Climat : gare à la dictature du prix du carbone

L'ue s'entend sur l'objectif de reduction des emissions de co2
YVES HERMAN

L'ue s'entend sur l'objectif de reduction des emissions de co2
YVES HERMAN
La plupart des acteurs économiques et des observateurs avertis plaident de longue date pour une tarification du carbone, qui plus est à un prix unique. Si l'on voit se multiplier ces dernières années les initiatives locales, parfois à grande échelle comme dans le cas de la Chine qui doit étendre son marché d'échange de quotas à l'échelle nationale dans les prochaines années, ce Graal du prix unique apparaît de plus en plus clairement hors de portée. Pour Antonin Pottier, ancien élève de l'École normale supérieure et chercheur au Cerna à l'École des Mines de Paris, , auteur de « Comment les économistes réchauffent la planète » au Seuil, l'hégémonie du prix unique du CO2 dans les théories économiques est très dommageable.
Pourtant, le prix du CO2 n'est pas l'alpha et l'oméga de la politique climatique. D'autres signaux seraient envisageables en matière d'information, de mobilisation des citoyens, de normes, de financement des investissements.
Ce qui prouve s'il en était besoin que ce n'est pas qu'une question de prix, mais aussi des politiques de formation, de constitution de filières artisanales et industrielles, des mécanismes de financement.
Pourtant, certaines choses évoluent dans le bon sens. Ainsi, la prise en compte de co-bénéfices, par exemple en matière de santé, de morts évitées, émerge peu à peu dans le débat et la lutte globale contre le changement climatique a aussi des conséquences locales positives, par exemple sur la qualité de l'air.
Les négociations onusiennes elles-mêmes ont changé de nature avec l'accord de Paris. Le protocole de Kyoto (1997) était fondé sur une approche centralisée. Par des échanges de quotas, il cherchait à répartir les efforts dans les pays où la baisse des émissions était la moins coûteuse. Mais il ne concernait que les pays développés (encore que les États-Unis ne l'aient jamais ratifié), et les pays en développement n'ont pas accepté d'étendre cette contrainte à leurs émissions.
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Tout n'est pas parfait pour autant.
D'une part entre les contributions annoncées par les États et ce qui serait nécessaire pour rester sous la barre des 2°C, mais aussi entre les contributions et les actions mises en œuvre.
Quant au prix unique du CO2 préconisé par les économistes, il se heurte à des obstacles, notamment politiques. « Faut-il continuer à répéter cette proposition qui a peu de chance d'être mise en œuvre ou tenter de faire différemment ? », s'interroge le chercheur.
Le marché européen des quotas (ETS) a montré ses limites, notamment pour gérer les imprévus tels que la crise économique de 2008, qui a généré une surabondance de quotas sur le marché et donc un effondrement du cours de la tonne.
Il soulève une question d'une autre nature : « sur un plan légal comment garantir l'évolution d'un prix sur « à ou 40 ans ? »
Pour autant, la conjonction de certains mécanismes aboutit de facto à des prix différenciés.
En revanche, la question qui se pose est de savoir comment coordonner ces différents dispositifs à l'échelle nationale et à l'échelle internationale pour suivre les trajectoires d'émissions promises.
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Les États poursuivent déjà plusieurs objectifs de concert, comme l'illustre parfaitement l'objectif européen 3X20 qui vise à la fois une baisse des émissions de gaz à effet de serre, une part des énergies renouvelables dans le mix énergétique et une diminution de la consommation.
Les acteurs infranationaux, notamment les territoires, sont moins sensibles au dogme du prix unique que le gouvernement national.
Les initiatives locales sont d'autant plus importantes qu'elles donnent de la fierté aux habitants.
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