Brexit : comment le gouvernement veut éviter le chaos

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De longues files de poids-lourds se sont formées mercredi dernier autour de Calais, un effet pré-Brexit dû à l'anticipation de la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union Européenne.
De longues files de poids-lourds se sont formées mercredi dernier autour de Calais, un effet "pré-Brexit" dû à l'anticipation de la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union Européenne. (Crédits : Reuters)
Alors que les négociations ont repris ce lundi entre la Commission européenne et le Royaume-Uni, le gouvernement français veut limiter les répercussions du Brexit sur le passage aux frontières pour éviter l'allongement des files de camions et de passagers.

Tic, tac, tic, tac... à seulement quelques jours de la date fatidique, les entreprises françaises et britanniques sont toujours dans un brouillard épais plus de quatre années après le résultat du référendum en faveur du Brexit. En dépit des derniers achoppements entre les institutions européennes et le Premier ministre Boris Johnson sur les zones de pêche notamment, le gouvernement français essaie de se préparer tant bien que mal. Les nombreuses tergiversations et rebondissements suscitent toujours de l'incertitude des deux côtés de la Manche. "Qu'il y ait un accord ou pas, il y aura des changements importants parce que le Royaume-Uni va sortir de l'Union douanière et donc les échanges entre le Royaume-Uni et l'Union européenne ne se feront plus de manière libre comme ils le sont encore aujourd'hui. Autrement dit, il y aura une frontière qui va être restaurée et il y aura des formalités de passage à la frontière qui seront obligatoires à la fois sur le plan douanier, sur le plan sanitaire et phytosanitaire" rappelle-t-on à Bercy. Suite à l'apparition d'une nouvelle variante du coronavirus qui inquiète l'Europe, la France a décidé dimanche soir de suspendre toute arrivée en provenance du sol britannique pour au moins 48 heures.

La France, principale porte d'entrée et de sortie entre le Royaume-Uni et l'UE

La position géographique de la France au sein du Vieux continent explique qu'une majorité des flux de personnes et de marchandises passe par son territoire. D'après des chiffres communiqués par le ministère de l'Economie, 30 millions de voyageurs circulent entre les deux rives de la Manche chaque année. "Il y a 5 millions de camions et autant de véhicules légers qui traversent la Manche. Et il y a 80% des flux routiers entre l'Europe et le Royaume-Uni qui passent par la France. Autrement dit, on a la principale frontière terrestre entre l'Union européenne et la France" ajoute l'entourage du ministre de l'Economie Bruno Le Maire. Si la pandémie a profondément bouleversé le trafic de voyageurs en 2020, l'arrivée du vaccin et la levée progressive à prévoir des mesures d'endiguement du virus pourraient à nouveaux booster les flux de personnes dans les mois à venir.

150.000 entreprises touchées

Du côté des entreprises, beaucoup d'incertitudes demeurent. Environ 150.00 entreprises françaises réalisent des échanges commerciaux avec le Royaume-Uni. "Dans l'ensemble, la préparation a pu démarrer tôt pour un certain nombre de groupes  qui sont très exposés au commerce avec le Royaume-Uni" indiquent les experts de Bercy. A l'opposé, beaucoup sont des PME qui n'ont pas forcément l'habitude et les moyens humains pour bien répondre aux nouvelles formalités administratives. Ce sujet a particulièrement inquiété les services administratifs de Bercy depuis plusieurs années. "A partir du premier janvier 2021, pour ces entreprises là, il y aura une forte mobilisation des services de l'Etat pour essayer de les accompagner. Depuis déjà plusieurs mois, beaucoup d'actions sont menées pour les sensibiliser à tous ces changements et leur rappeler qu'il fallait s'y préparer [...] Et pour les accompagner dans la bonne compréhension des nouvelles procédures, il y a eu beaucoup de réunions sur le terrain".

600 douaniers supplémentaires

Le renforcement des contrôles routiers et de l'application des barrières douanières a nécessité des recrutements dans le secteur public. Ainsi, ce sont environ 600 douaniers supplémentaires qui ont été recrutés ces derniers mois pour faire face à la hausse d'activité et 100 devraient arriver dans le courant de l'année 2021. Rien que pour les Hauts-de-France qui est la région la plus exposée, 270 douaniers ont été recrutés en renfort.

> Lire aussi : Brexit : l'heure des formalités a plus que sonné

Renforcement des contrôles aux frontières

Pour limiter les temps d'attente trop long et les frictions au moment des passages de marchandises, un système de code-barres a été mis en place. "Les ports de Calais ou, d'une manière générale, les ports de la toute la Manche de la mer du Nord sont tous concernés par le principe du franchissement de la frontière. Au moment où le camion prend son ticket pour embarquer dans un ferry ou dans une navette Eurotunnel, on vérifie qu'il a justement anticipé les formalités douanières. La modalité d'anticipation, c'est un code-barres qui est généré au moment où la formalité douanière est accomplie dans l'un des systèmes de dédouanements nationaux. Peu importe lequel, d'ailleurs", a expliqué l'administration des douanes lors d'une récente réunion avec des journalistes. Ensuite, "cette information là est remontée. Cela permet de comparer avec les informations que nous avons dans nos outils de dédouanement. Ce qui nous permet, pendant que le camion est en train de traverser la Manche, de faire notre travail de douaniers tout à fait classique". Au moment du débarquement, qu'il y ait un accord commercial ou pas, les formalités de passage de la frontière franco-britannique seront identiques et matérialisées par ce code-barres qui rendra son verdict : file verte, ou file orange si des contrôles sont nécessaires.

