche s'est enfermée, en construisant une alliance à ses marges. Dans un tel contexte, si la loi devait être adoptée à grand renfort de 49,3, en revenir au peuple serait la seule voie possible d'apaisement.