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Emmanuel Macron : « Ce n'est pas parce qu'il y a des échéances politiques qu'il faut s'arrêter de réformer »

Photo de Philippe Mabille

Propos recueillis par Philippe Mabille

Publié le 15 avril 2015 à 09:12 - Mis à jour le 15 avril 2015 à 15:23

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Lundi soir, à l'occasion du Forum "1000 startup pour changer le monde", Emmanuel Macron, Ministre de l'Economie, a insisté sur sa volonté d'accélérer les réformes, qu'il s'agisse d'une simplification du droit du travail, de fiscalité sur les plus-values lorsqu'elles sont réinvesties dans des jeunes entreprises et mais après 2017, de la façon dont est pris en compte l'outil de travail dans l'ISF.

LA TRIBUNE - La loi Macron, c'est plus facile au Sénat avec la droite libérale qu'à l'assemblée avec une gauche réticente face aux réformes qui vous a contraint à utiliser l'article 49-3 ?

Emmanuel Macron - Non, ce qui est dur, quand on fait des réformes, c'est de s'attaquer à des intérêts acquis. Il n'y a pas de parti politique pour ça. Chacun a ses intérêts acquis, il a y a des sensibilités plus à gauche, pour certains, plus à droite pour d'autres... Mais quand on porte une cohérence, une envie de bouger les choses et de déplacer les lignes, de donner plus de droits réels à celles et ceux qui sont hors du système, qui veulent créer une entreprise, qui veulent travailler ou qui veulent investir, cela peut paraître dur [de réformer], mais c'est toujours moins dur que pour celles et ceux qui sont dans la vraie vie et qui voudraient bien ouvrir la porte. Donc je n'ai pas d'état d'âme...

Pourriez-vous commenter cette citation de Paul Ricœur, le philosophe dont vous avez été l'assistant avant d'entrer en politique ? « Le désir est cette espèce d'esprit d'entreprise qui monte du corps au vouloir et qui fait que le vouloir serait faiblement efficace s'il n'était aiguillonné d'abord par la pointe du désir ». C'est cela votre message quand vous nous dites ayez confiance, ayez envie ?

Oui. Il y a quelque chose dans ce qu'on appelle la volonté qui relève de l'irrationnel, qui est-ce qu'en philosophie on appelle une passion, le désir en l'espèce. C'est cette envie d'accéder à quelque chose d'autre. Et donc en effet, pour qu'il y ait une force motrice qui vous fasse aller de l'avant, de manière parfois irrationnelle contre l'adversité - je crois que c'est ce que vivent tous les entrepreneurs -, qui est à la fois ce qu'il y a de plus beau, mais de plus dur, qui justifie parfois que l'on se sente extraordinairement seul, pour garder toujours cette énergie qui vous pousse de l'avant, il faut en effet cette pointe de désir.

C'est une petite passion que l'on a au cœur. On peut aussi appeler cela l'enthousiasme qui, étymologiquement, veut dire « emporter le petit dieu en soi », c'est l'énergie motrice qui vous emporte. Il y a toujours quelque chose d'irrationnel quand on mène une entreprise. Et le désir d'entreprendre, il n'est pas que rationnel. Il n'est pas qu'un principe mécanique qui fait qu'on avance et qu'on met un pas devant l'autre. Il y a cette folle énergie résolument irrationnelle qui veut non seulement qu'on avance, mais aussi qu'on aille vers des terres inconnues de beaucoup d'autres.

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Est qu'il est vrai qu'entre l'Élysée et Bercy, vous avez aussi eu le désir d'entreprendre. On a parlé dans les médias de votre projet de lancer une startup dans l'éducation en ligne...

Oui c'est vrai, j'ai eu cette envie. On peut dire que le président de la République m'a sauvé de ces affres en me projetant dans quelque chose qui est moins entrepreneurial, quoique, tout dépend de ce qu'on en fait. J'ai eu cette envie, forte, et c'est pour cela que j'ai beaucoup d'admiration pour celles et ceux qui le font ou qui l'ont fait parce que je sais que c'est très dur. C'est beaucoup plus dur que la plupart de ce que l'on fait dans la vie politique ou administrative. Parce que prendre ce risque, passer ces heures et ces semaines et ces mois en partant d'une feuille blanche, c'est un acte de création. Il y a dans l'acte de créer, son entreprise comme une œuvre artistique, une détermination, un courage une ténacité qui sont relativement inédite.

Il y a dans l'acte de réformer aussi un besoin de courage. Vous avez dit récemment en Allemagne qu'en France, on protège trop les entreprises et les emplois d'hier et qu'on ne dynamise pas assez l'économie pour les entreprises et les emplois de demain. Qu'est-ce que vous allez faire pour concrétiser ce désir même si c'est toujours plus difficile dans une période où la France ne fait que commencer a sortir de la crise ?

Je crois qu'on a tous collectivement le rôle de convaincre et de faire cette révolution culturelle dont notre pays a besoin. Ce à quoi vous faites référence, je l'ai dit devant les étudiants de la Hertie School. On a trop tendance en France à vouloir protéger les emplois plutôt que les personnes. Pour protéger quelqu'un, on veut que son emploi ne bouge plus parce qu'on reste projetés collectivement dans l'économie d'hier où on entrait à 20 ans dans une entreprise où on passait toute sa vie. On progressait, mais son emploi restait le même. Le plus important aujourd'hui, c'est de protéger les personnes. On a un système formidablement efficace et ambitieux à ce titre, et il faut le préserver. Je ne fais pas partie de ceux qui pensent qu'il faut tout mettre par terre, tout libéraliser, qui pensent que la France est un pays asphyxiant où on ne peut rien faire. Au contraire, il y a un système de santé, de retraite, d'éducation ambitieux, même si on peut encore en améliorer les performances. Par contre, il ne faut pas qu'on le double d'une forme de résistance à tout changement.

