L'inquiétante polarisation du marché du travail risque de s'accentuer avec la crise
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
Charles Platiau
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
Charles Platiau
Automatisation, désindustrialisation, qualification, mondialisation...depuis maintenant plusieurs décennies, le phénomène de polarisation du marché du travail est régulièrement pointé du doigt par les économistes et les institutions internationales. Dans une étude rendue publique ce lundi 14 décembre, France Stratégie explique que cette polarisation est moins liée à une hausse des emplois non qualifiés qu'à une montée en puissance de l'emploi des cadres. Ce diagnostic tranche avec d'autres études et articles académiques qui peuvent alerter régulièrement sur la baisse des emplois de qualité sur le territoire. Avec la récession historique, beaucoup d'emplois intermédiaires pourraient cependant disparaître. En effet, si la crise a d'abord frappé les emplois les moins qualifiés (intérimaires, saisonniers,) beaucoup d'emplois des classes moyennes risquent également de disparaître.
La polarisation du marché du travail se caractérise par un transfert de l'emploi vers les qualifications les plus élevées. Ainsi, la part des professions très qualifiées augmentait de 4% entre 1996 et 2017, quand celle des professions très peu qualifiées a stagné. Cette évolution s'est accompagnée d'une dégradation accélérée depuis la crise de 2008 des métiers situés au milieu de l'échelle des qualifications, rappellent les deux auteurs de l'étude. "La crise de 2008, qui a beaucoup affecté les ouvriers de l'industrie et de la construction, a donc accentué l'érosion des qualifications médianes, que la désindustrialisation avait déjà affaibli".
-

-
À lire également
Jusqu'à récemment, cette polarisation s'est donc plutôt concentrée sur le haut de l'échelle. "La polarisation ou la concentration de l'emploi n'est pas avérée sur le bas de la distribution des qualifications, contrairement à ce qu'on observe aux États-Unis. Les métiers les moins rémunérés dans les services aux personnes (assistantes maternelles, aides à domicile) ou aux particuliers (coiffeurs, employés de l'hôtellerie-restauration, caissiers) n'ont progressé sensiblement que dans les années 1990" indique France Stratégie. Pour établir ce diagnostic, le centre de recherches a fouillé les données plus précises des instituts de statistiques (Insee, Dares). Les études académiques internationales s'appuient plus souvent sur des données agrégées qui sont souvent moins exhaustives et ne donnent qu'une photographie limitée de ce phénomène. Ainsi, la part des employés peu qualifiés dans l'emploi total reste stable depuis les années 90 (environ 13%). Enfin, si les indépendants sont pris en compte dans l'étude, les deux auteurs apportent peu de précisions sur le statut d'auto-entrepreneur en vigueur depuis une dizaine d'années. Or ce régime très répandu chez les travailleurs de plateforme occupe une place grandissante dans l'emploi en France et peut exercer une influence sur la polarisation du marché du travail.
« Faire des économies sans diminuer la qualité du service public » : la France va investir 655 millions d'euros supplémentaires dans l'IA
Immobilier : un modèle hybride pour aider les classes moyennes à acheter en Île-de-France
Accord entre l'Iran et les Etats-Unis : le « oui, mais » du FMI
À Poitiers, un nouveau phare pour l'économie sociale et solidaire et les transitions