Gabriel Attal-Gérald Darmanin : ce duel qui vient

Gérald Darmanin, Gabriel Attal et Éric Dupond-Moretti à l’Assemblée nationale, le 21 mai.
© LTD / XOSE BOUZAS/HANS LUCAS

Gérald Darmanin, Gabriel Attal et Éric Dupond-Moretti à l’Assemblée nationale, le 21 mai.
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Entre Gabriel Attal et Gérald Darmanin, les coups ne sont désormais plus à fleurets mouchetés. Cette semaine, le ministre de l'Intérieur n'a pas caché son vif désaccord avec le Premier ministre. Dans cet entre-deux-tours, le locataire de Matignon a posé
comme objectif ultime de « tout faire pour battre le Rassemblement national », n'écartant pas pour cela de voter en faveur d'un candidat LFI. Celui de la Place Beauvau a pour sa part porté une autre ligne : « Ni RN ni LFI. » Alors que les deux candidats en lice aujourd'hui lors du second tour des législatives s'apprêtent à quitter (à une date incertaine) le gouvernement, leur prochain champ de bataille est désormais connu : ce sera l'Assemblée nationale. Dans le quatuor qui vise 2027, Édouard Philippe et Bruno Le Maire n'y seront pas, contrairement à eux.
D'ores et déjà, Gabriel Attal n'en fait pas mystère : la présidence du groupe Renaissance l'intéresse. Lors de ces législatives anticipées qu'il n'avait pas envisagées, il a pris la tête de la campagne, se démultipliant partout sur le terrain et les plateaux télé. En pratique, c'est son conseil spécial, Maxime Cordier, qui en a pris le contrôle, s'installant au QG du parti, où rien n'était prêt et où il a mis la tête de son patron sur les affiches et les tracts. Le futur ex-Premier ministre estime que si les résultats du premier tour ont été moins mauvais qu'il n'avait été imaginé, c'est grâce à lui, et que les députés réélus lui en seront reconnaissants. Il voit la présidence du groupe comme le prolongement naturel de cet engagement.
Pour Gérald Darmanin, cette grille de lecture n'a rien d'évident. Lui aussi lorgne la tête du groupe. Bien avant la dissolution, installé depuis juillet 2020 Place Beauvau, il avait déjà des fourmis dans les jambes. « Il est en coloc avec le gouvernement », confiait Rachida Dati au printemps. En avril et en mai, Gérald Darmanin a commencé à préparer la suite. Il a organisé au ministère de l'Intérieur quatre déjeuners du mardi avec une grosse vingtaine de députés Renaissance différents. Chaque fois, il leur a tenu le même discours : le bloc central ne doit pas toujours être le bloc modéré ; il faut s'autoriser à être clivant.
Aujourd'hui, face à l'appétit de Gabriel Attal, dont la nomination à Matignon n'a pourtant pas empêché son camp d'obtenir seulement 14,6 % aux européennes, Gérald Darmanin s'ouvre donc à toutes les perspectives. Il est bien décidé à ce que les choses ne soient plus comme avant. Pourquoi, dans ces conditions, ne formerait-il pas son propre groupe avec d'autres élus Renaissance, ceux d'Horizons (lui et Édouard Philippe ont décidé de travailler davantage ensemble), des LR (dès le soir de la dissolution, il en a appelé certains pour leur garantir que le camp macroniste ne présenterait pas de candidats contre eux), des Liot, ce groupe de régionalistes qui s'était constitué lors de la précédente législature (Estelle Youssouffa, réélue dès le premier tour à Mayotte, est une proche), des UDI (Hervé Marseille, le président du parti centriste, est un ami) ?
En fait, Gabriel Attal, 35 ans, et Gérald Darmanin, 41 ans, n'ont jamais eu d'affinités. Tous les deux viennent de milieux sociaux très différents. Leurs terres électorales sont à l'opposé (les huppés Hauts-de-Seine pour l'un ; le Nord et sa pauvreté pour l'autre). L'un vient d'une gauche très sociale-démocrate, l'autre d'une droite très populaire. Depuis six ans qu'ils cohabitent au gouvernement, ils n'ont jamais vraiment rien partagé. Gérald Darmanin aime les bandes, quand Gabriel Attal a un caractère plus solitaire. Depuis que le second est à Matignon, les deux hommes sont néanmoins amenés à collaborer davantage. Le ministre de l'Intérieur porte un regard sévère sur son supérieur : il juge qu'il ne travaille pas suffisamment ses dossiers en profondeur. Entre eux, cette campagne n'a rien arrangé. Gérald Darmanin a été ulcéré que Gabriel Attal n'y associe personne. Durant ces trois dernières semaines, ils ne se sont pas parlés.
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La dernière fois qu'ils l'ont vraiment fait, c'était le 3 juin. Ce jour-là, le Premier ministre reçoit à Matignon son ministre de l'Intérieur, comme il le fait régulièrement, en tête-à-tête. Les européennes approchent. Gabriel Attal demande à Gérald Darmanin s'il doit prendre la parole au soir des résultats et ce qu'il devrait dire. « Il faut dissoudre », lui répond ce dernier, avant de lui exposer ses arguments. Le chef du gouvernement ne relève pas plus que ça. Le lendemain, il croise Franck Riester, son ministre délégué au Commerce extérieur, qui lui raconte avoir échangé avec son collègue de l'Intérieur, qui lui a dit qu'il fallait dissoudre... Le dimanche soir, quand Emmanuel Macron l'appellera pour l'informer de son choix de provoquer des élections législatives anticipées, le Premier ministre tombera de l'armoire, n'ayant rien vu venir. Dans un second temps, cherchant à reconstituer l'Histoire, il se souviendra avoir entendu mot pour mot dans la bouche du président des formulations de Gérald Darmanin.
La décision présidentielle, elle, n'a pas surpris tant que ça le ministre de l'Intérieur. Depuis décembre et la motion de rejet votée dans un premier temps contre sa loi immigration, il juge la dissolution inéluctable. C'est pour cela que depuis, à tous les députés dont il est proche, il a conseillé de retourner dans leurs circonscriptions. S'il a échangé sur le sujet avec le chef de l'État, il estimait néanmoins qu'il fallait en amont préparer les choses. Il regrette que ce n'ait pas du tout été fait.
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Aujourd'hui, entre Emmanuel Macron et Gabriel Attal, les relations sont glaciales. C'est à peine s'ils se parlent. Si le futur ex-locataire de Matignon a l'ambition de prendre le groupe puis le parti présidentiel à l'automne (les instances dirigeantes de Renaissance seront remises en jeu), c'est pour les dé-présidentialiser. Gérald Darmanin, lui, ne dira jamais de mal publiquement du locataire de l'Élysée. « L'enjeu du président, c'est de le maintenir au sein de Renaissance », juge un proche des deux hommes.
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