Et donc, parce qu'on bénéficie de ce système protecteur, qu'on peut améliorer avec de la formation tout au long de la vie, on a le droit et même le devoir collectivement d'essayer de prendre plus de risques. Et prendre plus de risques c'est reconnaître qu'il y a des pans de notre économie qui sont en transition et qu'il y en a d'autres qui émergent. Or, c'est beaucoup plus dur d'émerger. Tout le travail de réforme que nous entreprenons doit conduire à aider les nouveaux modèles à émerger. C'est ce qu'on est en train de faire en ouvrant certains secteurs à la concurrence, en reconnaissant aussi toute sa place au numérique : c'est le sens du projet que nous allons présenter dans quelques mois, qui est de dire qu'il y a certains secteurs qui nécessitent de clarifier les règles pour qu'on leur donne une place pleine et entière, qu'on aide à la création d'emplois et d'activité dans ces secteurs.

Et puis on a besoin de simplifier. Simplifier notamment certaines normes du droit du travail. Pas en enlevant des droits, mais en considérant que ce qui est complexe n'est pas forcément mieux. On a besoin de simplifier pour les plus petits et les plus jeunes, sur le plan fiscal, sur le plan de la réglementation et du droit du travail. Ces réformes sont fondamentales si on veut que notre économie aille plus vite et s'adapte plus facilement à ces changements dans un monde de la disruption, tout en gardant cette exigence d'un modèle social plus protecteur pour celles et ceux qui tombent. On a en France un modèle de la deuxième chance qui nous distingue de certains autres pays. Moins de gens dans la rue, moins de travailleurs pauvres, c'est une force pour notre pays, mais il ne faut pas qu'elle conduise une réticence à tout changement. On a en tout cas grâce à ce système les moyens de prendre beaucoup plus de risque.

Est-ce que vous allez prendre plus de risques politiques pour essayer de concrétiser ces propos malgré une période électorale propice à l'immobilisme ?

Est-ce que pour un entrepreneur, il y a des semaines qui facilitent plus la création que d'autres ? Pas sûr. Il y a toujours un bon prétexte...

Pour ne rien faire...

Voilà... Ce n'est pas parce qu'il y a des échéances politiques ici ou là qu'il faut s'arrêter. Le pays a besoin de ces réformes. Je crois qu'il y a une aspiration à ce qu'on déverrouille, à ce qu'on ouvre, à ce que ça change. Il y a un peu plus de deux ans jusqu'à la prochaine élection présidentielle. Je ne sais pas combien de temps durera ma fonction, par définition, mais tout le temps où j'y serais, je continuerai à courir le plus vite possible.

À propos de la taxe à 75 % -qui a disparu désormais-et qui a participé à l'élection de François Hollande, on vous a attribué une formule que vous n'avez jamais contestée, « c'est Cuba sans le soleil »... Si vous deviez prendre une ou deux mesures fiscales vraiment efficaces, pas idéologiques pour aider les entrepreneurs, pour orienter l'argent de ceux qui réussissent pour qu'il soit réinvesti en France, quelles seraient-elles ? Il y a eu par exemple l'affaire des pigeons à propos des plus-values et certains demandent au gouvernement d'aller un peu plus loin pour déverrouiller le capital-risque...

Ce gouvernement a une caractéristique. Il a décidé dans le cadre du pacte de responsabilité de prévoir jusqu'à la fin du quinquennat ce qu'il fera sur le plan fiscal. Beaucoup de choses ont été faites. Sur les plus-values mobilières, ce qui est fondamental pour les créateurs d'entreprise, il y a eu une correction vers un système compétitif, avec une prise en compte de la durée de détention. Alors, je sais qu'il y a un sujet : pour ceux qui vendent dans un très court laps de temps, le système en vigueur n'est pas encore pleinement satisfaisant. C'est là-dessus que l'on peut sans doute continuer à travailler, je suis d'accord, car c'est un point clef pour les startups.

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Sur les entreprises, en général, le pacte prévoit des allègements de charges et d'impôts jusqu'à la fin du quinquennat. Tout cela a un coût. Personne avant nous n'avait fait le choix de réaliser en trois ans 50 milliards d'euros d'économies et 40 milliards d'euros d'allègement des prélèvements fiscaux et sociaux. Il faudra sur les startups continuer à réfléchir sur les plus-values et aussi sur l'exit taxe qui devient contre-productive. Il y a une autre chose, que l'on ne fera pas dans les deux ans qui viennent, et qui concerne la façon dont on prend en compte l'outil productif et donc les actions qu'on détient dans son entreprise à travers le temps dans le calcul de l'ISF. Car si cet impôt contribue à la justice fiscale, il faut aussi tenir compte de la concurrence fiscale européenne et on sait bien qu'il y a encore trop d'évasion fiscale et que cela pénalise ceux qui prennent des risques dans la création d'entreprises et l'investissement en action. C'est une réflexion qu'il faut avoir.

Propos recueillis par Philippe Mabille

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