« La maison est notre coin du monde » (Géraldine Mosna-Savoye)
Géraldine Mosna-Savoye
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« Plus jamais ça ! »... Telle est peut-être la phrase que vous avez prononcée (et même hurlée) lors de votre dernier déménagement. Telle est, en tout cas, la phrase que, pour ma part, j'ai prononcée (et même hurlée) pas plus tard qu'hier... car, oui, chose étonnante : me voici en train d'écrire sur l'habitat alors que je suis moi-même en train d'en changer.
Et deuxième chose étonnante : penser et écrire sur l'habitat n'a rien à voir avec le fait de déménager, de faire et de défaire des cartons, de jeter, de trier, de ranger, de nettoyer. Je dirais même, galvanisée, sûrement, par les effluves de détergents, qu'il s'agit de deux choses opposées, contraires, contradictoires.
Car au moment où l'on change de maison, où l'on passe d'un point à un autre, où il n'y a que mouvement et déplacement, où rien, précisément, n'est habité... rien ne demeure ! Il n'y a, littéralement, aucune demeure. Et donc, plus rien d'un habitat.
Alors pourquoi cette question de l'habitat semble-t-elle tout à coup surgir, et de manière si franche, quand on est en train de déménager (et même quand on n'a pas à écrire sur le sujet) ?
Évidemment parce que l'on se projette dans un nouveau lieu de vie. On imagine des dispositions, des aménagements, des habitudes que l'on va prendre, des gestes que l'on va effectuer sans même plus y penser, des trajets que l'on va faire machinalement et même dans le noir. De la chambre à la salle de bains, de la cuisine au salon, du salon à la chambre, de la cuisine aux toilettes.
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Évidemment, aussi, parce que l'on prend conscience. Faire des cartons, mais aussi les défaire, c'est ainsi faire l'expérience, assez brutale, de mettre au jour, de mettre à plat et de remettre en question toutes ces dispositions, ces aménagements, ces habitudes et ces gestes que l'on effectuait justement sans même plus y penser.
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Et évidemment, enfin, parce que l'on se souvient. Une photo oubliée, un t-shirt que l'on ne veut pas jeter, une lampe cassée (on se rappelle encore comment, mais jamais pourquoi on ne s'est jamais résolu à s'en occuper)... C'est comme si tous ces objets accumulés, posés, muets se mettaient tout à coup à nous parler, à nous dire qu'ils avaient tout vu, tout perçu, que rien ne leur avait échappé, de nos manies, de nos coups durs, de nos rêveries ou de nos plaisirs.
Géraldine Mosna-Savoye
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