Emploi : l'OCDE tire la sonnette d'alarme

Automatisation, transformation du travail, formation, vieillissement de la population active... dans son dernier rapport, l'OCDE dresse un portrait en demi-teinte du monde du travail, confronté actuellement à de nombreux risques, notamment en France. Face à ces défis colossaux, l'institution internationale explique que "l’avenir du travail dépendra en grande partie des choix de politiques publiques opérés par les pays".
Grégoire Normand

7 mn

Les livreurs dépendants des plateformes inquiètent particulièrement les économistes de l'OCDE dans leur rapport sur l'avenir du travail.
Les livreurs dépendants des plateformes inquiètent particulièrement les économistes de l'OCDE dans leur rapport sur l'avenir du travail. (Crédits : REUTERS/Charles Platiau)

Dans son dernier rapport sur les perspectives de l'emploi 2019, l'organisation de coopération et de développement économique (OCDE) souligne que "si le nombre d'emplois n'est pas nécessairement voué à diminuer, leur qualité pourrait se détériorer et les disparités entre travailleurs s'aggraver". L'institution internationale, qui a passé en revue plusieurs indicateurs relatifs au marché du travail, pointe les risques qui pèsent sur certaines catégories professionnelles particulièrement exposées aux transformations à venir.

Interrogé par La Tribune, le chef de la division Emploi et Revenus à l'OCDE, Stéphane Carcillo explique que "l'un des principaux risques est la transformation profonde des emplois avec la disparition à venir d'un certain nombre d'emplois qui pourraient être automatisés. Il va y avoir une profonde transformation d'emplois dont les tâches vont beaucoup changer dans les années à venir, pas seulement dans l'industrie mais aussi dans les services. C'est un grand défi en matière de formation."

Des risques d'automatisation supérieurs à la moyenne de l'OCDE

Les résultats présentés dans l'étude indiquent que, en France, la part des emplois menacés par l'automatisation est supérieure à celles des pays développés (16,4% contre 14%). Ces emplois "ont un risque supérieur à 70% de d'être entièrement redéfinis".

Concernant les risques de changement important, 32,8%  des emplois pourraient être concernés par ce phénomène.

Parmi les autres indicateurs particulièrement alarmants figure le niveau de sous-emploi. Lors d'un récent point presse à l'Insee, Simon Rebière, chargé d'études à la Dares, le service de statistiques du ministère du Travail, rappelait que ce phénomène était loin d'être marginal.

"La sous-utilisation de la main d'oeuvre revient à tenir compte de la main d'oeuvre qui souhaitent travailler ou travailler plus. Dans le cas de la France en 2017, en plus des 2,6 millions de chômeurs, on compte 1,6 million de personnes en sous-emploi et 1,5 million de personnes dans le halo du chômage. Au total, en France en 2017, la main d'oeuvre sous-utilisée est composée de 5,7 millions de personnes. [...] L'ampleur des personnes qui souhaitent travailler et travailler plus est plus importante que celle qui sont au chômage."

Risques de polarisation du marché du travail

Les économistes de l'organisation basée à Paris mettent l'accent sur les risques liés à la dualisation du marché du travail. "La part d'emplois temporaires et de CDD est élevée (16,9 %), ces derniers se caractérisant par une hausse marquée des contrats de très courte durée", rappellent-ils. La mondialisation et la montée en puissance des technologies ont ainsi contribué à polariser le marché du travail avec des conséquences néfastes pour les emplois de la classe moyenne. Dans un récent opuscule intitulé, La polarisation de l'emploi en France, ce qui s'est aggravé depuis la crise de 2008, les chercheurs Ariell Reshef et Farid Toubal expliquaient ceci:

"Ces évolutions (technologies et mondialisation) se sont traduites par une modification en profondeur de la structure de l'emploi en France, caractérisée par une augmentation de la proportion des emplois à bas ou haut salaire au détriment des emplois à salaire intermédiaire. Conséquence logique de ce phénomène, les emplois de la classe moyenne se sont raréfiés ou ont même, pour certains, disparu, contribuant fortement au sentiment d'un déclassement irréversible. Si elle entraîne de vives tensions économiques en accroissant les inégalités salariales, la polarisation de l'emploi se traduit aussi par une polarisation sociale et politique."

