" Les banques doivent être prêtes à financer la reprise ! "

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Fabrice Pesin, le médiateur national du crédit
Fabrice Pesin, le médiateur national du crédit (Crédits : Médiation nationale du crédit)
Dans un entretien accordé à La Tribune, Fabrice Pesin, le médiateur national du crédit, insiste sur la nécessité de rester vigilant en cas de retournement conjoncturel. Si la reprise devient durable, si les projets d’investissements se multiplient, le système bancaire doit être prêt à accompagner les entreprises.

La Tribune - Créé en 2008 au plus fort de la crise, la médiation nationale du crédit voit-elle son rôle évoluer ?

Fabrice Pesin - En 2008-2009, la menace d'une restriction importante du crédit bancaire était forte. La Médiation a été créée pour éviter cette situation. Ensuite, elle a notamment traité des dossiers liés à l'atonie de l'activité : les entreprises ayant du mal à obtenir des crédits de court terme pour financer leur trésorerie ou à rééchelonner leurs dettes. Les différends entre les établissements bancaires et les entreprises sont alors plutôt de nature défensive.

Avec le redémarrage de l'activité, la nature des dossiers déposés à la médiation change-t-elle ?

Ce n'est pas encore tout à fait le cas. Sur premier trimestre 2015, comme en 2014, le nombre de dossiers est relativement réduit. Mais si la reprise se confirme, il se peut que la Médiation et ses médiateurs soient confrontés à des problèmes différents de ceux connus jusqu'ici.

C'est-à-dire ?

Ce mercredi, l'Insee a dévoilé une enquête dont les résultats indiquent que l'investissement dans l'industrie devrait augmenter de 7% cette année. Il s'agit d'une moyenne, ce qui signifie que dans certaines entreprises l'investissement pourrait progresser de 15 à 20% ! Les établissements bancaires sont-ils prêts à répondre à la demande ? Les fonds propres, qui ont pu être entamées par une succession d'années difficiles, sont pris en compte par les banques, il est possible qu'il y ait une période de transition un peu délicate.

Pourtant, à en croire les banques, le robinet du crédit n'a jamais été coupé. Les statistiques de la Banque de France indiquent une progression quasi continue des encours de crédits.

C'est un fait. L'offre de crédit sait répondre à une demande de crédit qui progresse de 2%. Il sera important d'observer comment les établissements répondront par exemple à un bond de 20% de demande de crédit d'équipement.

Vous ne faites pas confiance à la sagacité des chargés de clientèle ?

Là n'est pas la question. Les banques sont soumises à des règles prudentielles plus exigeantes en termes de sélection des risques. Je précise simplement qu'il serait dommage que certaines demandes de crédit de trésorerie et d'équipement soient refusées alors que la reprise se précise. Les banques doivent être prêtes à financer la reprise !

Quels pourraient être les secteurs concernés ?

Les secteurs cycliques, par exemple l'industrie manufacturière. Même dans des secteurs qui connaissent des situations difficiles, comme le bâtiment et les travaux publics, certaines entreprises pourraient solliciter de plus amples financements pour accroître ou renouveler leurs équipements, notamment pour profiter du dispositif temporaire de suramortissement annoncé par le gouvernement.

Le chargé de clientèle joue un rôle prépondérant dans la décision de la banque d'accorder ou non un crédit. Or, les chefs d'entreprise se plaignent bien souvent du remplacement brutal, inopportun et fréquent de leur conseiller.

C'est en effet un sujet qui nous est régulièrement exposé par des chefs d'entreprises qui regrettent de ne pas pouvoir construire une relation de confiance avec un interlocuteur qui change tous les trois ans, quand il n'a pas une connaissance fine de l'entreprise et de son parcours au cours des dix dernières années.

Faites-vous passer ce message de vigilance aux établissements bancaires ?

Bien sûr. Les banques adhérentes de la FBF se sont ainsi engagées à favoriser une plus grande stabilité des conseillers TPE dans leurs fonctions. D'ailleurs, une relation de long terme entre un dirigeant d'entreprise et son chargé de clientèle est de nature à favoriser le dialogue par-delà les accidents ponctuels et aléas conjoncturels.

En cas de difficultés, la responsabilité est-elle partagée ?

Les dirigeants des très petites entreprises sont parfois insuffisamment formés à l'ensemble des instruments de financement proposés par le système bancaire. A la Médiation, nous traitons des sujets très complexes mais nous pouvons aussi régler des dossiers rapidement, par le fait d'amener un chef d'entreprise à utiliser des outils comme le crédit-bail, la cession-bail, l'affacturage, et non pas uniquement le découvert. Nous faisons beaucoup de pédagogie.

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a écrit le 15/05/2015 à 22:35 :
On augmente les rentes, on lamine le capital, on réduit l'accès au crédit. Pour certains des acteurs seulement. Les autres ont accès au crédit, se voient octroyer des rentes, créer des obstacles à la concurrence, bénéficient d'aménagements fiscaux et règlementaires, et doter en capital le cas échéant, mais pour la plupart ils n'en manquent pas. Bref, la médiation du crédit dans ces conditions ne doit pas être une sinécure puisqu'elle est là pour la galerie. Je sais, cela fait un peu provocateur, mais il me parait incroyable que le médiateur ne relève pas par exemple cet exemple criant de désinformation concernant l'évolution du crédit distribué. En effet, s'il progresse, c'est essentiellement en raison des renégociations liées aux taux très bas, et non au financement de nouveaux outils. Ce serait bon de le rappeler plutôt que de permettre une fois de plus aux banques de prétendre le contraire de la réalité, et aux pauvres gens d'imaginer que la perception qu'ils ont de la réalité est probablement fausse.
a écrit le 11/05/2015 à 8:41 :
Si ,si si, ! On ne fait pas une reprise économique avec des si !Par contre, le chomage qui augmente inexorablement ,la crainte qu'il touche ceux qui ont un emploi reduisant ou supprimant l'acte d'achat, donc de credit, ça c'est pas des ''''si ''''mais des faits réels !De plus en matiere de croissance, rien n'est porteur au niveau européen ou internationnal pour nos exportations !La sinusoide expension/contraction à 2 % de croissance en moyenne de notre économie n'est plus qu'un souvenir et il faudra tabler plutot sur 1 % en moyenne pour la decenie à venir .Les variations d'investissement des entreprises ne sont que des effets de rattrapage aprés 7 ans de forte stagnation voire de recul plus ou moins marqué suivant les secteurs ;La France n'a aucune capacité interne à faire seule de la croissance au milieu d'un environnement de morosité économique .La methode Coué ne marche pas en économie, et si la psychologie des acteurs économique joue pour beaucoup ,les gens ,consommateurs investisseurs et entrepreneurs sont rationnel et ne réagissent qu'en fonction de leur vécu et de l'idée qu'ils se font de demain et pas avec des si .......

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