Coronavirus : l'économiste Esther Duflo encourage la dépense publique

 |   |  511  mots
(Crédits : Reuters)
L'économiste Esther Duflo a appelé mardi à ouvrir grand les vannes de la dépense publique face à la crise sanitaire.

L'économiste Esther Duflo, prix Nobel d'économie 2019, a appelé, ce mardi, à ouvrir grand les vannes de la dépense publique pour restreindre les ravages économiques de la pandémie de coronavirus. Elle a aussi plaidé  pour un système d'imposition "extrêmement progressif" , c'est-à-dire devenant plus lourd au fur et à mesure que les revenus s'élèvent, afin de financer les systèmes de santé, et de soutenir les ménages modestes. "Quand on a une grosse crise de demande comme aujourd'hui, il faut injecter des ressources dans  l'économie", ce qui suppose pour les gouvernements qui le peuvent "d'emprunter massivement et de stimuler l'économie autant que possible", a insisté sur la radio France Inter Mme Duflo.

Lire aussi : Nobel d'économie: Esther Duflo, une manière radicale de repenser la lutte contre la pauvreté

La professeure au prestigieux MIT (Etats-Unis) a estimé que "c'est vraiment le moment keynésien par excellence", en référence à l'économiste anglais John Maynard Keynes qui avait prôné l'interventionnisme de l'Etat tous azimuts après la crise financière de 1929. "Il s'agit de savoir si on aura plutôt la crise de 2008 ou celle de 1929", qui avait durablement plombé l'économie mondiale, et "la différence viendra de la volonté de dépenser beaucoup d'argent aujourd'hui, de manière juste".

Emprunts à taux faible

Selon elle, "dépenser plus d'argent à la fois pour lutter contre le virus (...) et pour essayer de mitiger au maximum l'impact économique, cela fait économiser de l'argent en fait". Faute de quoi, la crise risque de devenir "plus mortelle, et d'un point de vue strictement financier, plus grave", avec un "effet boule de neige", et dans ce cas "on passe d'une récession à une dépression, dont les ravages économiques sont beaucoup plus forts et plus longs". L'économiste, spécialiste de la pauvreté, encourage les pays du G20 à soutenir les pays moins développés, moins armés face à l'épidémie, et pointe les incertitudes sur la "sortie de crise" - notamment sur la vigueur de la reprise de la consommation,  facteur qui déterminera "l'ampleur finale du désastre économique".

Lire aussi : Sous pression, les banques bénéficient d'assouplissements réglementaires inédits

Esther Duflo a par ailleurs balayé les craintes sur l'endettement public : pour l'heure, les gouvernements "peuvent emprunter à taux extrêmement faibles" et "si on a beaucoup d'argent à dépenser, on a aussi beaucoup de temps pour rembourser""Il n'y a absolument pas à s'inquiéter de la facture pour l'instant, c'est le dernier de nos soucis", insiste-t-elle, mettant en garde contre un retour prématuré à "une orthodoxie un peu frileuse" sur les déficits.Pour Mme Duflo, la crise serait l'occasion d'encourager un système d'imposition "extrêmement progressif" dans les pays développés:  "Comment financer à la fois les transferts aux plus pauvres, qui leur permettront de soutenir leur consommation, et les systèmes de santé qu'il va falloir reconstruire?  Le financer par l'impôt sur les hauts revenus (...) semble le moyen le plus raisonnable et le plus réaliste".