De leur côté, les économistes de l'OCDE soulignent "la part des emplois peu qualifiés et, surtout, des emplois hautement qualifiés a augmenté, tandis que celle des emplois moyennement qualifiés a accusé un net recul. Cette polarisation du marché du travail tient aussi au fait que les progrès technologiques favorisent la main d'œuvre qualifiée, c'est-à-dire qu'ils profitent principalement aux travailleurs ayant un niveau de compétence élevé". Pour l'économiste Stéphane Carcillo, "en France depuis 20 ans la part de l'emploi peu qualifié a augmenté de 4 points de pourcentage dans l'emploi total, et celle l'emploi hautement qualifié de 8 points, tandis que celle de l'emploi moyennement qualifié (le plus facilement automatisable le plus souvent) a diminué de 12 points. C'est une transformation assez marquée au regards d'autres pays, notamment l'Allemagne ou les Etats-Unis".

Le cas des travailleurs atypiques

La multiplication des emplois atypiques comme les contrats à durée déterminée, les temps partiels, le travail indépendant ont contribué à alimenter les risques pour un grand nombre de travailleurs. "Ces emplois atypiques se développement particulièrement en France, ce qui pose problème en matière de qualité de l'emploi et de protection sociale. Ces personne là n'ont pas accès au même niveau de protection sociale et de droits à la retraite", souligne Stéphane Carcillo.

La montée en puissance des plateformes numériques a également fragilisé des travailleurs comme les livreurs à vélo par exemple. Il dénonce la position "de certains indépendants qui sont dans une zone grise [...] l'un des enjeux est de limiter le recours abusif aux formes atypiques d'emplois comme les emplois indépendants qui ne devraient pas être des emplois indépendants car les gens ont un seul donneur d'ordre. Ce sont des faux emplois indépendants. Les indépendants n'ont parfois qu'un seul client qui est en fait le seul donneur d'ordre. Ces travailleurs se retrouvent en difficulté pour négocier le prix de leur prestation fixé par leur client. Ils ne négocient pas véritablement leurs horaires de travail sinon ils peuvent être éjectés des plateformes. Ils se retrouvent comme des salariés sans ouverture de droits à l'assurance chômage, à la formation."

La formation, enjeu majeur "face à la possible destruction d'emplois"

Afin de tenter de réduire ces risques de polarisation et de creuser les inégalités au sein de la population active, les économistes de l'organisation ont établi plusieurs recommandations.

"Face à la possible destruction d'emplois, l'un des enjeux majeurs est la formation. La France dépense beaucoup d'argent en formation, mais elle forme assez peu de gens en comparaison internationale. Un tiers des salariés ont accès à une formation chaque année. C'est trois fois moins pour les personnes peu qualifiées, qui sont notamment dans les emplois qui risquent d'être automatisés. Il y a un véritable enjeu pour faire monter le système de formation professionnelle en couverture de ces personnes là", résume Stéphane Carcillo.

Enrayer la spirale des contrats courts

Du côté des contrats courts, "il faut réduire les incitations à recourir à ces contrats, que ce soit du côté des employeurs ou du côté des salariés. Une des grandes incitations à recourir à ce type de contrat, c'est l'assurance chômage en France. C'est une forme de subvention aux contrats très courts tant du côté des travailleurs que du côté des entreprises. Les travailleurs peuvent ouvrir des droits très tôt en France dès quatre mois de travail. C'est un système relativement protecteur mais cela permet d'entrer dans un carrousel de contrats courts. Il faut réformer ce système en donnant des bornes".

Pour enrayer cette spirale aux contrats courts, le spécialiste des questions d'emploi préconise de faciliter l'accès à la formation professionnelle pour les indépendants.

"Actuellement, la formation des indépendants est plutôt payée par les indépendants eux-mêmes. C'est injuste par rapport à la situation des salariés. Il faut faciliter l'accès au compte personnel de formation (CPF) pour les indépendants. Des plateformes pourraient contribuer à ce compte personnel de formation."

Grégoire Normand

7 mn

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Commentaires 18
à écrit le 27/04/2019 à 9:28
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En parlant d'emploi ; Il avait reçu sa lettre de licenciement quelques jours auparavant. Un salarié du site ArjoWiggins de Bessé-sur-Braye, dans la Sarthe, a mis fin à ses jours mardi. Son décès a été annoncé par deux représentants du personnel...