Un impact économique plus sévère pour le Royaume-Uni

Il est encore difficile d'avoir à ce stade une vision solide de l'impact macroéconomique du Brexit sur l'économie britannique et l'économie française. La plupart des économistes en Europe s'accordent à dire que les répercussions seront plus sévères de l'autre côté de la mer de la Manche. Chez Euler Hermes, les économistes rappellent que au Royaume-Uni, "le Brexit agira comme un frein au moment de la reprise post-confinement, avec un PIB toujours inférieur de 5% à son niveau d'avant crise à la fin 2022". La croissance pourrait accélérer de 2,5% grâce au stimulus fiscal (grâce aux dépenses supplémentaires dans les infrastructures et la baisse des taxes sur la consommation) qui ne devrait pas compenser totalement le coût du Brexit.

Du côté du ministère des Finances, "on estime que l'impact économique sera assez limité pour la France. Qu'il y ait un accord ou qu'il n'y ait pas d'accord, il sera principalement dû au rétablissement de ces contrôles qui vont ralentir les flux commerciaux. Donc, ça va quand même avoir un impact économique. On l'estime pour 2021 à 0,1 point de PIB. Ce n'est pas totalement négligeable, mais ce n'est pas un impact massif sur l'économie française". Les répercussions devraient être très localisées sur l'activité des communes portuaires avec le trafic de voyageurs et de marchandises ou encore les ports de pêche. "L'impact sera surtout concentré sur quelques secteurs. On a tout de suite en tête le secteur de la pêche, puisque, notamment s'il n'y a pas d'accord, les pêcheurs français n'auront plus le droit de pêcher dans les eaux britanniques et cela aura un impact localisé dans certaines communes sur la façade maritime française, qui sera très important pour certains".

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Commentaires
a écrit le 22/12/2020 à 10:54 :
et à la fin , ceux sont les allemands , néerlandais et autres belges qui capteront les flux commerciaux que faisait directement la France avec les anglais . bravo à nos lapins crétins qui s'obstinent à vouloir punir l'UK .
a écrit le 22/12/2020 à 10:10 :
Toujours se préparer au pire. Les européens auraient dû cesser les négociations voilà longtemps. Faire mariner les britanniques jusqu'en 2022 aurait été plus profitable pour tous.
Réponse de le 22/12/2020 à 19:18 :
La France aurait surtout pas du forcer la main du Royaume-Uni pour intégrer l'UERSS après sa tutelle au FMI.

Par ailleurs, les britanniques ont eu raison de vouloir divorcer pour faute avec l'UERSS car la belle Europe d'antan est désormais OBESE.

Tous les goûts sont dans la nature néanmoins je ne connais aucun homme prêt à épouser une femme obèse à la mobilité plus que réduite et l'espérance de vie très limitée...
a écrit le 21/12/2020 à 17:16 :
Pour éviter l'engorgement de nos routes il suffit d'appliquer une taxe à l'essieu des poids lourds en transit sur le territoire hexagonal en provenance ou à destination du tunnel sous la manche.
Réponse de le 22/12/2020 à 0:29 :
La taxe à l'essieu existe déjà et cela s'appelle du pétrole!

Par ailleurs, taxer les exportations britanniques rendront probablement moins compétitifs les produits importés du Royaume-Uni mais puniront surtout le consommateur français tout en poussant les importations non européennes source de pollution... qu'en pensent les ayatollahs de l'écologie?

Pire encore, les britanniques riposteront à toute attaque à leur souverainneté par des taxes réciproques et cela les poussera également à importer des produits non européens à court terme voir à subventionner une réindustrialisation à long terme à l'aide des recettes des taxes reciproques ce que la France n'ose faire pour se soumettre aux oligarques chinois.

J'ai honte d'être français au regard du comportement cupide et revanchard de ce pays... pour rappel la balance commercial du Royaume-Uni est déficitaire vis à vis de la France.
a écrit le 21/12/2020 à 15:36 :
Pas entendu parler du Beaujolais nouveau. Supplanté par le Covid 19. Même si pas terrible, à tout prendre, je préfère le Beaujolpif!
a écrit le 21/12/2020 à 14:50 :
Je pense que vu que le virus nouveau est arrivé cela devrait déjà bien les habituer à être isolés, le brexit semble déjà un problème lointain, et ce avec ou sans accord.
a écrit le 21/12/2020 à 13:23 :
Quel chaos ? C'est déjà le cahos, et ça c'est pour rester poli, car on pourrait tout aussi bien parler de chienlit pour faire référence au passé...ou plus prosaïquement de "Grand Merdier" à l'heure des réseaux sociaux.
Ceci établi, nous l'avons bien cherché, à marche forcée vers une mondialisation heureuse 😇
a écrit le 21/12/2020 à 13:06 :
une bonne chose bravo Macron! ça donnera-outre l' aspect sanitaire- une vision de ce qui attends les britanniques dupés par leur politicards sur la" ballade" du brexit...
avis aux amateurs frexit etc...ce n' est pas si facile de détisser 40 ans de liens et d'imbrication économiques.le peuple britannique va vite s' apercevoir qu ' il est le dindon de la farce Bojo +d'intérêts économiques privés -financeurs du parti conservateur-
il va fait les frais de la dévaluation compétitive de la livre sterling en payant plus cher les biens importés -notamment alimentaires boissons médicaments- et se verra fermer les marchés européens par les taxes imports (omc) et règles sanitaires, phyto-sanitaires inférieures...en tant que consommateur européen je ne suis pas prés d' acheter des produits agricoles, maritimes made in england et quelque soit son prix
Réponse de le 23/12/2020 à 6:58 :
@ Brehat.
Connaissez-vous la parabole de la paille et de la poutre ?
Pour ce qui concerne votre analyse pro micronniene elle est tout a fait d'actualite. Bravo a vous.

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