Industrie : 80% des zones d'emploi frappées par la crise

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(Crédits : Reuters)
Une cinquantaine de zones d'emploi sur 300 ont connu une progression de l'emploi industriel depuis la crise de 2008, selon une récente note de la Fabrique de l'industrie.

Les dégâts sur le marché du travail sont colossaux. Selon une note de la Fabrique de l'industrie publiée ce lundi 4 novembre, 4/5 des zones d'emploi que compte la France ont subi des destructions d'emploi dans le secteur industriel entre 2009 et 2015. La Grande récession et la crise des dettes souveraines en zone euro ont accéléré la désindustrialisation du modèle économique français entamé depuis de nombreuses décennies avec des conséquences majeures sur certains territoires. La crise des "gilets jaunes" et le "Grand débat" ont remis au centre du débat la question des territoires pour la seconde partie du quinquennat d'Emmanuel Macron. Pour tenter de mieux comprendre les ressorts de ce marasme, l'observatoire des territoires d'industrie a entamé une série de travaux documentés sur cette transformation sans précédent.

Des contrastes saisissants

Depuis 2009, environ 50 zones d'emploi ont connu une progression de l'emploi dans l'industrie selon l'étude intitulée "L'étonnante disparité des territoires industriels". Elles sont principalement situées dans le Sud et à l'Ouest. À l'inverse, c'est dans le Nord-Est que les dégâts de la grande crise sont les plus visibles avec des baisses proches de 20% sur seulement six années, sans compter toutes les destructions d'emploi depuis des décennies.

Variation de l'emploi industriel entre 2009 et 2015

variations emplois industrie

Au niveau national, la part de l'industrie dans la valeur ajoutée entre 1980 et 2018  a clairement chuté pour passer de 29% à 16% selon de récentes données de la Banque mondiale. En parallèle, l'industrie a détruit près de 2,2 million d'emplois, réduisant ces effectifs de 43% sur la même période, selon de récents chiffres cités par l'Observatoire français des conjonctures économiques dans l'ouvrage consacrée à "L'économie française en 2020". En outre, le poids de l'emploi industriel dans l'emploi marchand est passé de 29,2% en 1980 à 14,6% en 2018.

L'appareil industriel a ainsi connu "sa pire chute d'activité depuis la Seconde Guerre mondiale, perdant près de 10% de sa valeur ajoutée au cours des années 2008-2009", ajoutent les économistes de l'observatoire rattaché à Sciences-Po Paris. Outre les délocalisations massives vers des pays à bas coût, de nombreux industriels ont  externalisé une partie de leurs services chez des sous-traitants implantés dans le tertiaire. La branche des services aux entreprises a connu une expansion majeure depuis le début des années 1980.

"Les activités scientifiques, et techniques, services administratifs et de soutiens ont crée de plus de 2,8 millions d'emplois, soit une hausse de 181%, sous l'effet notamment du recentrage des activités industrielles sur leur coeur de métier", soulignent les auteurs de l'ouvrage précité.

Des conditions macroéconomiques indispensables au dynamisme de l'emploi

L'un des enseignements important de cette étude est que la variation de l'emploi industriel est d'abord déterminée par des conditions macroéconomiques favorables. La composante nationale explique environ 52% des variations locales de l'emploi dans l'industrie. Les chercheurs citent entre autres la productivité dans l'industrie, la concurrence internationale ou les structures de dépenses des consommateurs.

En outre, les conditions locales peuvent également être des facteurs déterminants pour la santé de l'emploi dans des territoires fortement industrialisés. La qualité des infrastructures de transport, le prix du foncier, la disponibilité de la main d'oeuvre, le climat, la géographie, la présence d'établissements d'enseignement supérieur ou de centres de recherche sont cités par les économistes. L'effet local comme la forte spécialisation sectorielle explique des variations d'emploi dans 122 zones d'emploi (environ 40% de l'échantillon ). "Les zones à effet local positif se retrouvent le plus souvent à l'ouest, dans le sud et en Rhône-Alpes, tandis que celles qui présentent un effet local négatif sont majoritairement localisées dans le nord et le centre de la France" expliquent les auteurs de la note.

Des villes moyennes dynamiques

Loin des représentations binaires entre les espaces métropolitains supposés "gagnants de la mondialisation" et les territoires périphériques perçus comme pénalisés, les chercheurs rappellent que de nombreuses villes moyennes comme Vitré en Bretage ou Cholet dans les Pays de la Loire ont su tirer leur épingle du jeu en s'approchant du plein emploi. Plusieurs déterminants peuvent expliquer ce dynamisme de l'emploi territorial. Pour ces spécialistes de l'économie territoriale, "le meilleur prédicteur de l'emploi industriel semble être la performance industrielle des territoires alentours [...] Un territoire prospère stimulerait donc non seulement la demande en services de proximité chez ses voisins, mais aussi l'industrie (fournisseurs, sous-traitants)".