à écrit le 26/04/2019 à 19:11
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Ne nous leurrons pas: le problème de l'emploi est celui de son coût; salariés, regardez votre fiche de paye; constatez la différence entre salaire net APRES impôt à la source et salaire brut (plus primes); elle correspond à des versements à une flopé...

à écrit le 25/04/2019 à 20:26
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La France est un immense paquebot à la dérive piloté par un capitaine qui a été promu par une élite politico-médiatique qui se moque complètement des français. Courez vite l'interview de Juan Branco sur Thinker view qui raconte les dessous de cett...

le 26/04/2019 à 16:18
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Macron c'est comme Francesco Schettino ( Costa Concordia ) !

à écrit le 25/04/2019 à 18:48
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Avant pour l'OCDE, quand les ouvriers étaient remplacés par des machines, c'était le progrès, il y avait des gains de productivité, la profitabilité augmentait, c'était donc forcément une bonne chose. Maintenant que l'IA menace de détruire des emploi...

le 26/04/2019 à 11:45
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La finalité de l'IA sera de pouvoir se passer des "élites". Et ces élites commencent à s'en rendre compte.

à écrit le 25/04/2019 à 18:26
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Ocde : ça sert à quoi ? A tirer la sonnette d’alarme de depuis 80 ans ? Le pire dans tout ça : «  en plus » de cette jungle : la réforme des retraites ? Le cercueil où se faire spolier ... beau choix pour l’avenir ...

le 26/04/2019 à 5:43
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A Citoyen ordi. Vous etes jeune, ai- je cru comprendre ? Alors partez, un peu de courage, c'est le plaisir de rencontrer les autres, d'essayer de parler leurs langues etc Essayez, c'est juste le depart ou ca coince un peu, apres c'est du billard.

le 26/04/2019 à 13:28
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Excellente idée ! Pourquoi se satisfaire d’une copie virtuelle du nouvel Eldorado ? 365 jours de soleil et pas de pollution Vous croyez que l’Afrique du Sud accepterait ma demande d’immigration ?

à écrit le 25/04/2019 à 17:35
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Les contrats courts, CDD, l'intérim, les statuts d'auto-entrepreneur, les micro entreprises sont des facilités données aux entreprises pour exploiter, précariser, les travailleurs qui sont dans ces "filières". C'est un droit à l'esclavage, justifi...

à écrit le 25/04/2019 à 13:58
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Pour continuer ce triste tableau, que se passera-t-il quand les emplois qualifiés seront eux aussi remplacés par des robots? c'est pourtant ce qui va arriver , on attend de nos économistes des solutions . A suivre .....

à écrit le 25/04/2019 à 13:18
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attali a ecrit un bouquin la dessus y a 10 ans bon, la france recolte ce qu'elle a seme, rien d'autre elle a mis dehors le grand capital qui exploite les syndicalistes misereux, he ben tout ce qui se cree c'est des societes unipersonnelles, de pref...

à écrit le 25/04/2019 à 12:29
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Supprimons l'OCDE ! … et voyons comment les brillants chercheurs de cette organisation se reclasseront.

à écrit le 25/04/2019 à 12:29
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Supprimons l'OCDE ! … et voyons comment les brillants chercheurs de cette organisation se reclasseront.

à écrit le 25/04/2019 à 11:59
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l'OCDE nous parle du sous-emploi en France. mais elle a dit il y a quelques temps que les pays qui sont dynamiques en matière d'emploi créent essentiellement des jobs de mauvaise qualité (du sous-emploi, quoi). on peut noter que le taux français de ...

à écrit le 25/04/2019 à 10:45
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les Pays-bas sont censés être un modèle. la part de l'emploi temporaire y est de 14,6% (et 45% d'emploi à temps partiel) contre 13,7% en France (Eurostat). autour de 13% en Suède/Finlande. le pourcentage a baissé en France comme aux Pays-bas en 2018 ...

le 26/04/2019 à 10:47
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La classe moyenne en france resiste grace aux transfert sociaux (en particulier les retraites et assurance maladie). Mais comme le systeme est lourdement deficitaire, ca va forcement s arreter un jour. Et ce jour la, on va voir une situation a la gre...

à écrit le 25/04/2019 à 9:51
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""l’avenir du travail dépendra en grande partie des choix de politiques publiques opérés par les pays"" Ouais ben autant dire qu'entre nos LREM serviteurs des marchés financiers exploiteurs et notre consortium financier européen c'est mort. L...

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