Emploi : l'OCDE tire la sonnette d'alarme

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Les livreurs dépendants des plateformes inquiètent particulièrement les économistes de l'OCDE dans leur rapport sur l'avenir du travail.
Les livreurs dépendants des plateformes inquiètent particulièrement les économistes de l'OCDE dans leur rapport sur l'avenir du travail. (Crédits : REUTERS/Charles Platiau)
Automatisation, transformation du travail, formation, vieillissement de la population active... dans son dernier rapport, l'OCDE dresse un portrait en demi-teinte du monde du travail, confronté actuellement à de nombreux risques, notamment en France. Face à ces défis colossaux, l'institution internationale explique que "l’avenir du travail dépendra en grande partie des choix de politiques publiques opérés par les pays".

Dans son dernier rapport sur les perspectives de l'emploi 2019, l'organisation de coopération et de développement économique (OCDE) souligne que "si le nombre d'emplois n'est pas nécessairement voué à diminuer, leur qualité pourrait se détériorer et les disparités entre travailleurs s'aggraver". L'institution internationale, qui a passé en revue plusieurs indicateurs relatifs au marché du travail, pointe les risques qui pèsent sur certaines catégories professionnelles particulièrement exposées aux transformations à venir.

Interrogé par La Tribune, le chef de la division Emploi et Revenus à l'OCDE, Stéphane Carcillo explique que "l'un des principaux risques est la transformation profonde des emplois avec la disparition à venir d'un certain nombre d'emplois qui pourraient être automatisés. Il va y avoir une profonde transformation d'emplois dont les tâches vont beaucoup changer dans les années à venir, pas seulement dans l'industrie mais aussi dans les services. C'est un grand défi en matière de formation."

Des risques d'automatisation supérieurs à la moyenne de l'OCDE

Les résultats présentés dans l'étude indiquent que, en France, la part des emplois menacés par l'automatisation est supérieure à celles des pays développés (16,4% contre 14%). Ces emplois "ont un risque supérieur à 70% de d'être entièrement redéfinis".

Concernant les risques de changement important, 32,8%  des emplois pourraient être concernés par ce phénomène.

Parmi les autres indicateurs particulièrement alarmants figure le niveau de sous-emploi. Lors d'un récent point presse à l'Insee, Simon Rebière, chargé d'études à la Dares, le service de statistiques du ministère du Travail, rappelait que ce phénomène était loin d'être marginal.

"La sous-utilisation de la main d'oeuvre revient à tenir compte de la main d'oeuvre qui souhaitent travailler ou travailler plus. Dans le cas de la France en 2017, en plus des 2,6 millions de chômeurs, on compte 1,6 million de personnes en sous-emploi et 1,5 million de personnes dans le halo du chômage. Au total, en France en 2017, la main d'oeuvre sous-utilisée est composée de 5,7 millions de personnes. [...] L'ampleur des personnes qui souhaitent travailler et travailler plus est plus importante que celle qui sont au chômage."

Risques de polarisation du marché du travail

Les économistes de l'organisation basée à Paris mettent l'accent sur les risques liés à la dualisation du marché du travail. "La part d'emplois temporaires et de CDD est élevée (16,9 %), ces derniers se caractérisant par une hausse marquée des contrats de très courte durée", rappellent-ils. La mondialisation et la montée en puissance des technologies ont ainsi contribué à polariser le marché du travail avec des conséquences néfastes pour les emplois de la classe moyenne. Dans un récent opuscule intitulé, La polarisation de l'emploi en France, ce qui s'est aggravé depuis la crise de 2008, les chercheurs Ariell Reshef et Farid Toubal expliquaient ceci:

"Ces évolutions (technologies et mondialisation) se sont traduites par une modification en profondeur de la structure de l'emploi en France, caractérisée par une augmentation de la proportion des emplois à bas ou haut salaire au détriment des emplois à salaire intermédiaire. Conséquence logique de ce phénomène, les emplois de la classe moyenne se sont raréfiés ou ont même, pour certains, disparu, contribuant fortement au sentiment d'un déclassement irréversible. Si elle entraîne de vives tensions économiques en accroissant les inégalités salariales, la polarisation de l'emploi se traduit aussi par une polarisation sociale et politique."

De leur côté, les économistes de l'OCDE soulignent "la part des emplois peu qualifiés et, surtout, des emplois hautement qualifiés a augmenté, tandis que celle des emplois moyennement qualifiés a accusé un net recul. Cette polarisation du marché du travail tient aussi au fait que les progrès technologiques favorisent la main d'œuvre qualifiée, c'est-à-dire qu'ils profitent principalement aux travailleurs ayant un niveau de compétence élevé". Pour l'économiste Stéphane Carcillo, "en France depuis 20 ans la part de l'emploi peu qualifié a augmenté de 4 points de pourcentage dans l'emploi total, et celle l'emploi hautement qualifié de 8 points, tandis que celle de l'emploi moyennement qualifié (le plus facilement automatisable le plus souvent) a diminué de 12 points. C'est une transformation assez marquée au regards d'autres pays, notamment l'Allemagne ou les Etats-Unis".

