« Chaque territoire doit se poser la question de sa transformation » Patrice Vergriete, maire de Dunkerque

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Patrice Vergriete,  maire de Dunkerque et président de la Communauté urbaine de Dunkerque
Patrice Vergriete, maire de Dunkerque et président de la Communauté urbaine de Dunkerque (Crédits : DR)
Lors de la dernière édition des Assises européennes de la transition énergétique, qui se s’est tenue à Genève fin janvier, Dunkerque, qui les a instaurées il y a dix-neuf ans, a été une nouvelle fois récompensée pour ses actions en la matière. À cette occasion, nous avons rencontré Patrice Vergriete, maire et président de la Communauté urbaine de Dunkerque (CUD). Il détaille une démarche ancrée dans la durée, sur laquelle il mise pour figurer en 2019 parmi les lauréats de l’appel à manifestation d’intérêt TIGA (territoire d’innovation de grande ambition). Son leitmotiv : faire passer un bassin industriel du XXe siècle au XXIe siècle.

LA TRIBUNE - Comment est née l'initiative des Assises de la Transition énergétique ?

PATRICE VERGRIETE - La CUD a 50 ans, et je n'en suis que le troisième président, depuis 2014. Certes, cela a évolué au fil du temps, mais la problématique environnementale a toujours été au cœur de notre politique. La forte présence industrielle sur notre territoire n'est pas neutre en termes de risque industriel ou de santé publique. Par ailleurs, le territoire est fragile, sujet au risque de subversion marine et d'inondation. Par ailleurs, dès le milieu des années 1980 et la fermeture des Chantiers de France, nous avons été au cœur des grandes mutations de notre économie. Cette politique de développement durable, nous la menons à la fois par conviction, et en raison des éléments de sensibilité que présente notre territoire.

Dès la fin des années 1990, nous avons été attentifs à ces sujets visant à réconcilier l'économique, le social, la santé et le bien-être des habitants. Le lancement des Assises de la transition énergétique, qui cristallise aujourd'hui ces enjeux, illustre cette préoccupation. Dans les années 2000 nous avons cherché à étendre le concept au Sud de la France, et depuis quelques années, nous organisons cet événement en alternance avec Bordeaux. Grâce à l'intérêt du Grand Genève nous avons pu nous internationaliser dès cette année et nous étendre vers le Grand Est et la région Rhône-Alpes.

En quoi avoir été l'instigateur de cet événement influence-t-il votre politique au jour le jour ?

Je m'inscris dans une lignée, avec la responsabilité et les valeurs partagées que cela implique. Cela permet d'ancrer dans la durée cette culture visionnaire et d'entretenir une structure de coopération à l'échelle de la communauté urbaine. Lors des événements eux-mêmes, nous profitons de cette opportunité pour nous confronter à d'autres villes, pour avoir des échanges privilégiés avec des structures telles que l'Ademe ou l'Institut de la Ville durable (dont Patrice Vergriete est le président, Ndlr) et pour mettre en valeur le travail réalisé par les équipes. Ainsi, avec l'Ademe, nous travaillons à la création d'un référentiel sur l'économie circulaire et les déchets, en cours d'expérimentation sur plusieurs sites.

 Que signifie le renouvellement de votre label Cit'ergie Gold, déclinaison française des European Energy Award, créée par Ademe ?

Nous sommes aujourd'hui deux collectivités locales (avec la ville de Besançon, Ndlr), à avoir obtenu ce label au niveau Gold en France. Mais seule Dunkerque le reçoit à ce niveau pour la deuxième fois. Notre challenge se situe désormais au niveau européen, puisque nous sommes entrés dans le top 50. Cela nous permet d'identifier nos points forts et nos points faibles, dont certains que nous nous efforçons d'ores et déjà d'améliorer, comme les transports publics.(Tous les bus seront gratuits 7 jours sur 7 à compter de septembre prochain, Ndlr)

Qu'est-ce que la toile industrielle développée par l'agence d'urbanisme de Dunkerque (AGUR)?

 Ce projet, que j'ai moi-même lancé lorsque je dirigeais l'AGUR, a vocation à comprendre les interactions entre les industries locales, et en particulier les impacts que peut avoir la fermeture d'une usine, quelles sont les entreprises les plus touchées et avec lesquelles il faut travailler en priorité. Nous avons notamment utilisé la toile industrielle au moment de la fermeture de l'usine Sollac (ex. Usinor) ou de la raffinerie SRD (Société de raffinerie de Dunkerque). Le port s'appuie toujours aujourd'hui sur cette cartographie virtuelle.

Dans le contexte d'un écosystème industriel où les acteurs sont très dépendants les uns des autres, cela permet également d'identifier où nous avons des creux, quel industriel pourrait produire un « input » utile à un autre, et lequel pourrait utiliser celui produit par un voisin, etc.  Autant d'arguments qui facilitent le travail de prospection pour attirer de nouveaux acteurs sur notre territoire. C'est ainsi qu'Ecocem, qui est venu s'installer ici, utiliser les laitiers (co-produits de la sidérurgie, Ndlr) de l'usine ArcelorMittal. Mais surtout, la toile industrielle aide à anticiper les conséquences lorsqu'une entreprise tousse. Nous avons ainsi identifié que les deux grands secteurs dont nous sommes dépendants sont l'énergie (avec le terminal méthanier, la centrale nucléaire de Gravelines...) et, moins évident, l'automobile, via le poids de la sidérurgie, dont c'est le principal client. Or ce sont deux secteurs en profonde mutation.

