Le nombre d'indépendants a bondi en dix ans, boosté par les micro-entreprises

La France comptait plus de 3,6 millions d'indépendants à la fin de l'année 2019. Sur ce total, 1,7 million sont des auto-entrepreneurs selon un bilan de l'Acoss.
Grégoire Normand

4 mn

(Crédits : Reuters)

Le statut d'indépendant a la cote en France. Selon un bilan de l'agence centrale des organismes de sécurité sociale (Acoss) présenté ce mercredi 16 décembre, le nombre de travailleurs indépendants a augmenté d'environ 1 million en dix ans. En 2009, les entrepreneurs étaient environ 2,59 millions contre 3,59 millions à la fin de l'année 2019. Cette forte croissance est principalement portée par la mise en oeuvre du régime de l'auto-entrepreneur mis en oeuvre sous la présidence Nicolas Sarkozy et transformé depuis par le régime de micro-entreprise.

Si la libéralisation du statut d'indépendant a enregistré un tel succès, la crise actuelle risque de mettre à mal beaucoup de micro-entrepreneurs dépourvus de protection sociale dans des secteurs très demandeurs de ce type de régime. S'il est encore trop tôt pour avoir des chiffres précis et solides sur l'année 2020, l'Insee a rappelé lors de son dernier point de conjoncture mardi 15 décembre qu'environ 100.000 postes d'emploi non salariés avaient disparu au cours de l'année 2020.

> Lire aussi : Les vagues d'épidémie ont emporté 700.000 emplois en France en 2020

Une hausse moyenne de 19% par an

Les chiffres communiqués par l'Acoss montrent une croissance spectaculaire du nombre d'immatriculations chaque année (+18,6% en moyenne annuelle sur la période 2009-2019). Les auto-entrepreneurs sont ainsi passés de 310.00 en 2009 à 1,7 million en 2019. Beaucoup de commerçants et d'artisans ont adopté ce statut (1,1 million). Chez les professions libérales, ils sont environ 560.000 à exercer sous le régime de la micro-entreprise.

A l'opposé, les travailleurs indépendants classiques perdent du terrain sur la même période. Ils sont ainsi passés de 2,2 millions à 1,8 million avec une baisse moyenne annuelle de 2% entre 2009 et 2019. Au final, ces entrepreneurs classiques représentent tout de même la majorité des indépendants (52,4% contre 47,6% chez les autoentrepreneurs).

Quels sont les secteurs les plus représentés ?

Certaines activités concentrent énormément d'auto-entrepreneurs. Il s'agi avant tout des activités de poste et de courrier (99% d'auto-entrepreneurs) qui incluent les livreurs de repas pour les plateformes numériques. Viennent ensuite les activités de design, de graphisme et d'infographie (83%), le commerce de détail sur les marchés (83%), le nettoyage (82%) ou encore l'enseignement (80%). "Ces activités nécessitent peu d'immobilisation en capital et peuvent être exercées en complément d'une activité principale" souligne l'Acoss. Dans certains secteurs, le statut d'indépendant traditionnel est privilégié (commerce de détail alimentaire, transport routier de fret et de déménagement ou restauration). "Il s'agit là d'activités nécessitant une plus forte immobilisation en capital" complète l'administration.

Des écarts de revenus considérables

Les disparités de revenus entre les indépendants classiques et les auto-entrepreneurs sont criantes. Pour ces derniers, le revenu annuel moyen est d'environ 5.593 euros contre 41.929 euros pour les travailleurs indépendants classiques. Si le revenu des auto-entrepreneurs a augmenté depuis 10 ans avec le doublement du plafond autorisé du chiffre d'affaires, il est resté à des niveaux très bas reflétant une précarité importante chez ces actifs. Ces derniers exercent souvent une activité salariée et les revenus issus de la micro-entreprise ne représentent qu'un complément de revenu. Ils peuvent être pluriactifs. D'après les chiffres de l'Acoss, ce phénomène est particulièrement répandu dans les activités de courrier et de poste qui comprend les services de livraison de repas. "Ce secteur compte plus de 32 % d'auto-entrepreneurs et 23% de travailleurs indépendants classiques également salariés du secteur privé" résume le dossier de presse.

Les auto-entrepreneurs en première ligne face à la crise

Beaucoup de micro-entreprises subissent de plein fouet les effets de la crise sanitaire et économique. Si de nombreuses mesures d'urgence ont été mises en oeuvre depuis le début de la pandémie (fonds de solidarité, reports de cotisations, réduction de prélèvement, apurement des dettes), beaucoup d'auto-entrepreneurs risquent de passer entre les mailles des filets de sécurité. Résultat, certains basculent dans la pauvreté ou l'extrême pauvreté et sont obligés de s'inscrire au revenu de solidarité active (RSA). Bien que les périodes de confinement ont pu booster la livraison de repas à domicile, ces travailleurs font souvent part de leur désarroi face à la baisse du prix des courses et leur manque de protection en cas d'accident du travail ou de maladie.

Grégoire Normand

4 mn

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Commentaires 8
à écrit le 17/12/2020 à 9:59
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Faut dire aussi que le self employment en france, on revient de loin. Si on regarde les chiffres de l'ameco ( code quandl AMECO/FRA_1_0_0_0_NSTD) on est a 3 millions (ils doivent pas compter les autoentrepreneurs de quelques heures) contre 5.6 en 196...

à écrit le 17/12/2020 à 8:24
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Par défaut c'est à dire par manque total de solution pérenne concernant l'emploi en France on a mit en place cette paupérisation rampante. LE dumping social est une mamelle de l'UE, faut pas s'étonner non plus hein.

le 17/12/2020 à 14:06
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quel rapport avec l' ue,?? Si tel était le cas de ce que vous affirmez, on rencontrerait la même situation dans tous les pays européen, ce qui n' est pas le cas....donc c' est bien une spécificité hexagonale qui est a l ' origine de cette situation, ...

le 18/12/2020 à 11:00
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"quel rapport avec l' ue,?? " Tu vois toujours pas le rapport entre le salarié ouzbek ou moldave à 150 euros par mois et cette précarisation du travail via les auto entrepreneurs qui gagnent même pas le smic pour 60 heures de boulot par semaine ?...

à écrit le 17/12/2020 à 5:54
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L'insertion des repris de justice par l'économie du partage... c'est beau l'innovation!

à écrit le 17/12/2020 à 1:30
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La pauperisation d'un pays qui etait si riche. RIP.

à écrit le 16/12/2020 à 18:52
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Autant de travailleurs pauvres, mal protégés socialement et futurs retraités sans retraite.

à écrit le 16/12/2020 à 17:12
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bien souvent apparente avec travail au noir ;Dommage pour les vrais qui eux paient beaucoup de charges et de TVA ?? à quand l'Egalite, devise de notre democratie

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