Immobilier : quels liens les Français entretiennent-ils avec leur habitat ?
Laurent-David Samama
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Allure enjouée, sourire bright et bonne humeur à toute épreuve : l'animateur de télé Stéphane Plaza, lorsqu'il apparaît sur le petit écran, suscite la sympathie automatique du téléspectateur. Il faut dire que l'homme sait y faire... Agent immobilier depuis plus de trente-cinq ans et acteur de théâtre à ses heures perdues, il a l'habitude du public et des clients, avec lesquels il joue, s'amuse, jusqu'à emporter leur adhésion et leur carnet de chèques une fois son petit numéro terminé. Au fil des années, Plaza est devenu un phénomène. Sur M6, ses émissions « Recherche appartement ou maison », « Maison à vendre » ou « Chasseurs d'appart' » réunissent toutes les semaines des millions de téléspectateurs. Un engouement tel qu'il a rapidement transformé les goûts et les attentes des Français en matière de logement, formant le modèle dit « Plaza-majoritaire ». Ce concept sociologique, énoncé par l'essayiste Jean-Laurent Cassely dans son ouvrage co-écrit avec Jérôme Fourquet dans La France sous nos yeux (Seuil, 2021), s'intéresse à la façon d'habiter de nos concitoyens. En cernant quel type de résidence, d'aménagement, quelle situation géographique et quelle composition architecturale forment l'habitat idéal des Français, les auteurs se sont aperçus que « la question de l'immobilier, du logement est aujourd'hui centrale dans la vie des Français et dans notre économie ». C'est ainsi que se dessinent des tendances concrètes : vivre en maison plutôt qu'en appartement, avoir un bout de jardin, posséder une terrasse, y installer un barbecue, transformer sa vieille cuisine en cuisine américaine et sa baignoire en douche l'italienne. Cela dénote surtout un changement majeur dans notre mode de vie moderne, la volonté de troquer la vie du dehors pour celle du dedans. Comme si le repli autarcique, le « chacun chez soi » était progressivement devenu la réponse face à une société devenue violente, hostile et angoissante. Cette propension à réinvestir la sphère domestique jusqu'à en faire une des dernières odyssées modernes possibles a fait l'objet d'un livre devenu best-seller : Chez soi, une odyssée de l'espace domestique (La Découverte, 2016) de Mona Chollet. Un livre dans lequel son auteure fait de la maison un espace non hostile « à savourer », échappant à l'empire du calcul, du diktat de l'efficacité et de la rentabilité. « À l'écart d'un univers social saturé d'impuissance, de simulacre et d'animosité, parfois de violence, dans un monde à l'horizon bouché, la maison desserre l'étau » écrit ainsi Chollet. Pour étayer sa thèse, cette dernière raconte l'impression d'angoisse que suscite chez elle et dans son entourage la vie sociale : « Sur Facebook, un jour de février 2014, l'une de mes connaissances confie qu'elle n'aurait "jamais cru vivre une époque comme celle-ci". Il lui semble "que l'air devient irrespirable, que les amis sont rares et lointains, que la solitude est le meilleur refuge". Peu de temps auparavant, une camarade de lycée, qui venait comme moi d'atteindre les quarante ans, me confiait combien, avec le recul, elle enviait le mode de vie insouciant et festif de ses parents dans les années 1970, lorsqu'elle-même était enfant, et combien son quotidien, en comparaison, lui semblait lourd, syncopé, angoissé. Un quotidien asphyxié par la disparition de la confiance en l'avenir. » Et Chollet de conclure : « Me voilà donc, entre mes quatre murs, tentant de préserver des vents froids du dehors une petite flamme d'enthousiasme. » Nos domiciles sont fréquemment devenus des refuges...
Laurent-David Samama