Déserts médicaux et tensions à l'hôpital : la télémédecine est-elle la solution ?
Emilie Guédé
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Après l'incroyable boom des deux premiers confinements, la téléconsultation est entrée dans les habitudes des patients comme des médecins. Ces consultations face caméra sont passées de 140 000 en 2019 à plus de 18 millions en 2020. Depuis le soufflet est un peu retombé et elles représentent désormais 5% des consultations. Sous le coup d'accélérateur donné par la crise sanitaire la télémédecine a aussi révélé dérives et limites dans un « Far West des téléconsultation» dénoncé sur TF1 par le patron de l'Assurance maladie, Thomas Fatôme.
Pour remettre un peu d'ordre, le gouvernement a profité du dernier projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), en cours d'examen au Parlement. Désormais, les sociétés de télémédecine devront recevoir un agrément pour facturer les actes à l'Assurance maladie. Autre tour de vis, la fin du remboursement des arrêts de travail délivrés à distance, sauf ceux prescrits par le médecin traitant ou un praticien consulté moins d'un an auparavant. Certains députés voulaient même aller plus loin et imposer la présence d'un professionnel de santé auprès du patient lors de la téléconsultation, mais l'amendement n'a pas survécu à la troisième activation du 49-3.
En toile de fond, la crainte de voir fleurir des télécabines médicales dans les supermarchés, un pas déjà franchi notamment par Monoprix. « Un certain nombre de plateformes de téléconsultation s'installent un peu partout sur le territoire, répondant à des principes commerciaux, indépendamment des besoins de soins, observe le docteur Franck Devulder, président de la CSMF, premier syndicat de médecins libéraux. Si une entreprise veut implanter une cabine de téléconsultation dans un bassin où l'offre de soins est déjà parfaitement orchestrée, dont acte. Mais elle ne devrait pas donner droit à un remboursement de l'Assurance maladie, c'est-à-dire avec nos cotisations sociales ».
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Depuis la généralisation du remboursement des téléconsultations, en 2018, les opérateurs se sont multipliés sur le marché français. Un marché estimé entre 3,7 et 5,4 milliards d'euros par l'Institut Montaigne et Mc Kinsey (en incluant téléexpertise et télésurveillance). La palette de solutions va de la mise en relation en vue d'une consultation par une interface dédiée (comme Doctolib ou Qare, par exemple), à l'installation de bornes ou des fameuses cabines médicales connectées (notamment Medadom, Tessan, ou H4D). Jonathan Ardouin directeur général de Livi France avance : « En médecine générale, un peu plus de 60% des cas peuvent être traités en téléconsultation, à condition que le médecin soit formé et l'anamnèse (interrogatoire médical portant sur le problème du patient et ses antécédents ndlr) bien faite. Notre approche combine physique et digital, en travaillant avec des offreurs de soins dans les territoires, centres de santé ou hôpitaux. Si une consultation physique est nécessaire, après une téléconsultation, nous pouvons orienter le patient pour un suivi près de chez lui, en transmettant le dossier médical et éventuellement une lettre confraternelle. La continuité des soins peut exister avec deux médecins différents ». Cette filiale du groupe Suédois Kry propose des consultations à distance avec 500 généralistes et spécialistes qu'elle salarie, et a aussi ouvert des centres de santé, notamment avec le groupe d'hospitalisation privée Elsan. Selon ses statistiques, la téléconsultation éviterait un passage aux urgences pour 22% de ses utilisateurs. La plateforme participe aussi plus directement à la régulation à travers des partenariats avec des Centre-15 pouvant réorienter vers une téléconsultation.
Emilie Guédé