Le cas des travailleurs atypiques

La multiplication des emplois atypiques comme les contrats à durée déterminée, les temps partiels, le travail indépendant ont contribué à alimenter les risques pour un grand nombre de travailleurs. "Ces emplois atypiques se développement particulièrement en France, ce qui pose problème en matière de qualité de l'emploi et de protection sociale. Ces personne là n'ont pas accès au même niveau de protection sociale et de droits à la retraite", souligne Stéphane Carcillo.

La montée en puissance des plateformes numériques a également fragilisé des travailleurs comme les livreurs à vélo par exemple. Il dénonce la position "de certains indépendants qui sont dans une zone grise [...] l'un des enjeux est de limiter le recours abusif aux formes atypiques d'emplois comme les emplois indépendants qui ne devraient pas être des emplois indépendants car les gens ont un seul donneur d'ordre. Ce sont des faux emplois indépendants. Les indépendants n'ont parfois qu'un seul client qui est en fait le seul donneur d'ordre. Ces travailleurs se retrouvent en difficulté pour négocier le prix de leur prestation fixé par leur client. Ils ne négocient pas véritablement leurs horaires de travail sinon ils peuvent être éjectés des plateformes. Ils se retrouvent comme des salariés sans ouverture de droits à l'assurance chômage, à la formation."

La formation, enjeu majeur "face à la possible destruction d'emplois"

Afin de tenter de réduire ces risques de polarisation et de creuser les inégalités au sein de la population active, les économistes de l'organisation ont établi plusieurs recommandations.

"Face à la possible destruction d'emplois, l'un des enjeux majeurs est la formation. La France dépense beaucoup d'argent en formation, mais elle forme assez peu de gens en comparaison internationale. Un tiers des salariés ont accès à une formation chaque année. C'est trois fois moins pour les personnes peu qualifiées, qui sont notamment dans les emplois qui risquent d'être automatisés. Il y a un véritable enjeu pour faire monter le système de formation professionnelle en couverture de ces personnes là", résume Stéphane Carcillo.

Enrayer la spirale des contrats courts

Du côté des contrats courts, "il faut réduire les incitations à recourir à ces contrats, que ce soit du côté des employeurs ou du côté des salariés. Une des grandes incitations à recourir à ce type de contrat, c'est l'assurance chômage en France. C'est une forme de subvention aux contrats très courts tant du côté des travailleurs que du côté des entreprises. Les travailleurs peuvent ouvrir des droits très tôt en France dès quatre mois de travail. C'est un système relativement protecteur mais cela permet d'entrer dans un carrousel de contrats courts. Il faut réformer ce système en donnant des bornes".

Pour enrayer cette spirale aux contrats courts, le spécialiste des questions d'emploi préconise de faciliter l'accès à la formation professionnelle pour les indépendants.

"Actuellement, la formation des indépendants est plutôt payée par les indépendants eux-mêmes. C'est injuste par rapport à la situation des salariés. Il faut faciliter l'accès au compte personnel de formation (CPF) pour les indépendants. Des plateformes pourraient contribuer à ce compte personnel de formation."

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Commentaires
a écrit le 27/04/2019 à 9:28 :
En parlant d'emploi ;

Il avait reçu sa lettre de licenciement quelques jours auparavant. Un salarié du site ArjoWiggins de Bessé-sur-Braye, dans la Sarthe, a mis fin à ses jours mardi.

Son décès a été annoncé par deux représentants du personnel, Denis Leroux, délégué du personnel, et Philippe Abraham, délégué CGT, confirmant une information du quotidien Le Maine Libre.
Cet ouvrier âgé de 53 ans, marié et père d’un enfant, résidait à La Chartre-sur-le-Loir, à une vingtaine de kilomètres du site papetier. Il travaillait depuis 33 ans chez ArjoWiggins Papiers Couchés, où il était affecté à la coupe et aux finitions. Ses obsèques auront lieu mardi 30 avril à 14 heures à La Chartre-sur-le-Loir.
a écrit le 26/04/2019 à 19:11 :
Ne nous leurrons pas: le problème de l'emploi est celui de son coût; salariés, regardez votre fiche de paye; constatez la différence entre salaire net APRES impôt à la source et salaire brut (plus primes); elle correspond à des versements à une flopée d'organismes en déficit ou en danger de l'être. Si vous ajoutez ce que le Patron verse pour vous à ces mêmes organismes (qui pourrait entrer dans votre poche si vous choisissiez de cotiser sans passer par les organismes obligatoires) vous doubleriez votre salaire net. Autrement dit, quand vous demandez 100€ au Patron, on peut comprendre qu'il renâcle à payer en réalité 200€ (au minimum). La Contribution au Remboursement de la Dette Sociale devrait mourir bientôt (après avoir rempli son objectif) ... et il est question déjà de la perpétuer (merci, madame LE ministre de la santé et de la langue trop pendue). Nous vivons en pleine escroquerie gouvernementale et présidentielle! Le parlement? On n'en parle même pas!
a écrit le 25/04/2019 à 20:26 :
La France est un immense paquebot à la dérive piloté par un capitaine qui a été promu par une élite politico-médiatique qui se moque complètement des français.

