Alors que le nombre d’enfants à la rue n’a jamais été si élevé en France, nous sommes allés à la rencontre de familles sans abri qui tentent avec difficulté d’échapper au froid.Que va-t-elle faire de sa vie ? Regard dans le vague, la petite fille tient dans ses bras un ours en peluche. Dans l'immédiat, se protéger du froid, trouver de quoi se nourrir, tenter de dormir. L'avenir attendra. Assise sur une couverture posée sur le sol gelé, Erisa regarde passer les voitures qui frôlent la tente où elle s'abrite avec ses parents. Il neige à Lyon.
Leur voyage ressemble à une fuite
Les passants du quartier Jean-Macé marchent d'un pas pressé, lui jetant parfois un regard surpris. Neuf ans et sans logement. Le bitume pour seul horizon, l'ennui comme seule occupation. Arrivée d'Albanie il y a trois mois, elle s'est installée avec ses parents sous un pont où campent d'autres SDF. Les raisons de leur départ d'Albanie sont floues. Denisa, la mère, évoque des maltraitances, les yeux embués de larmes. Quand sa fille s'inquiète, elle lui promet : « Plus tard tu auras une belle vie. »
Leur voyage ressemble à une fuite, en bus, via la Serbie, la Hongrie, puis l'Allemagne. L'installation sur ce bout de trottoir où nous les rencontrons s'est faite dans la violence. Une agression au couteau a marqué la petite. Au commissariat le plus proche, où ses parents ont porté plainte, les policiers ont indiqué une école élémentaire où l'enfant pourrait être scolarisée. Erisa est depuis peu inscrite en classe de CM2 et suit des cours de violoncelle le mercredi après-midi avec d'autres élèves. Les enseignants se sont mobilisés pour lui permettre de passer les nuits avec ses parents dans l'enceinte de l'école, sur des lits de camp, au chaud.
Un réconfort précaire. La journée, la famille retrouve la rue. Denisa a adressé une demande d'asile aux services de l'État et, dans l'attente d'une réponse, perçoit une allocation de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en moyenne 400 euros par mois et par ménage. Pour nourrir Erisa, elle sollicite les Restos du cœur ou le Secours catholique. Plusieurs fois, elle a appelé le Samu social, au 115, sans que lui soit proposée de solution d'hébergement, faute de disponibilité dans les hôtels sociaux et foyers de la région.