Brexit, guerre commerciale... l'industrie européenne reste déprimée

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(Crédits : Charles Platiau)
Le secteur manufacturier de la zone euro a connu en octobre un neuvième mois consécutif de contraction selon le dernier indice PMI calculé par le cabinet Markit.

Report du Brexit, tensions commerciales et guerre technologique,....les nuages s'amoncellent dans le ciel européen. Selon l'indice PMI de la zone euro publié par le cabinet Markit ce lundi 4 novembre, la conjoncture s'est de nouveau assombrie sur l'appareil industriel. L'indicateur, qui prend en compte plusieurs paramètres de l'état de santé du secteur industriel, s'est très légèrement redressé en octobre à 45,9 contre 45,7 en septembre mais il reste bien inférieur à 50.

Un niveau inférieur à 50 points signale un repli de l'activité, tandis qu'une valeur supérieure à cette limite traduit une expansion. Ces résultats marquent la plus forte contraction du secteur depuis sept ans. Les conséquences sur la croissance européenne sont loin d'être négligeables. Au troisième trimestre, la zone euro a enregistré une progression du produit intérieur brut (PIB) de seulement 0,2%, un niveau bien inférieur à ceux rencontrés en 2018 et 2017 selon les derniers chiffres d'Eurostat publiés vendredi 31 octobre. Et les perspectives pour le secteur industriel sont loin d'être réjouissantes.

"Enlisée dans sa plus forte contraction depuis sept ans, le secteur manufacturier de la zone euro risque de fortement freiner la croissance économique de la région au quatrième trimestre. En effet, les dernières données de l'enquête préfigurent une baisse trimestrielle de la production industrielle de plus d'1 % en fin d'année" a expliqué le chef économiste de Markit Chris Williamson.

 > Lire aussi : En Europe, le chômage se stabilise, la croissance cale

Chute des carnets de commandes

L'enquête menée par le cabinet montre que le repli de l'industrie manufacturière s'explique principalement par une baisse des carnets de commande. Cette chute de la demande se poursuit pour son 13ème mois consécutif. Les conjoncturistes mettent en évidence une baisse de la demande intérieure et des exportations en dehors du continent. La plupart des grandes économies de l'Union européenne ont marqué le pas durant des derniers trimestres et particulièrement en Allemagne.

Le moteur de l'Allemagne tourne au ralenti

La première économie de la zone euro reste empêtrée dans de profondes difficultés en cette fin d'année. Selon le dernier indice PMI publié par Markit, le secteur manufacturier outre-Rhin reste clairement ancré en territoire négatif pour ce dernier trimestre 2019. Si l'indicateur s'est légèrement redressé en octobre à 42,1 contre 41,7 en septembre, l'industrie allemande "reste en récession et continue de constituer une menace pour l'économie nationale à travers l'augmentation de destruction d'emplois dans l'industrie" explique Phil Smith économiste à Markit. Les craintes d'une récession technique pour l'économie allemande se multiplient chez les économistes à un moment où Berlin accumulent les excédents budgétaires et commerciaux. Dans une récente interview au quotidien Die Welt, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a appelé le gouvernement allemand à accélérer l'investissement.

"Mes deux amis Olaf Scholz et Peter Altmaier (les deux ministres allemands chargés respectivement des Finances et de l'Economie) me disent toujours que les investissements publics en Allemagne sont suffisants. Je reste convaincu qu'il est possible d'investir davantage, ce que me confirment de nombreux chefs d'entreprise en Allemagne".

L'économie allemande s'est contractée de 0,1% au deuxième trimestre et les chiffres préliminaires du produit intérieur brut pour le troisième trimestre, attendus pour le 14 novembre, devraient signaler une entrée en récession, que caractérisent deux trimestres consécutifs de contraction.