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 01/04/2020 à 19:30 :
Mme Duflot, merci de ne pas mettre de l'huile sur le feu !!
Après 1929, j'espère que vous ne me contredirez point, les dizaines de millions de chômeurs n'étaient pas indemnisés, les bques ayant fait faillite pour la plupart, celles qui restaient étaient en mode survie et ne distribuaient pas de crédit.
Aux USA, la consommation était dc à l'arrêt, y compris la consommation de base alimentaire ruinant une gde partie des petits agriculteurs américains héros du roman " les raisins de la colère" de Steinbeck et générant des émeutes de la faim ds les gdes villes.
Le New deal de Roosevelt à partir de 33 a servi surtout à remettre au boulot ces hordes de chômeurs par une politique de gds travaux, une garantie sur les prix des produits agricoles et un début de protection sociale ( Wellfare State).
Une économie de guerre après la débâcle franco anglaise de 40 est venue compléter tt ça.
l'Amérique ppal acteur industriel et financier mondial panique et exporte sa déflation en 1930 en fermant ses frontières et en rapatriant ses avoirs ce qui entraîne l'effondrement du commerce international et du système bancaire européen.
Résultat : 40 millions de chômeurs non indemnisés entre l'Europe et les US...
Cette crise s'est éternisée 11 ans, jusqu'au démarrage du soutien de l'effort de guerre britannique à partir de 40 et a permis l'avènement du nazisme qui a combattu entre autres, cette crise très marquée en Allemagne par une politique impérialiste d'annexion des pays "frères", à l'origine de la 2eme guerre mondiale.
2008, est heureusement très loin de tt ce chaos, avec le soutien de l'ensemble des Etats de l'OCDE à leur système bancaire, relayés par les bques centrales. Présence du FMI et de la bque mondiale pour aider les pays tiers. Avec un poids industriel réduit au profit de la Chine, l'économie US a un besoin vital du commerce mondial pour écouler surtout sa surproduction agricole et sa hte technologie et rapatrier ses $ autrement que par la dette ds un contexte de déficit budgétaire abyssal. 22 millions de chômeurs tt de même ds le monde, mais la plupart indemnisés et des protections sociales un peu partout...
2020 même combat ?? On peut l'envisager raisonnablement malgré une cause totalement différente mais qui n'a pas mis l'ensemble du système financier en péril.
2 blocs industriels mondiaux, l'UE et la Chine associés à ttes les économies asiatiques ( dt l'Inde) qui ne veulent surtout pas un effondrement du commerce international, le poids croissant de l'Euro comme monnaie d'échange. Et cerise sur le gâteau, le pic de l'épidémie qui semble atteint pour l'Italie et l'Espagne, les 2 pays les plus impactés en nbre de décès et en contamination.
Dc, Mme Duflot, un petit vent d'optimisme de votre part serait la bienvenue.
a écrit le 31/03/2020 à 21:06 :
Vivement que les pays du G20 tiennent compte. Ce qui se décime risque de dépasser la crise de 1929.
a écrit le 31/03/2020 à 20:18 :
Encore une fois, c'est n'importe quoi, Keynes nous a sorti de la crise de 29 en relançant l'activité par des investissements massifs (barrage, autoroutes, logements, réseaux etc...) et non de stupides dépenses de consommation qui finirons dans la poche des chinois.
a écrit le 31/03/2020 à 17:48 :
Réponse à la réponse de MDR :
C'est vous qui avez "tout faux" comme vous dites. Tout le monde sait que le Nobel de Maths n'existe pas (c'est la médaille Fields qui le remplace avantageusement). Mais le prix Nobel d'Economie n'a pas été approuvé par Nobel. Il a été créé par une autre institution : La Banque Centrale de Suède (une banque centrale : c'est tout dire !), bien après la mort de Nobel : juste après 1968 …
PS : Si Charlotte est de la famille Corday, je suis déçu car je la croyais hostile à la logique meurtrière des soi-disant "amis du peuple" parmi lesquels Adolf qui fut un zélé partisan de l'indiscipline budgétaire. Apparemment, seuls les allemands ont bien compris la leçon.
a écrit le 31/03/2020 à 16:38 :
Je croyais qu'elle était déjà trop élevée. Elle se traduira ensuite par une dépense privée qui ira tout droit dans les arcanes de l'état avec au passage un prélèvement pour les fonctionnaires.
a écrit le 31/03/2020 à 15:55 :
Sauf que : La théorie de Keynes suppose que la dépense soit une dépense d’investissement en infrastructures productives,ou utiles à la production, et non de financements de la consommation, et ce n'est pas du tout la même chose. Rouler pour Macron dans l'espoir de récolter une prébende est une chose mais ce n'est pas une raison pour dire n'importe quoi.
a écrit le 31/03/2020 à 15:32 :
Il suffit donc de poursuivre sans changement la politique des années précédentes.Avec le succès que l'on connait aujourd'hui.Bravo mme Duphlo!
Réponse de le 31/03/2020 à 19:38 :
Effectivement, en France Keynes est roi depuis 40 ans. Si on écoute Cécile Duflot, il faudrait Keynes à la puissance 2 ou même infini, c.a.d que l'argent coule à flot, mais généralement nous coulons avec.
Réponse de le 15/04/2020 à 18:40 :
Réponse à Tototiti :
Alors déjà il s'agit d'Esther Duflo (sans t) et non Cécile Duflot, et ensuite, elle est prix Nobel d'économie donc je pense qu'elle sait de quoi elle parle.
J'ai lu plusieurs de ces livres ou interventions et sa pertinence vient du fait qu'elle fonctionne sur le modèle scientifique hypothèses/expérimentations/résultats/analyses/preuves
a écrit le 31/03/2020 à 15:09 :
C'est la prise de position actuelle de la finance mondiale, on aide les entreprises afin que l'argent conserve quelque peu de valeur, mais cela serait bien plus intelligent, productif et vertueux de le distribuer aux consommateurs directement qui grâce au ruissellement des richesses, le seul qui existe à savoir de bas en haut, une des raisons pour lesquelles l’État a été créé au final mais qui s'est totalement perdue dans la compromission politico-affairiste, permettrait de rallumer de suite l'économie avec un enrichissement ciblé chirurgicalement.

Mais bon les dragons célestes et l'intelligence...
a écrit le 31/03/2020 à 15:08 :
Le keynésianisme n'a jamais fonctionné. C'est le réarmement allemand (débouché miraculeux pour l'amérique en crise depuis 1929) et la seconde guerre mondiale (reconstruction + valorisation des inventions nées de la guerre) qui ont sorti le monde de la crise économique.
Mais Keynes s'en fichait puisqu'il considérait que "A long terme nous serons tous morts", un slogan qui convient parfaitement aux partisans du "mourir ensemble".
a écrit le 31/03/2020 à 14:58 :
On comprend pourquoi Nobel refusait qu'il y ait un prix nobel d'économie. Il savait qu'il ne faut pas laisser les dingues utiliser des explosifs.
Réponse de le 31/03/2020 à 15:33 :
tout faux.... c'est le prix Nobel de mathématiques qui n'existe pas.

"Citoyen Bara, il est temps de prendre votre bain..."
Signé: Charlotte.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :