Jeunesse, report de charges et PGE : le Sénat pointe les impasses du "Quoi qu'il en coûte"

Certaines mesures d'aides mises en œuvre depuis le début de la pandémie (PGE, reports de cotisations) risquent de fragiliser la solvabilité d'entreprises en sortie de crise, met en garde un récent rapport du Sénat. Concernant les plus jeunes, les rapporteurs tirent à boulets rouges sur la stratégie du gouvernement considérant que "la protection de la jeunesse est un impératif délibérément mis entre parenthèses."
Grégoire Normand
(Crédits : Reuters)

Fonds de solidarité, chômage partiel, prêts garantie par l'Etat (PGE)...depuis le printemps 2020, le gouvernement a déployé un arsenal de mesures d'urgence pour tenter de préserver le tissu économique et social tricolore. La plupart des dispositifs ont permis de limiter la casse au regard de la récession historique enregistrée par l'économie française en 2020 (-8%).

Lors de son discours le 12 mars 2020, le président Macron avait annoncé sa fameuse doctrine du "quoi qu'il en coûte". Plus d'un an après cette annonce, le Sénat dans un rapport dévoilé lundi 12 juillet 2021 tire les premières leçons des dispositifs mis en œuvre depuis le début de la pandémie. Si les deux auteurs et élus Jean-Michel Arnaud (Union centriste) et Roger Karoutchi (Les Républicains) estiment que "le quoi qu'il en coûte a été utile", mais certains outils pourraient fragiliser la reprise économique.

Les prêts et les reports de charges risquent de fragiliser la trésorerie des entreprise

Un grand nombre d'entreprises ont eu recours à des dispositifs de prêts garantis par l'Etat ou des reports de charges. Dans leur rapport, les sénateurs ont fait appel au cabinet juridique TAJ pour mener une étude comparative entre les principaux pays européens. Il apparaît que les reports de charges ont été massivement utilisés en France au regard de ses autres voisins. En effet, ces reports représentent 28% du total des instruments de soutien déployés contre 9% au Royaume-Uni, 2% en Allemagne et 16% en Espagne.

Ces reports de cotisations ont permis de soulager rapidement la trésorerie des entreprises mais la situation financière d'un grand nombre d'établissements pourrait rapidement se compliquer en sortie de crise.

"Alors que les réponses mises en œuvre par les différents États européens auraient permis de répondre à hauteur de 80 % aux besoins de liquidités, elles ne permettraient de répondre qu'à 40 % des besoins en solvabilité, en particularité concernant les petites et moyennes entreprises" alertent les rapporteurs. "Il semblerait ainsi que le choix fait en France de privilégier particulièrement les reports de charge et les prêts garantis par l'État, dont l'impact positif est rapidement visible sur la trésorerie des agents économiques, risque d'avoir des conséquences négatives à moyen terme sur leur liquidité, lorsque les montants seront décaissés" ajoutent-ils.

La jeunesse, oubliée des mesures d'urgence

La pandémie a plongée une grande partie de la jeunesse française dans un profond désarroi. Entre les cours à distance, les jobs étudiants en baisse et un marché du travail atrophié, cette catégorie de la population se sent sacrifiée par les décisions prises. Dans leur rapport, les sénateurs tirent la sonnette d'alarme en parlant d'une "double peine" : "éprouver de grandes difficultés à s'insérer durablement sur le marché du travail puis devoir supporter le poids de la dette accumulée au plus fort de la lutte contre l'épidémie". Ils soulignent que la protection de la jeunesse est "un impératif délibérément mis entre parenthèses".

Pour appuyer leurs propos, ils évoquent notamment la situation critique du marché du travail pour les jeunes. L'emploi de cette catégorie de personnes s'est fortement contracté en France lors de la première vague en France (-11%). Beaucoup de jeunes en contrats courts, en intérim, ou qui occupent des jobs pour financer leurs études se sont retrouvés du jour au lendemain sans boulot. A l'opposé, l'emploi des 25-64 ans a globalement été préservé indiquent les sénateurs. En faisant de l'activité partielle une priorité, le gouvernement a fait le choix de protéger ceux qui avaient un emploi stable.

"Il s'agit [...] d'une priorisation assumée, ses effets négatifs sur la jeunesse n'ayant été l'objet que de quelques mesures ponctuelles" complètent-ils. Avec sa récente proposition sur la garantie jeune, Emmanuel Macron espère redresser la barre à quelques mois de l'élection présidentielle.

Lire aussi 3 mnLe sentiment de pauvreté grimpe en flèche chez les jeunes

Grégoire Normand

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Commentaire 1
à écrit le 15/07/2021 à 17:47
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Tandis que si on avait misé cet argent pour relancer intelligemment la consommation on cartonnerait.

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