L'Espagne et l'Italie à la peine

Le secteur industriel italien continue de souffrir. Les derniers chiffres de Markit indiquent que la production manufacturière s'est contractée pour le quinzième mois consécutif. Il est ainsi passé de 47,8 à 47,7. En parallèle, la confiance des patrons d'industrie est au plus bas depuis 10 mois. La péninsule, qui est exposée au soubresauts du commerce mondial, souffre d'une croissance atone et d'une productivité en berne. En outre, l'Italie  "est  le seul grand pays dans lequel l'activité a aussi ralenti dans les secteurs non-industriels. Le lien de cause à effet est difficile à démontrer mais la chronologie suggère que la hausse de l'incertitude politique n'est pas étrangère à ce résultat" expliquait récemment l'économiste de ODDO, Bruno Cavalier, dans une note consacrée à l'économie européenne.

De son côté, l'Espagne enregistre un cinquième mois consécutif de baisse de l'indice PMI. À 46,8, il a atteint son plus bas niveau depuis six ans et demi. Outre le ralentissement de l'économie mondiale, les incertitudes politiques pèsent sur la demande et la confiance des investisseurs expliquent les économistes de Markit. "Depuis deux ans, le Premier ministre Sanchez n'a toujours pas réussi à obtenir une majorité stable, ce qui a pu retarder ou rendre plus difficiles les discussions budgétaires" souligne Bruno Cavalier. Les citoyens de la péninsule ibérique s'apprêtent à aller voter pour des élections législatives le 10 novembre prochain.

Léger rebond en France

En France, l'industrie retrouve quelques couleurs. L'indice des directeurs d'achats interrogés par Markit se redresse légèrement entre septembre et octobre passant de 50,1 à 50,7. "Cette très légère amélioration de la conjoncture a essentiellement résulté de la plus forte hausse de l'activité depuis quatre mois, tendance que les entreprises interrogées attribuent généralement aux retombées positives de démarches commerciales" explique le cabinet. Les exportations à l'étranger ont progressé au mois d'octobre dopée par une amélioration de la demande étrangère. "Cette tendance n'a cependant pas suffi à compenser la faiblesse de la demande sur le marché français, le volume global des nouvelles commandes reçues par les fabricants ayant en effet diminué pour un deuxième mois consécutif" précise Markit. Pour l'instant, l'économie tricolore semble résister au coup de frein européen mais la plupart des prévisionnistes anticipent un ralentissement du PIB pour l'année prochaine.

> Lire aussi : La croissance française devrait être poussive en 2020

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Commentaires
a écrit le 05/11/2019 à 11:06 :
Industrie en chute, services en stagnation, cela porte un nom...
a écrit le 05/11/2019 à 9:03 :
En Europe de l'Est, on est bien. De plus en plus d'installations industrielles sont faites. En Ukraine on a le groupe Head qui va construire sa plus grande usine mondiale, en Serbie les investissements étrangers se développent aussi (futur usine VW). Les PME arrivent aussi et signent des accords de sous traitance intéressants.
a écrit le 04/11/2019 à 21:32 :
Et s' il en était besoin ..

UNE BOMBE DANS L'UNIVERS FEUTRÉ DE LA FINANCE MONDIALE.
Dans une "Tribune" publiée par le prestigieux "Financial Times" - le journal financier le plus lu dans les milieux financiers de toute de la planète - Gyorgy Matolcsy, Gouverneur de la Banque centrale de Hongrie, affirme : "NOUS DEVONS ADMETTRE QUE L'EURO ÉTAIT UNE ERREUR".
Nous avons maintenant une Allemagne européenne et non une Europe allemande et l'euro n'a pas pu empêcher l'émergence d'une autre puissance allemande forte. Mais les Allemands sont également tombés dans le piège de l'euro «trop beau pour être vrai». L'inclusion des économies du sud de l'Europe dans la zone euro a conduit à un taux de change suffisamment faible pour permettre aux Allemands de devenir la plus grande machine d'exportation mondiale de l'UE.

