« Cela n’a pas de sens de vouloir réguler l’accès aux urgences » (Gérald Kierzek)
Lysiane J. Baudu
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Denis Allard/Leextra pour La Tribune
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À quoi est dû l'engorgement actuel des urgences en France ?
Gérald Kierzek- Au-delà d'éléments conjoncturels, Covid-19 ou bronchiolite, l'engorgement actuel est avant tout dû à des éléments structurels. La crise, avec plus de 20 millions de passages par an ces dernières années et plusieurs dizaines de services d'urgence contraints de limiter leur activité, est multifactorielle et trouve ses sources en amont comme en aval. En amont des urgences : la question de l'accès aux soins et de l'orientation des patients, et en aval : le manque de lits d'hospitalisation. Autrement dit, si les urgences débordent, c'est aussi bien parce qu'en amont, les médecins généralistes ne sont pas assez nombreux et eux-mêmes débordés, et en aval, du fait des restructurations et des fermetures d'hôpitaux et d'un management humain inadéquat. Associée à cela, la transition démographique pèse également. La population vieillit avec des pathologies cardiovasculaires et des maladies chroniques nécessitant une prise en charge hospitalière. Les personnes âgées ont, logiquement, de plus en plus de problèmes de santé qu'il faut gérer, et de poly-pathologies qui ne rentrent pas dans une case quelconque de spécialité, par définition. Je veux donc tordre le cou à l'idée que si les urgences sont encombrées, c'est parce que des patients n'ont rien à y faire et y ont abusivement recours. Ce phénomène, que certains qualifient de bobologie - on va aux urgences pour un petit bobo - ne concerne qu'un faible nombre de cas, à peine 20 %, selon les estimations de la Cour des comptes dans son rapport annuel de 2019. Il ne faut pas culpabiliser les citoyens avec cela ! Un service d'urgence se doit d'accueillir toute détresse - réelle ou ressentie - et offrir une réponse professionnelle. Le vrai problème vient des patients couchés sur des brancards, parfois pendant des heures ou des jours, en attente d'un lit d'hospitalisation.
Certains parlent de la nécessité de « réguler » l'accès aux urgences, qu'en pensez-vous ?
Lysiane J. Baudu