Les territoires d'industrie, une réponse suffisante à la crise ?

Le gouvernement a lancé en novembre 2018 le dispositif des 144 territoires d'industrie bénéficiant d'un appui spécifique de l'Etat et des collectivités locales. Sous la coupole du Grand Palais, le Premier ministre Edouard Philippe, accompagné de plusieurs ministres, avait lancé en grande pompe cette initiative au moment du salon de l'industrie du futur devant un parterre de chefs d'entreprise et de décideurs.

Un an après, la conjoncture s'est fortement dégradée. La plupart des grandes économies de la zone euro frôlent les récessions techniques dans le secteur industriel. Et si la France tente de résister en raison justement d'un poids plus faible de l'industrie et d'une moindre exposition au ralentissement du commerce mondial, les dernières enquêtes de conjoncture n'annoncent pas de perspectives vraiment optimistes. La plupart des instituts de statistiques ont revu à la baisse leurs prévisions de croissance de l'économie française pour 2020.

> Lire aussiLes territoires d'industrie, l'autre réponse à la crise des "Gilets jaunes"

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Commentaires
a écrit le 06/11/2019 à 22:51 :
2 villes mises en exemple, Vitre, Cholet, on pourrait rajouter les herbiers, quand dans des villes ou villages 1 enfant sur 2 voire plus passe primaire et collège dans le privé (catho), on multiplie les chances de trouver personnel et entrepreneurs compétents.
Le paradoxe, la Vendée devenue département industriel ne l'était absolument pas après la guerre de 40, il y a eu l'exode rural et on a fait bosser les vendéens, un genre de devoir.
a écrit le 06/11/2019 à 14:18 :
Le "chapeau" de l'article, le premier paragraphe (en gras) entre le titre et le corps d'un article est traditionnellement une sorte de résumé du sens général de l'article, pour inciter à lire l'article complet.
Ici, le chapeau en tête ne parle que de "progression de l'augmentation de l'emploi industriel", soit le contraire du titre et du fond de l'article qui précise que 80% des zones d'emploi ont subi des destructions d'emploi industriel. Le chapeau ne parle ici que de l'exception par rapport au fond de l'article… On fait du Trump ?
a écrit le 06/11/2019 à 13:43 :
L'on nous explique que nous sommes en guerre économique ;

conclusion, les Français doivent organiser et mettre en action une Cour Martiale pour juger les traitres, faciles à identifier, ils sont logés luxueusement dans les ors de la République de la France bafouée, associée à une autre caste aux basses oeuvres à Bruxelles, un magma de hauts fonctionnaires et de politiciens ;

par ailleurs, les Forces Françaises Libres se doivent de ressurgir, il y a bien des militaires intègres dont les familles souffrent durement pour réveiller leur conscience et changer le destin de cette France effondrée, massacrée, souillée, émasculée ...!
a écrit le 06/11/2019 à 9:29 :
Mais que se passe-t-il en France ? Découvrez donc comment l’Europe -entendez l' UE nous escroque et exproprie les français de leurs emplois..
Saviez-vous que les délocalisations industrielles dont souffre tellement la France trouvent leurs origines dans les traités européens ?
Inexistantes avant le traité de Maastricht en 1992, les délocalisations ont explosé sous l’effet de la libre circulation des capitaux, des marchandises et des services, inscrite aujourd’hui dans les articles 32 et 63 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE).
Cette politique libérale, avalisée par la gauche et la droite, est l'une des causes directes du chômage.
Prétendre vouloir lutter contre les délocalisations tout en acceptant les traités européens relève de l’escroquerie politique. Désindustrialisation accélérée en France par l' appartenance à l' UE donc et comme tous les pays du sud de l' UE.

