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ÉconomieFrance

Euro et inflation : mythes et réalités

Photo de Fabien Piliu

Fabien Piliu

Publié le 26 mai 2017 à 12:38 - Mis à jour le 26 mai 2017 à 18:40

Le Quotidien Numérique

13 juin 2026

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La hausse des prix a-t-elle accélérée depuis la mise en circulation de l'euro ? Certains le pensent. Une étude de l'Insee fait un point sur la question.

Depuis 2002, la question agite les débats de comptoir : les prix ont-ils explosé depuis l'avènement de l'euro en 2002 ? Une étude dévoilée mercredi par l'Insee détaille la variation des prix depuis cette date. Et...

Selon l'Institut, les prix à la consommation ont augmenté de 1,4% en moyenne par an. "C'est nettement inférieur au rythme moyen de l'après-guerre au milieu des années 80 (+10,1% par an en moyenne). C'est aussi un peu moins qu'au cours des quinze années précédentes (+2,1% entre 1986 et 2001), période au cours de laquelle le contre-choc pétrolier, les baisses de TVA, les politiques de convergence et de stabilité des prix, suite au traité de Maastricht, avaient permis d'entrer dans une phase d'inflation modérée qui dure encore", détaille cette étude, précisant que cette hausse est comparable à celle mesurée en moyenne dans la zone euro sur la même période (+1,7% en moyenne par an).

La périodes des Trente glorieuses est révolue

Après avoir rappelé que les rythmes d'inflation fluctuaient beaucoup lors des Trente glorieuses, impactés par les mesures de contrôle et de régulation des prix, l'Insee constate que la période actuelle se caractérise par de faibles fluctuations de prix d'une année sur l'autre.

De fait, au cours des quinze dernières années, l'inflation n'a dépassé le seuil de 2% qu'à quatre reprises (2003, 2004, 2008 et 2011), avec des causes extérieures souvent bien identifiées. Ce fut le cas en 2003, 2004 et 2008 lorsque des variations de conditions climatiques ont stimulé les prix des produits alimentaires frais. Ce fut aussi le cas en 2008 et en 2011 lorsque, sous le coup des incertitudes géopolitiques, les cours du brut se sont envolés.

"Inversement, l'inflation a quasiment stagné en 2009, 2015 et 2016, avec à chaque fois un effet prépondérant du repli des cours internationaux de matières premières, notamment du pétrole", observe l'Insee, précisant que depuis 2002, l'indice d'inflation sous-jacente, qui exclut ces composantes volatiles de l'indice des prix, est lui aussi devenu peu fluctuant et modéré (+1,2% en moyenne depuis 2002, +0,5% depuis 2013).

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Un risque de déflation

Le niveau d'inflation fut alors si faible que, lors des années récentes, c'est le risque déflationniste qui était fortement envisagé. Il aurait fallu que les salaires reculent pour créer une situation de déflation.

"Dans cette perspective historique, l'inflation des années qui ont suivi le choc du passage à l'euro au 1er janvier 2002 n'a pas été atypique. La conversion en euros des prix en francs a certes entraîné une hausse des prix, via notamment le basculement vers de nouvellesgrilles tarifaires psychologiquesen euros. Mais les évaluations menées à partir des données microéconomiques de prix ont conclu à un impact modéré du passage à l'euro, de l'ordre de +0,1% à +0,2% sur les prix", précise l'étude, citant ses travaux économétriques précédents.

Une perception biaisée ?

Pourtant, il existe une différence très nette entre les variations des prix à la consommation et la perception de celles-ci par Monsieur-tout-le-monde, probablement accentuée par le fait que les salaires ont quasiment progressé à un rythme inférieur à celui de l'inflation.

L'Insee avance deux explications.

"Cette divergence entre mesure et perception a longtemps perduré et ne s'est résorbée qu'au cours des années récentes. Plusieurs explications de cet écart persistant ont été avancées. Tout d'abord, l'indice des prix à la consommation se réfère à un panier de consommation moyen alors que les consommateurs retiennent probablement leur propre structure budgétaire. L'évolution des prix calculée avec des paniers différents de consommation (ceux d'un ouvrier ou employé urbain, par exemple) diffèrent cependant peu de l'inflation moyenne au cours des quinze dernières années. Ensuite, les ménages accorderaient plus d'importance aux prix en hausse qu'aux prix en baisse ou stables car ce sont les premiers qui peuvent constituer une menace pour l'équilibre de leur budget."

L'Insee avance une autre explication : le consommateur observe d'autant mieux les variations de prix que les produits sont achetés plus fréquemment. Ainsi, il est par exemple plus particulièrement sensible aux hausses du prix du pain qu'aux baisses des appareils électroménagers. Réalisée en 2002, une précédente étude de l'Insee a montré que l'effet d'arrondi lors du passage à l'euro a été nettement haussier pour les produits fréquemment achetés. Il a été de +0,3 point sur le pain et la pâtisserie, de +1,5 point pour la consommation dans les cafés, entre autres, mais légèrement baissier pour les gros appareils électroménagers.

"Enfin, la divergence accrue entre mesure et perception pourrait résulter de ce que les ménages ont gardé ancré dans leur mémoire le dernier prix connu en francs : ainsi pour la baguette, par exemple, ils auraient tendance à comparer son prix actuel (0,87 euro en moyenne) à son dernier prix de 2001, d'en moyenne un peu plus de 4,30 francs (0,66 euro). Par nature, cet écart s'amplifie au fil des ans à mesure que la date du passage à l'euro fiduciaire s'éloigne ; un tel ancrage dans le temps n'est susceptible de se produire qu'à l'occasion d'un changement de monnaie", poursuit l'étude.

De fait, la hausse de 32% sur le prix de la baguette depuis le passage à l'euro pourrait sembler anormalement élevée. Mais elle correspond en fait à une hausse annuelle moyenne de seulement 1,9% par an. Une progression certes un peu plus rapide que l'inflation d'ensemble mais sans rupture brutale par rapport à la décennie précédant le passage à l'euro.

Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan ont eu tort

Cette mise au point est utile car elle permet de combattre les idées reçues sur l'euro, qui peuvent nourrir le sentiment anti-européen.

Le 7 février 2012, suivi par plusieurs journalistes, Nicolas Dupont-Aignan, le candidat de Debout la République faisait ses courses dans un supermarché de Lille. A sa manière, il souhaitait ce jour-là célébrer le vingtième anniversaire de la signature du Traité de Maastricht. De quelle manière ? En montrant la différence entre le contenu des deux chariots qu'il avait remplis : le premier tel qu'il aurait été si la France avait conservé le franc ; le second avec les produits aux tarifs d'alors.

Selon lui, le second était deux à trois fois moins rempli que le premier, ce qui lui permettait d'aboutir à la conclusion suivante : "Le passage du franc à l'euro a facilité une hausse des prix scandaleuse ", tout en dénonçant "l'arnaque" provoquée par la monnaie européenne.

Il n'est pas le seul à s'en prendre à l'euro. Avant lui, Jean-Marie Le Pen, lorsqu'il était à la tête du Front national, puis sa fille Marine ont également attaqué la monnaie européenne.

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Le 24 mars 2017,  Marine Le Pen a une nouvelle fois fait de l'inflation un sujet de campagne. "Je le dis solennellement à cette antenne : les prix ont explosé quand on est passé à l'euro", a asséné la candidate du Front nationale à l'élection présidentielle. On sait désormais que Marine Le Pen, comme son allié Nicolas Dupont-Aignan, avaient tort.

Fabien Piliu

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