Alexandre Lamfalussy, l'économiste d'origine hongroise, a eu raison de nous dire qu'une monnaie commune était nécessaire pour renforcer le lien entre les puissances européennes et défendre l'UE contre les Soviétiques. Il n'y a eu qu'un seul problème: la décision finale de créer l'euro avait été prise à Maastricht en 1992, au moment de l'effondrement de l'Union soviétique. La raison d’être de la monnaie a pris fin exactement au moment de sa naissance.

Le moment est venu de se réveiller de ce rêve néfaste et infructueux.

Un bon point de départ serait de reconnaître que la monnaie unique n’est pas une mine d’or mais un piège pour pratiquement tous ses membres – et cela pour différentes raisons.

Les États de l'UE, à l'intérieur et à l'extérieur de la zone euro, devraient reconnaître que l'euro est une erreur stratégique. L’objectif de la création d’une monnaie occidentale mondiale en concurrence avec le dollar constituait un défi pour les États-Unis. La vision européenne des États-Unis d’Europe a abouti à une guerre ouverte et cachée des États-Unis contre l’UE et la zone euro au cours des deux dernières décennies.

Nous devons trouver un moyen de nous libérer de ce piège. Les Européens doivent abandonner leurs fantasmes risqués de créer une puissance qui rivalise avec les États-Unis. Les membres de la zone euro devraient être autorisés à quitter la zone monétaire au cours des prochaines décennies et ceux qui restent devraient construire une monnaie mondiale plus durable.

Célébrons le 30e anniversaire en 2022 du traité de Maastricht qui a engendré l’euro en réécrivant le pacte.
Rapporté et analysé par F Asselineau président de l' UPR ce jour ..
Réponse de le 05/11/2019 à 0:55 :
Heureusement que j'étais assis quand j'ai lu le message ci-dessous, et heureusement que le fou rire n'est pas dangereux. Voilà un internaute qui base sa diatribe contre l'euro sur les délires schizophrènes de la Hongrie, pays sans gestion sérieuse dont les dirigeants vivent de subventions européennes tout en crachant sur l'Union Européenne, et sur les extravagances de M. Asselineau, le candidat le plus comique des élections présidentielles.
Réponse de le 05/11/2019 à 9:41 :
Disons que si l'on regarde effectivement, d'un point de vue industrielle, cela a désindustrialisé les pays du sud, les stratégies n'étant pas les mêmes ainsi que la vision, du coup tout cela est logique.

L'unification par la monnaie, en sachant que cela allait de fait conduire a ce résultat.
La monnaie unique servait aussi a se garantir que si la Russie avait été en guerre contre les pays a l'ouest, l'est aurait servit de tampon.

C'était le sujet en sachant qu'effectivement l'effondrement a suivit.

Pour autant, c'est sur le vide sidéral d'un point de vue des échanges humains.

C'est une Europe économique dont le but est de contrer, donc de se construire contre quelque chose et non pour quelque chose.

L'Europe sociale, vous pouvez constater le nombre de personnes venant de l'est que l'on retrouve dans la rue.

Ce qui finalement me fait dire, hormis la monnaie, les sdf sont a l'image du rêve de l'Europe, un mirage plutôt qu'un rêve.....

Sinon pour les grandes fortunes, c'est une formidable manière de s'enrichir !

Les gouvernants sont a présent millionnaires, les banquiers ont les clefs de la plupart des pays, voir il faut un cursus de banquier pour accéder au pouvoir démocratique.....

La cure d'austérité pour les peuples du sud avec nomination de banquiers ou financiers.

Alors au vue de la montée des nationalisme et des extrémistes, la compromission des libéraux sur les idéaux, nous avons a présent un mélange des deux en Europe, une nouvelle forme de régime libéraux nationalistes!