Courez vite l'interview de Juan Branco sur Thinker view qui raconte les dessous de cette élite et l'incroyable machine à porter Macron président.

Des membres de cette élite lui disait que Macron serait le prochain président des années avant l'élection.

Macron et ses acolytes n'ont ni les compétences ni les moyens de changer quoi que ce soit à la trajectoire. Ils ont toutes les chances par contre d'aggraver la situation.
Réponse de le 26/04/2019 à 16:18 :
Macron c'est comme Francesco Schettino ( Costa Concordia ) !
a écrit le 25/04/2019 à 18:48 :
Avant pour l'OCDE, quand les ouvriers étaient remplacés par des machines, c'était le progrès, il y avait des gains de productivité, la profitabilité augmentait, c'était donc forcément une bonne chose. Maintenant que l'IA menace de détruire des emplois dans les banques et les assurances, l'automatisation devient pour nos élites un problème . Il faut dire que leur classe sociale commence à être touchée mais le problème est absolument identique.
Réponse de le 26/04/2019 à 11:45 :
La finalité de l'IA sera de pouvoir se passer des "élites". Et ces élites commencent à s'en rendre compte.
a écrit le 25/04/2019 à 18:26 :
Ocde : ça sert à quoi ?
A tirer la sonnette d’alarme de depuis 80 ans ?

Le pire dans tout ça : «  en plus » de cette jungle :
la réforme des retraites ?