Cf l' excellent "les illusions économiques de l' Union Européenne" de C H Gallois responsable des questions économiques à l' UPR en format vidéo PDF ou disponible aujourd' hui sur support papier.
Il n' y aura pas de solution sans Frexit..
a écrit le 06/11/2019 à 0:35 :
Encore un article "putaclick" bien de chez nous; Tout y est sauf l'invasion de sauterelles. On oublie qu'une bonne partie de ces emplois industriels se trouvent comptabilisée dans le secteur tertiaire, on oublie que que tous les pays de l'OCDE ont subit une désindustrialisation a différents degrés, on oublie qu'une usine aujourd’hui se conduit avec dix fois moins d'ouvriers, on oublie qu'on recommence a créer de l'emploi industriel depuis quelques années en France.
a écrit le 05/11/2019 à 23:12 :
Une Bérézina industrielle... qui vient pour partie de l'indifférence au sens de la nation de nombreuses grandes entreprises qui ne reconnaissent la France que quand il faut les aider à surmonter leurs propres difficultés ou pour capter le Crédit d'impôt recherche. Exemple symptomatique de Peugeot en quasi état de faillite sauvé par la collectivité en 2014. Alors qu'aujourd'hui se portant nettement mieux, n'hésite pas en reconnaissance à délocaliser de plus en plus à l'étranger ses nouvelles productions : la prochaine 208 est 100% assemblée hors sol de France et bien d'autres modèles à venir y sont prévus (comme la CLIO de Renault). Comment Toyota fait-il pour fabriquer dans le Nord à Valenciennes son légendaire petit modèle Yaris destiné à toute l'Europe avec 5000 emplois directs à la clé (objectif 2020) . Question de volonté sans doute...
a écrit le 05/11/2019 à 22:14 :
Pdt que nos ppaux concurrents allemands, italiens, japonais...robotisaient à outrance et montaient en gamme ds les années 2000-2005, nous on passait notre tps à s'arracher les cheveux pour chercher à absorber les 35 h à coût zéro, à coup de grèves, de plannings tarabiscotes, de reunionites interminables.
Mais bon c'était pas grave, en ces tps là il y avait encore un peu de croissance pour supporter ttes ces frasques, y avait encore du boulot pour ts.
Qd la crise est arrivée, les gds donneurs d'ordre ds l'industrie automobile et mécanique, l'industrie du bois, l'agroalimentaire, ont essoré leurs fournisseurs pour résister et survivre et seuls les + solides se souviennent encore de ces années de plomb...Qt aux autres... qu'ils reposent en paix.
a écrit le 05/11/2019 à 17:27 :
80% des zones d'emploi frappées par la crise ...

avec l'étalement de la pauvreté et de la misère, 8 000 000 de chômeurs à l'agonie, toutes ces zones vont connaître des Chanteloup les vignes, et le 93 ...

80 % la France va finir comme le Brésil avec des cartels de drogue ... avec en plus le djiadisme généralisé

Paris sera le siège social des barons de la drogue et de la voyoucratie financière

les cartels de drogue vont être le seul souvenir que Macron Philippe et les LaREM Modem vont laisser à la France ... dans le même sac que boslonaro -)
Réponse de le 06/11/2019 à 13:36 :
"Paris sera le siège social des barons de la drogue et de la voyoucratie financière "

Pourquoi "sera" ?,c'est déja le siège social des barons de la drogue et de la voyoucratie financière "
a écrit le 05/11/2019 à 16:23 :
Il me semble mensonger de promettre le plein emploi et la prospérité (pour le plus grand nombre) en gardant les frontières ouvertes. Redécouvrons les idées de Maurice Allais (sa lettre aux Français) ce chantre du libéralisme souhaitait aussi capter l'argent illégitime pour le ramener vers l'humain. Il ne souhaitait ouvrir les frontières qu'avec des pays socialement comparable. La réalité, actuellement quelque 320 porte-conteneurs sont en commande et 'ils ne seront pas construits en Europe. Tient, relisons Eloge du carburateur de Matthew B. Crawford..
a écrit le 05/11/2019 à 15:00 :
Quel scoop ! La crise, c'était il y a dix ans.
Encore un article catastrophiste qui nous renvoie au beau temps de Germinal et de l'Assommoir.
Il faut vraiment avoir de grosses oeillères idéologiques pour ne pas voir que l'industrie est en pleine renaissance en France, qu'elle investit à tour de bras, qu'elle embauche aussi, et que c'est là que les choses vont se passer dans les 10 ans qui viennent.
Les lamentations et l'indignation vertueuses, y'en a marre ! Trop nase !
a écrit le 05/11/2019 à 14:12 :
Génial ! Ils vont tous pouvoir créer leur start up et la France sera géniale !
a écrit le 05/11/2019 à 13:42 :
Industrie : 80% des zones d'emploi frappées par la crise

les chômeurs de ces 80 % des zones d'emploi frappées par la crise et le new pole emploi vont pouvoir mourir de faim en silence !

Avec Macron Philippe Pénicaud la France va devenir un mouroir pour les chômeurs et pour les vieux avec leurs new retraites peau de chagrin
a écrit le 05/11/2019 à 13:39 :
patrick artus ' la france sans ses usines'
ca date un peu, mais c'est toujours d'actualite
la france a fait des choix, c'est ses choix
on savait que ca allait etre la catastrophe, mais bon, c'est pas grave, l'important sera d'accuser les autres apres avoir refile la patate chaude
voila ou en est ce pays
alors apres, on peut vouloir du Mittelstand et des unicornes...les incantations, ca coute pas cher
Réponse de le 05/11/2019 à 14:57 :
C'est la faute de l'Italie qui casse les prix. C'est pas Artus mais le PDG d'Alcatel tchuruk et l'Allemagne ou le mittelstand fait sous-traiter en Europe de l'Est

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