Vous êtes candidat à l'appel à projets TIGA, de quoi s'agit-il ?

Cet appel à manifestation d'intérêt (AMI) bénéficiant d'une enveloppe de 450 millions d'euros sur dix ans, a été lancé par la CDC dans le cadre du programme des investissements d'avenir (PIA). Le cahier des charges doit être précisé en avril 2018, et le dépôt des candidatures clôturé en fin d'année. Dunkerque fait partie des 24 territoires qui ont été pré-sélectionnés le 4 janvier sur un total de 117 candidats. A ce titre, nous allons recevoir une enveloppe de 50.000 euros pour mener les études de reconnaissance. Les 10 lauréats définitivement choisis  bénéficieront chacun d'une subvention de 50 millions.

En quoi consiste votre projet ?

 Il s'agit de faire passer notre bassin industriel, marqué par les mutations de l'industrie lourde, du XXe au XXIe siècle.

Parmi les projets liés à la transition énergétique figurent l'extension de notre réseau de chaleur, la sensibilisation des citoyens ou encore l'incubateur Eura Energie - plateforme dédiée aux startups de l'efficacité énergétique et des énergies renouvelables lancées lors des Assises de 2016.

Nous menons par ailleurs déjà un travail sur la pollution de l'air avec Suez, ainsi qu'un projet autour du stockage hydrogène avec Engie dans le cadre de GRHYD.

Même si nous n'avons plus de raffineries, les entreprises implantées sur notre territoire ont un impact significatif. ArcelorMittal à Dunkerque, c'est 2% des émissions de gaz à effet de serre françaises ! Mais nous pourrions capter le CO2 en sortie d'usine et l'utiliser pour stocker la production du projet éolien offshore de 500 MW (dont l'opérateur doit être désigné en 2018, Ndlr) sous forme d'hydrogène.

 L'éolien offshore suscite parfois l'opposition des riverains, qu'en est-il à Dunkerque ?

P.V. De façon générale, peu de territoires montrent une telle culture et une telle acceptation de l'industrie. La population est réceptive à ce projet, à condition bien sûr de bénéficier de certaines retombées. On ne demande pas de subventions, mais il serait par exemple souhaitable de réserver une partie des emplois de maintenance à des locaux. Il y a 30 ans, l'industrie laissait une grande partie de la valeur ajoutée sur place. Aujourd'hui, la part captée par le territoire s'est réduite comme peau de chagrin : moins d'employés, donc moins de masse salariale et moins de participation à la vie locale en général. Si on y ajoute le désengagement de l'Etat, il en résulte pour la population locale  un sentiment d'abandon et une opposition à la mondialisation, voire à l'Europe.

La démarche que vous menez à Dunkerque est-elle reproductible dans d'autres territoires ?

Tout à fait. Ce qui est reproductible, c'est la question de fond : sur quoi repose mon bassin ? Comment va-t-il évoluer au cours des 15 à 20 prochaines années ? Quelles sont les mutations en cours ? Comment pouvons-nous les accompagner ? Au risque de disparaître, tous les territoires doivent se poser la question de leur transformation.

L'erreur de l'Etat, depuis quinze à vingt ans, consiste à prendre de l'argent aux bassins industriels au profit des métropoles, ce qui les empêche d'opérer leur mutation dans de bonnes conditions. Pourtant, il serait tout à fait envisageable de nous accorder des subventions sous conditions.

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Commentaires
a écrit le 11/02/2018 à 13:24 :
"utiliser le CO2 capté à la sortie de l'usine Arcelor Mittal et produire de l'hydrogène.", et bientôt la transmutation de plomb en or ... La seule méthode que je connaisse pour créer de l'hydrogène en impliquant du CO2, c'est à partir du méthane et le CO2 est un résidu du processus !!! Si l'auteur de l'article pouvait faire son travail et le compléter en indiquant la méthode employée ce pourrait être instructif.
a écrit le 11/02/2018 à 4:02 :
la France connait des bouleversements profond et si quelqu'un, politique ou chef(s) d'entreprise construisent des espaces (mot moderne pour parler de la salle ou on va s'assoir) cela peut être très interessant : je suis preneur de ce type de reflexion car les idées ne manquent pas surtout dans mon domaine de l'agriculture !!
a écrit le 10/02/2018 à 18:29 :
Pour se transformer en quoi? En aire de jeu pour se qui veulent se faire du fric? Changer les populations des territoires? Appliquer le dogme de Bruxelles? Ou, tout cela a la fois?
a écrit le 10/02/2018 à 18:09 :
LA SIDERUGIE A ENCORE DE L AVENIR VUE LE CHANGEMENT CLIMATIQUE IL VAS FALLOIR CONSTRUIRE DANS LES ZONES INONDABLES DES BATIMENTS ET DES MAISONS SUR PILLOTIE COMME LE FAISAIS NOS ENCETRES AUX BORTS DES LACS DE MONTAGE AUTREFOIS DES CITE LACUSTRES , et rien que sur paris et en bordure de mer il y vas y avoir du travail ? CERTAIN PAYS LE FONT DEJA???

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