Le cercueil où se faire spolier ...
beau choix pour l’avenir ...
Réponse de le 26/04/2019 à 5:43 :
A Citoyen ordi.
Vous etes jeune, ai- je cru comprendre ?
Alors partez, un peu de courage, c'est le plaisir de rencontrer les autres, d'essayer de parler leurs langues etc
Essayez, c'est juste le depart ou ca coince un peu, apres c'est du billard.
Réponse de le 26/04/2019 à 13:28 :
Excellente idée !
Pourquoi se satisfaire d’une copie virtuelle du nouvel Eldorado ?
365 jours de soleil et pas de pollution
Vous croyez que l’Afrique du Sud accepterait ma demande d’immigration ?
a écrit le 25/04/2019 à 17:35 :
Les contrats courts, CDD, l'intérim, les statuts d'auto-entrepreneur, les micro entreprises sont des facilités
données aux entreprises pour exploiter, précariser, les travailleurs qui sont dans ces "filières". C'est un droit à l'esclavage, justifié par les contraintes de la mondialisation, le libéralisme, pour les besoins du capitalisme et de ceux qui le finance.
Grosso modo pour que les riches s'en mettent toujours plus dans les "fouilles"...et comme il faut bien que quelqu'un paie, c'est nécessairement tous les autres, particulièrement les plus fragiles.
a écrit le 25/04/2019 à 13:58 :
Pour continuer ce triste tableau, que se passera-t-il quand les emplois qualifiés seront eux aussi remplacés par des robots? c'est pourtant ce qui va arriver , on attend de nos économistes des solutions . A suivre .....
a écrit le 25/04/2019 à 13:18 :
attali a ecrit un bouquin la dessus y a 10 ans
bon, la france recolte ce qu'elle a seme, rien d'autre
elle a mis dehors le grand capital qui exploite les syndicalistes misereux, he ben tout ce qui se cree c'est des societes unipersonnelles, de preference dans les services ou y a pas besoin de capital
comme il disait ' certains ont besoin d'un patron, tt le monde n'a pas la capacite a etre entrepreneur'; he ben si, par la force des choses, grace a leurs protecteurs de gauche ( qui protegent surtout leurs acquis du modele insiders outsiders...) certains travaillent en independant, bcp, pour un petit revenu
la gauche etant coherente par rapport a elle meme, elle a bien coule le niveau d'education des enfants ( avec cerise sur le gateau l'interdiction de faire des matieres elitistes, genre grec, allemand ou russe - ou maths, vu le classement pisa)
ca permet d'atteindre le but cynique fixe par Lenine dans ses ecrits des 1920......
bon, ca permet de faire la lutte des classes, c'est ideal
la ou ca rend furieux, c'est quand les gens votent lepen, vu que c'etait pas prevu du tout comme ca!!!
pour reduire les inegalites, il faudrait oblige ceux qui ont seme cette haine a faire le travail eux memes, en confisquant l'argent de la formation et des CE et en obligeant les rentiers de la republique a creer des emplois pour les autres avec leur temps et leur argent
sinon la france ira a la faillite et a la guerre ( comme prevu par lenine en russie), et ca sera leur faute
voila ou en est votre pays
a écrit le 25/04/2019 à 12:29 :
Supprimons l'OCDE ! … et voyons comment les brillants chercheurs de cette organisation se reclasseront.
a écrit le 25/04/2019 à 12:29 :
Supprimons l'OCDE ! … et voyons comment les brillants chercheurs de cette organisation se reclasseront.
a écrit le 25/04/2019 à 11:59 :
l'OCDE nous parle du sous-emploi en France. mais elle a dit il y a quelques temps que les pays qui sont dynamiques en matière d'emploi créent essentiellement des jobs de mauvaise qualité (du sous-emploi, quoi).
on peut noter que le taux français de pauvreté avant transferts sociaux n'est pas vraiment parmi les plus élevés chez les pays développés de l'UE (Eurostat). il est assez inférieur à ceux de Suède, UK, Irlande ou Finlande et equivalent à ceux de Danemark/Allemagne.
a écrit le 25/04/2019 à 10:45 :
les Pays-bas sont censés être un modèle. la part de l'emploi temporaire y est de 14,6% (et 45% d'emploi à temps partiel) contre 13,7% en France (Eurostat). autour de 13% en Suède/Finlande. le pourcentage a baissé en France comme aux Pays-bas en 2018 (Eurostat).
la part des jobs de classe moyenne a bien plus baissé en France que chez Allemagne et USA ?!?
alors que la classe moyenne résiste bien en France : 66% de la population contre 50% aux USA (Classe moyenne : un Américain sur deux, deux Français sur trois, France Stratégie, 02/2016). 61% en Allemagne (DIW Berlin, 2016).
alors que la fréquentation des cinémas est bien plus importante en France qu'en Allemagne.
alors que les taux de pauvreté des travailleurs français (tous statuts) sont inférieurs à ceux des travailleurs des autres grands pays européens (Financial Times, 26/12/2018). les taux de pauvreté ont grimpé bien plus vite en Allemagne depuis 2005.
alors que la France tend à remplacer des emplois moyennement qualifiés par des emplois plus qualifiés, alors que le UK remplace par des moins qualifiés (Financial Times, 19/01/2015).
la France est plus exposée à robotisation/automatisation ?!? alors qu'elle est moins industrialisée et que les activités industrielles basées dans l'Hexagone sont axées sur l'investissement immatériel/la R&D (France Stratégie, 10/2018). et comme l'ont montré récemment des chercheurs du MIT (Acemoglu et Restrepo), la robotisation/automatisation est particulièrement développée dans les pays industriels en déclin démographique aggravé (Japon, Allemagne ou Italie).
enfin, j'ai déjà partagé pas mal de données montrant que la France n'a pas vraiment à rougir en matière de formation/compétences, contrairement à ce que dit l'OCDE (entre autres dans le rapport Skills Outlook 2017).
Réponse de le 26/04/2019 à 10:47 :
La classe moyenne en france resiste grace aux transfert sociaux (en particulier les retraites et assurance maladie). Mais comme le systeme est lourdement deficitaire, ca va forcement s arreter un jour. Et ce jour la, on va voir une situation a la greque avec des gens subitement pauvre.

Sinon je trouve assez paradoxal de se venter comme vous que la france est un pays peu industrialisé etou on a peu de robot. C est vrai mais c ets a mon avis un de nos probleme et pas un point fort. Car a force de tout faire venir de chine (pas de gamme) ou allemagne (haut de gamme) on va se retrouver comme l egypte : une grande civilisation, mais c etait il y a longtemps. ajourd hui completement a la rue
a écrit le 25/04/2019 à 9:51 :
""l’avenir du travail dépendra en grande partie des choix de politiques publiques opérés par les pays""

Ouais ben autant dire qu'entre nos LREM serviteurs des marchés financiers exploiteurs et notre consortium financier européen c'est mort.

La révolte semble bien être la seule issue en UERSS mais bon bien souvent les régimes de ce type, rigides, finissent par tomber tout seuls car dépendants de gens de plus en plus compromis et donc stupides.

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