Alors le bonheur des gens, je ne crois pas un instant que cela fut le but de la chose sinon nous pourrions le voir ! Tankegangen betyder meget !
a écrit le 04/11/2019 à 16:42 :
Moins d'industrie, c'est moins de pollution, c'est déjà pas si mal.
On ne peut pas avoir l'argent du beurre etc....etc....et puis nous consommons trop, nous gaspillons trop, l'obésité physique n'en n'est elle pas la démonstration qui s'étend à toutes les obésités ?
a écrit le 04/11/2019 à 16:17 :
Comme la récession concerne essentiellement le secteur industriel et que l'industrie pèse deux fois plus lourd dans l'économie allemande que dans l'économie française, il paraît évident que la France résiste mieux toutes choses égales par ailleurs. Et là, la France ne prospère que sur la demande artificielle croissante crée par la dépense publique financée par la dette. Il est clair que les ministres français et allemand n'ont pas la même conception de l'investissement: pour le premier l'investissement crée de l'emploi, pour le second il crée de la valeur. D'ailleurs les français sont les premiers à investir en Allemagne. Le débats sur les ateliers nationaux ne date pas d'hier, 1839 Louis Blanc.
Réponse de le 04/11/2019 à 21:22 :
L' Allemagne a ruiné les pays du sud dont la France avec un euro sous évalué pour elle post Maastricht mais subit aujourd' hui le contrecoup de cet appauvrissement généralisé des voisins, moins de produits manufacturés vendus et un repli industriel qui ne fait que commencer.
L' exposition aux sanctions de Trump sur les produits automobiles allemands ne va pas aider ni le colossal solde Targets 2 de pays insolvable et que cherche à sauver Draghi avec ses taux négatifs! ; plutôt donc que se cacher la tête dans le sable, lire à la seule fin de bien en mesurer les enjeux,
"Pendant que les grands médias et tous les partis politiques (sauf l’UPR) gardent le silence, la situation continue d’empirer"
en défaveur de l' Allemagne..
a écrit le 04/11/2019 à 15:20 :
vous avez envie, vous, d'acheter une voiture alors que vous ne savez meme pas si dans 1 an elle ne sera pas interdite de rouler?
vous avez envie d'acheter un truc quelconque ou a la sortie du magasin, un groupe de fascistes verts va vous accuser de tuer les ours blancs?
a semer la haine et la bave morale, va y avoir un prix a payer.... et devinez qui va manifester contre les patrons voyous qui font des ' licenciements boursiers' quand leur boite est au bord du depot de bilan?
a écrit le 04/11/2019 à 15:19 :
ne rêvons pas la croissance ne peut etre éternelle. LES francais on en quelques annees fait un bon enorme en équipement ( ménager voiture et autre ) donc le ralentissement est
normal, il faut apprendre à faire avec sans faire des relances idiotes comme les taux négatifs et par l'endettement !!!!!
a écrit le 04/11/2019 à 14:30 :
"Berlin accumulent les excédents budgétaires et commerciaux"

ILs ont les coffres plein de fric mais sont trop vénaux, avares, des gens comme dans ces tableaux de Goya, gangrenés par leurs maladives peurs, pour s'en servir. L'Europe morte née de la seule cupidité allemande.

Ça valait vraiment la peine d'anéantir le peu de démocratie qu'il nous restait en nous imposant en force le traité constitutionnel européen, bravo !

LE déclin c'est trop long, surtout vers la fin.
Réponse de le 04/11/2019 à 15:22 :
L’Europe est un corps mort ou plutôt un fœtus mort, car ceux qui alimentent les discours sur l'europe ne sont que dans l'économie.

Et au vue de la xénophobie qui ressort des populismes qui sont le résultat des libéraux, il s'agit bien d'un fœtus mort !

Pour ceux qui sont de la génération de l'Europe dans le sens qui avait été donné, pour moi avec six des langues européennes, disons que c'est une zone économique et rien d'autre.

La mystification qui a été faite, consiste a laisser croire que les idées derrières étaient autre chose que de l'économie, et comme alcatel et siemens qui pensaient mettre la main sur toute la techno en 2000, nous pouvons voir qu'ils s'agit bien de corps mort aussi....

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