Logement : « Il faut sortir d'un système qui conçoit l'habitat comme un produit de consommation » (Philippe Simay)
Propos recueillis par Denis Lafay
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Philippe Simay
Patrice Normand/Leextra pour La Tribune
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Philippe Simay
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C'est une philosophie révolutionnaire de l'habitat que Philippe Simay enseigne à ses élèves de l'École nationale supérieure d'architecture de Paris-Belleville, diffuse auprès des lecteurs de la revue Métropolitiques ou des téléspectateurs d'Arte friands de sa série de documentaires « Habiter le monde ». Révolutionnaire parce qu'elle combine frugalité, sobriété et innovation, parce qu'elle dépèce la standardisation hégémonique des formes et des techniques coupable d'éradiquer les savoir-faire traditionnels, parce qu'elle démontre l'extrême nocivité du béton, parce qu'elle discrédite le moteur productiviste par la faute duquel l'habitat est devenu un simple (et vite obsolète) produit de consommation, parce qu'elle fait riposte aux propriétés d'exclusion et de déshumanisation aujourd'hui dominantes dans notre rapport à l'espace. « Or, habiter - qui informe beaucoup sur ce que nous sommes -, c'est considérer, solliciter et accueillir le dehors pour enrichir son dedans, c'est s'unir à autrui, à tous les êtres vivants - humains, animaux, végétaux », estime l'auteur de La Ferme du Rail : pour une ville écologique et solidaire (avec son épouse Clara Simay, Actes Sud, 2022). Et de placer la conscience écologique au cœur de sa révolution espérée de l'habitat. Un habitat alors imbriquant intimement écologie environnementale (enjeu climatique, consommation d'énergie, usage des matériaux bio-sourcés, économie circulaire, etc.) et écologie sociale (insertion, alimentation, santé, formation), conjurant les injustices (environnementales, sociales, spatiales), privilégiant la réparation de l'existant à la construction du neuf, reconnaissant le citoyen dans son utilité déterminante au territoire où il réside. Un habitat responsable, un habitat qui revitalise la démocratie, un habitant réhumanisé et réhumanisant.
Propos recueillis par Denis Lafay