
Écoles et services publics fermés, métros et trains fortement perturbés, avions cloués au sol, raffineries en grève ... la journée de ce mardi 7 mars promet d'être particulièrement difficile pour les usagers. D'autant plus que les routiers sont entrés dans la danse, et organisent des blocages et barrages filtrants depuis dimanche soir.
Plus de 200 rassemblements sont prévus dans l'Hexagone ce mardi. A Paris, le cortège ira de Sèvres Babylone à la place d'Italie. Les syndicats, unis en intersyndicale, jettent toutes leurs forces dans la bataille contre la réforme des retraites, en appelant à "mettre la France à l'arrêt".
L'intersyndicale tient bon...
Pour l'heure, l'entente entre tous les syndicats ne s'est pas fissurée, contrairement au pari que faisait, en coulisses, le gouvernement au début du conflit. Entre une CFDT habituée à la négociation, et une CGT réputée jusqu'au-boutiste, l'exécutif ne pensait pas que l'entente entre Laurent Berger et Philippe Martinez tiendrait.
Mauvais calcul : les deux chefs de file syndicaux restent unis dans leur combat contre la réforme, les deux hommes se respectent et n'ont pas de mal à se mettre d'accord et à trouver des compromis.
Après avoir manifesté ensemble une nouvelle fois ce mardi, ils devraient d'ailleurs se réunir avec les dirigeants des autres centrales pour acter une nouvelle journée d'action, probablement, le samedi 11 mars. « Histoire de clôturer la semaine », selon l'un d'eux. Mais surtout pour permettre à des indépendants, salariés du privé, des familles, de descendre dans la rue, pour exprimer leur opposition, comme il y a un mois, le samedi 11 février.
... pour le moment
Il n'empêche. Plus l'on se rapproche du Congrès de la CGT prévu fin mars à Clermont-Ferrand, et plus les positions des ultras du syndicat (fédérations de l'énergie, des transports etc ..) se radicalisent, avec des appels à durcir encore un peu plus le mouvement. Parfois en se mettant en marge de la légalité, ce que contestent les syndicats réformistes. Exemple : ce week-end, le représentant de la fédération Chimie a appelé les grévistes à mettre « la France à genoux ». Des propos qui n'ont guère été appréciés du côté de la CFDT. Mais qui traduisent bien les difficultés de Philippe Martinez, le secrétaire général sortant de la centrale de Montreuil, à maintenir la cohésion de ses troupes. Il en va peut-être de l'unité syndicale. Si des dérapages ont lieu, l'intersyndicale pourrait en effet connaître des turbulences.
Des divisions peuvent également apparaître dans la stratégie à adopter vis-à -vis des parlementaires qui examinent le projet de réforme. Laurent Berger ne cesse de rencontrer les dirigeants des différents partis politiques (à l'exception du Rassemblement national), pour espérer peser sur le texte. Ce mercredi, il échangera avec les Républicains. Une façon de faire que ne partage pas la CGT, hostile aux discussions avec les élus opposés à leur point de vue. Et si la tentation existe d'un rapprochement avec des membres de la NUPES, la CFDT ne veut pas en entendre parler, au nom de la séparation entre la démocratie sociale et la démocratie politique.
L'inflation, frein ou moteur de la grève
Les syndicats se préparent depuis longtemps à ces journées de mars. Ces dernières semaines, ils ont mis en place des caisses de grève pour aider ceux qui cesseront le travail. Les montants de ces caisses ne sont pas divulgués mais ils représentent plusieurs milliers d'euros.
Les centrales savent que l'inflation, notamment alimentaire, risque de limiter les velléités des salariés à débrayer. Au contraire, le gouvernement espère qu'elle freinera la durée du mouvement.
Reste que selon Frédéric Souillot, le secrétaire général de Force Ouvrière, « si les gens descendent dans la rue contre la réforme des retraites, c'est parce que c'est un catalyseur aussi des problèmes de salaire et de niveau de vie des travailleurs. » Cet argument peut donc aussi fonctionner comme un moteur de la contestation.
L'opinion, en soutien ... mais jusqu'à quand ?
Aujourd'hui, la majorité des Français se dit contre le passage de l'âge de départ à la retraite de 62 à 64 ans. Pour le moment, l'opinion publique est plutôt favorable aux grévistes, estimant que l'exécutif reste sourd à des manifestations pacifiques qui rassemblent jusqu'à un million de personnes.
Mais l'opinion sera-t-elle aussi clémente quand elle devra patienter des heures pour faire le plein, ou gérer les enfants parce que les écoles restent fermées ? C'est la grande inconnue tant du côté du gouvernement que des syndicats.
L'exécutif fait, toutefois, le pari qu'après une semaine de galère, les Français se désolidariseront vite de la contestation. Gabriel Attal, le ministre des comptes publics, expliquait ce week-end que les Français qui triment seraient vite exaspérés par les blocages. En attendant, le texte suit son chemin parlementaire et est examiné au Sénat cette semaine. L'article 7, très controversé du passage de l'âge de 62 à 64 ans, devrait être voté au plus tard ce mercredi.
De leur côté, les centrales affirment bénéficier du soutien très large de la population, qui dans son ensemble se trouve concernée par ce projet de loi. Elles espèrent aussi profiter des difficultés de communication du gouvernement autour de cette réforme. Notamment des cafouillages autour des 1.200 euros pour les petites pensions, ou de la retraite des mères de famille...
Une chose est sûre : l'opinion sera certainement très vite, le véritable juge de paix de la suite de la contestation.